Planète Willy Borsus va interdire la mise sur le marché et donc l’usage des herbicides destinés aux particuliers. La décision du ministre fédéral de l’Agriculture intervient au cœur d’une controverse sur le glyphosate. Il explique appliquer le principe de précaution. Pour les utilisateurs professionnels, rien ne change pour l'instant. D'autres mesures seront prises concernant l'usage des professionnels (SNCB, agriculteurs, communes...), en concertation avec les Régions, les différents secteurs et les experts.

La polémique fait rage autour du glyphosate, principe actif du RoundUp, l’herbicide de synthèse le plus utilisé en Europe et dans le monde, commercialisé par le géant américain des pesticides Monsanto. En 2015, le centre de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (le Circ) a décidé de classer le glyphosate en tant que "cancérigène probable". Depuis, les ONG n’ont cessé d’appeler à l’interdiction de la commercialisation des herbicides au nom du principe de précaution. Des études scientifiques ont également été menées en Europe. Huit mois après la décision de l’OMS, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) n’a cependant pas conclu à la nocivité du glyphosate et plus récemment, le 15 mars, les experts de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont affirmé que la substance ne devait pas être classée comme cancérogène. Cette étude clef dont les conclusions guident la Commission européenne pour la reconduction de l’autorisation du glyphosate au sein de l’Union est au cœur d’une controverse.

Des ONG de défense de l’environnement remettent en cause l’impartialité des scientifiques et les accusent d’avoir écarté les études négatives. Deux scientifiques du groupe d’experts en particulier auraient été employés par des "institutions scientifiques qui génèrent des revenus par le biais de conseils en évaluation du risque fournis à l’industrie chimique". De nombreux experts affirment également que le glyphosate est un perturbateur endocrinien et demandent à la Commission européenne de le bannir alors qu’elle peine toujours à les définir.

Une autre polémique a récemment enflammé le débat. Vendredi, deux députés européens, Eric Andrieu et Marc Tarabella, ont demandé l’ouverture d’une commission d’enquête sur Monsanto dans le cadre des "Monsanto papers", une affaire révélée par la justice fédérale américaine qui prouve que la firme s’inquiétait dès 1999 de la dangerosité du Roundup. Un toxicologue belge, Mark Martens, serait impliqué.

Des doutes sur la nocivité du glyphosate

Au nom du principe de précaution et à cause des doutes persistants sur la nocivité éventuelle de la substance, le ministre fédéral de l’Agriculture, Willy Borsus (MR) proposera prochainement un arrêté visant à l’interdiction de mise sur le marché et donc d’usage des herbicides destinés aux particuliers.


3 questions à Willy Borsus, Ministre fédéral de l’Agriculture (MR)

1. Quels pesticides interdisez-vous ? Quand l’arrêté devrait-il être mis en application ?

L’arrêté permettra d’interdire la commercialisation et l’usage d’herbicides, dont le glyphosate, pour les usages privés. J’interdis aussi une autre catégorie de produits, classés CMR2, et suspectés d’avoir des effets cancérigènes et toxiques. Mon objectif est d’avancer rapidement, la mise en application devrait avoir lieu pour la fin 2017. Pour les professionnels, il y a un mécanisme de contrôle et des mesures complémentaires de prévention seront prises prochainement dans le cadre du plan de réduction des pesticides.

2. Est-ce au nom du principe de précaution à la suite des différentes polémiques que vous prenez cette décision ?

Cette démarche s’inscrit effectivement dans le contexte du principe de précaution. Les doutes sur les récentes études européennes, selon lesquels il y aurait eu des manœuvres de Monsanto et des tentatives d’influencer les experts, m’ont encouragé à prendre cette décision. Dans ce cadre, j’ai commandé une enquête pour déterminer s’il y a eu des influences. Un autre élément qui a nourri ma réflexion est qu’il existe de plus en plus d’alternatives pour les particuliers, notamment bio, pour éliminer les mauvaises herbes.

3. L’année dernière, la Belgique s’était positionnée en faveur de la prolongation de la commercialisation du glyphosate en Europe. Vous avez donc radicalement changé d’avis. Pourquoi ?

On avait plaidé le durcissement des conditions. Nos experts nous indiquaient que l’utilisation du glyphosate avec des co-formulants étaient source de danger, donc on avait demandé la fin de l’utilisation de ces co-formulants mais j’avais indiqué que je resterais attentif à ce dossier en fonction des nouvelles informations qui me parvenaient. Aujourd’hui, je respecte cet engagement.


Réactions

Céline Fremault, Bruxelles : "Soulagée et satisfaite que le gouvernement fédéral ait enfin pris le principe de précaution au sérieux. Le glyphosate ne doit plus avoir sa place dans les rayons de nos magasins", a réagi la ministre bruxelloise Céline Fremault qui a interdit l’utilisation de pesticides contenant du glyphosate le 14 avril 2016.

Carlo di Antonio, Wallonie : "La Wallonie avait pris la décision d’interdire, à partir du 1er juin, l’usage par un public non formé de produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate. Je suis soulagé que le fédéral revienne enfin à la raison", a expliqué le ministre wallon Carlo Di Antonio dans un communiqué.