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Les Etats membres de l'UE, réunis au sein d'un comité d'appel, ont voté lundi en faveur d'une nouvelle autorisation pour cinq ans de l'herbicide controversé glyphosate, ce qui constitue un surprise, a annoncé la Commission européenne.

Dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l'exécutif européen, représentant à peine plus des 65% de la population de l'UE nécessaires. Neuf s'y sont opposés et un pays s'est abstenu, ce qui a permis d'atteindre la majorité qualifiée requise, contrairement à un premier vote début novembre.

L'Allemagne, qui s'était abstenue au tour précédent, a voté pour, après avoir demandé des modifications au texte proposé en lien avec des restrictions sur l'usage privé du glyphosate et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier.

Ce changement dans la position de l'Allemagne, un poids lourd démographique, a contribué à faire pencher la balance en faveur d'une nouvelle autorisation.

"Le vote d'aujourd'hui montre que quand nous voulons, nous pouvons partager et accepter notre responsabilité collective dans la prise de décision", a réagi le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis, cité dans un communiqué.

La Commission va maintenant adopter une décision avant que l'autorisation actuelle n'expire le 15 décembre.

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Depuis le début des débats et tentatives d’accord autour de différentes propositions de l’Exécutif européen, le commissaire a répété sa volonté de ne pas endosser seul la responsabilité de cette décision. Ce scénario se serait produit si les Etats membres n’étaient pas parvenus à un accord ce lundi après-midi.

La menace de poursuites judiciaires

En cas de refus de la proposition, l’Union européenne risquait également d’être attaquée en justice par les firmes commercialisant des produits à base de glyphosate, dont le géant de l’agrochimie Monsanto, qui se seraient appuyées sur les avis des agences européennes concluant au caractère non cancérigène de la substance active. D’après une information du quotidien allemand Tagesspiegel relayée par le Monde, certaines firmes avaient déjà évoqué le montant de 15 milliards d’euros de dommages et intérêts. Les entreprises pourront donc continuer à commercialiser l’herbicide pendant 5 ans. L’autorisation sera de nouveau soumise à un vote en 2022.

Après plus de deux ans de multiples débats, ce vote de la dernière chance a finalement abouti. Ce choix, malgré une majorité pour le légitimer, aura certainement un coût politique important car il va à l’encontre de la volonté des députés européens appelant à un plan de sortie du glyphosate et de l’initiative citoyenne pour l’interdiction du glyphosate qui a rassemblé 1 30. 000 signatures en quelques mois. Les eurodéputés Eric Andrieu et Marc Tarabella accusent quant à eux les 28 États membres de “non-assistance à citoyens en danger”.

Cette décision risque également d’accentuer la défiance de certains citoyens européens vis-à-vis de l’UE.

Publiée il y a quelques jours, une étude scientifique américaine qui n’a pas établi de lien entre glyphosate et cancer a ravivé la controverse et ajouté de l’eau au moulin des partisans du glyphosate. La Belgique va prendre contact avec d’autres pays ayant voté contre le renouvellement pour chercher des alternatives à la substance active du Roundup commercialisé par Monsanto.

Carlo Di Antonio et Céline Fremault déplorent le renouvellement de l'autorisation

"Une triste décision de l'Europe", juge lundi le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH) après que l'Union européenne a décidé de renouveler l'autorisation du glyphosate pour 5 ans. Pour son homologue bruxelloise Céline Fremault (cdH), "l'UE ne tient compte ni de l'opinion des citoyens ni de leur santé." "L'application élémentaire du principe de précaution s'est heurté à la force de l'industrie phyto", estime carlo Di Antonio dans une première réaction publiée sur le réseau social Twitter. "La Belgique a voté contre le renouvellement mais 18 pays ont décidé autrement. J'espère que le fédéral interdira la commercialisation en Belgique", ajoute-t-il.

"Où est le principe de précaution dans cette décision? ", renchérit la ministre bruxelloise de l'Environnement Céline Fremault sur le réseau social. "L'UE ne tient compte ni de l'opinion des citoyens ni de leur santé. Interpellant! ", estime-t-elle, rappelant que la substance est déjà interdite dans la région-capitale.

L'autorisation de mise sur le marché du glyphosate, une substance active utilisée dans des herbicides, a été renouvelée pour cinq ans lundi après-midi par une majorité d'Etats membres, a indiqué le cabinet du ministre de l'Agriculture, Denis Ducarme (MR). Celui-ci a également déploré la position adoptée par ses collègues. La Belgique a voté contre le renouvellement.


Des ONG "scandalisées"

L'Union européenne, en autorisant pour cinq ans de plus le glyphosate, a "balayé le principe de précaution et la santé du revers de la main", ont dénoncé lundi Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer, "scandalisées" et appelant le gouvernement français à agir de son côté.

"En accordant un sursis supplémentaire à Monsanto, Bayer et compagnie, la Commission européenne balaie le principe de précaution et la santé du revers de la main, de même que la voix des millions de citoyens qui ne veulent plus de l'herbicide le plus controversé de la planète", dénoncent dans un communiqué commun les trois organisations.

"Tout convergeait vers une interdiction: la pression des citoyens qui réclamaient la sortie du glyphosate, de nombreuses organisations dont des associations d'anciens agriculteurs malades, des députés français et européens, le scandale des 'Monsanto papers', la polémique autour de l'évaluation scientifique... Cela n'aura pas suffi", regrettent-elles.

"Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer se félicitent que la France ait maintenue son opposition au renouvellement de cinq ans. Le gouvernement (français) doit maintenant mener le pays vers une sortie du glyphosate, en accompagnant les agriculteurs, comme il s'y est engagé et ce, indépendamment du verdict" européen, disent-elles encore.

Greenpeace "surpris" et "scandalisé"

"On ne s'attendait pas du tout ce que l'autorisation du glyphosate soit renouvelée sans restriction. C'est une décision scandaleuse et dangereuse", réagit Thomas Leroy, porte-parole de Greenpeace Belgique, au renouvellement par une majorité d'Etats membres européens de l'autorisation pour cinq ans du glyphosate. Cette substance active utilisée dans des herbicides est classée "probablement cancérigène" par un organisme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), rappelle l'organisation environnementale. "Les personnes chargées de nous protéger ont échoué. La Commission comme la majorité des États membres ont eu plus peur d'éventuels procès que de bafouer le principe de précaution en acceptant un produit potentiellement dangereux pour la santé des citoyens", s'inquiète Thomas Leroy.

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