Planète Une équipe de chercheurs a analysé le patrimoine génétique de chevaux morts il y a 2 300 ans. Leurs découvertes lèvent des mystères sur la domestication et nous renseignent sur les hommes qui les élevaient.

Atravers le cheval, on voit l’homme. Sans cet animal, l’histoire de l’humanité n’aurait pas été la même, estime Ludovic Orlando, directeur de recherche du CNRS et professeur au Muséum d’histoire naturelle du Danemark. Le cheval, c’est l’animal domestique qui a le plus influencé l’homme, il représente à la fois l’agriculture, le transport et l’aspect militaire qui était très important il y a encore peu de temps. Mille chevaux par jour mouraient sous les bombes pendant la Première Guerre mondiale." Passionné par l’animal, ce paléogénéticien a reconstitué en 2013 le plus ancien génome, celui d’un "Equus" mort il y a environ 600 000 ans. Dans une nouvelle étude publiée vendredi dans la revue "Science", le scientifique et son équipe de 32 chercheurs expliquent avoir découvert que la domestication du cheval ne s’est pas exactement déroulée comme on l’imaginait.

Des chevaux inhumés aux côtés d’un homme

Ludovic Orlando a analysé le génome de 13 chevaux vieux de 2 300 à 2 700 ans, provenant des tombes royales scythes d’Arzhan aux confins du Kazakhstan et une jument âgée de 4 100 ans. En plein Age de fer, ces peuples nomades, éleveurs de bétail qui régnaient sur les steppes d’Asie centrale, avaient développé un "art équestre exceptionnel". La découverte des étalons empilés dans une chambre funéraire a été étonnante. "Il faut imaginer le site de Berel comme un tumulus, une énorme structure circulaire de plusieurs dizaines de mètres de diamètre sous laquelle les Scythes ont creusé une chambre funéraire très profondément dans le sol, à 7 ou 8 mètres pour une seule personne, un membre de l’élite de la région. Au fond, on a trouvé une sépulture et à côté, des chevaux qui ont été sacrifiés, empilés sur deux couches. Tout était congelé donc quand les gens les ont découverts, ils voyaient la peau, la couleur de la robe et les ornements dont étaient parés les chevaux." Pour ne pas risquer d’abîmer les vestiges, les chefs de fouille ont inventé une technique particulière : "Ils ont découpé des blocs très grands de deux mètres de diamètre à même le sol et les ont ramenés dans la ville la plus proche pour finir le travail de fouille dans des camions réfrigérés."