Planète

"Le vent n’a pas soufflé si fort que ça", estime Stéphane Vanwijnsberghe. "Nous traversons une période venteuse en raison de températures particulièrement élevées pour la saison, mais rien d’extraordinaire. Les racines que vous voyez par terre sont des vestiges de la dernière grande tempête qui a frappé la zone en janvier 2007." Chapeau de garde-chasse vissé sur le front, le responsable forestier de l’IBGE s’enfonce dans la forêt de Soignes, sous une pluie battante et des rafales modérées qui n’effraient guère les habitués. "Le vent représente un danger pour les arbres à partir de 100 km/h. Les hêtres de moins de 25 m y sont insensibles, mais tous les autres sont vulnérables et la hêtraie qui recouvre 70 % de la surface de la forêt de Soignes est essentiellement composée des spécimens de plus de 40 m de haut." Des aînés majestueux mais vieillissants, surreprésentés dans une forêt sensible aux bourrasques, où les tempêtes déracinent facilement ces arbres bicentenaires.

Dans la zone située sur Uccle et Watermael Boitsfort, on retrouve d’ailleurs deux paysages fort différents. La hêtraie cathédrale, dense et sombre, où des centaines de hêtres de taille similaire prennent des allures de colonnes en enfilade. Et un peuplement épars et ouvert, où les arbres en mauvaise santé abandonnent feuilles et branches pour laisser passer les rayons du soleil. "Certains sont morts de vieillesse, d’autres à cause de la chaleur", ajoute le garde forestier. "Et avec le changement climatique, nous serons de plus en plus confrontés à ce type de problèmes (lire ci-contre). Ce n’est pas tant le nombre de hêtres mais leur état de vitalité qui compte. De plus en plus de hêtres sont en mauvaise santé et tombent rapidement". Conséquence : la lumière du soleil se fraie un passage, ce qui facilite la régénération naturelle et l’afflux de végétation sur le sol, là où les hêtraies sombres s’étendent sur des tapis de feuilles mortes.

"C’est un signe très clair de l’évolution du climat", poursuit Stéphane Vanwijnsberghe. "Dans les années 70, il n’y avait que des feuillages au sol et il faisait plus frais en forêt qu’à l’extérieur. Mais depuis la fameuse sécheresse de 1976, les choses ont changé. On observe beaucoup plus de verdure et de plus en plus de jeunes hêtres issus de la régénération. On pourrait se dire qu’un arbre qui produit des faînes est un arbre qui se porte bien, mais il peut aussi s’agir d’un arbre qui répond à une situation de stress comme une forte chaleur ou une vague de sécheresse."

Une forêt, trois régions

D’où l’importance de mettre en place un plan de gestion commun aux trois régions. Depuis 2009, gardes forestiers wallons, flamands et bruxellois discutent pour mettre sur pied un plan directeur, et enfin harmoniser leurs différents plans régionaux. "Nous avons pu trouver un consensus qui prévoit de réduire la hêtraie sur 50 % du massif, et de planter des hêtres plus jeunes sur les 50 % restants", se réjouit notre guide. "Ce qui nous conduira à régénérer chaque année 15 hectares sur la partie bruxelloise." De quoi diversifier la zone avec des chênes ou des tilleuls pour la rendre plus résistante, et rajeunir cette vieille dame un peu fragile qui n’a qu’un faible apport économique mais offre une extraordinaire réserve de biodiversité à seulement huit kilomètres du centre de Bruxelles.