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Le groupe pharmaceutique Bayer a estimé samedi que le glyphosate est "sûr et non cancérogène", alors qu'un jury américain a lourdement condamné vendredi Monsanto pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup.

"Sur la base de preuves scientifiques, d'évaluations réglementaires à l'échelle mondiale et de décennies d'expérience pratique de l'utilisation du glyphosate, Bayer estime que le glyphosate est sûr et non cancérogène", a déclaré à l'AFP un porte-parole du groupe allemand, nouveau propriétaire du géant de l'agrochimie américain Monsanto.

Un jury d'un tribunal de San Francisco a, dans une décision inédite, condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages à Dewayne Johnson. Ce jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, notamment le Roundup qu'il avait vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité.

L'entreprise a par ailleurs immédiatement réagi dans un communiqué, annonçant qu'elle avait l'intention de faire appel et réitérant l'idée que le glyphosate, principe actif du Roundup, ne cause pas le cancer et n'est pas responsable de la maladie du plaignant.

Contacté par l'AFP, Bayer a avancé des arguments similaires, expliquant que "l'arrêt de la Cour contredit les conclusions scientifiques selon lesquelles il n'existe aucun lien entre l'utilisation du glyphosate" et la maladie de M. Johnson.

"D'autres affaires peuvent être portées devant d'autres tribunaux et d'autres jurys, qui peuvent aboutir à des conclusions différentes", s'est justifié le géant allemand qui a bouclé le rachat de Monsanto pour 63 milliards de dollars début juin.

Une fois la mégafusion bouclée, le groupe allemand avait rapidement fait savoir que la marque Monsanto devrait être abandonnée.

Classé "cancérigène probable" depuis 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate est utilisé sous diverses marques, la plus célèbre étant le Roundup fabriqué par le groupe américain Monsanto, qui appartient désormais au géant allemand de la chimie Bayer.

"Il faut sortir des pesticides", réclame la Confédération paysanne

La lourde condamnation du géant agrochimique américain Monsanto, vendredi aux Etats-Unis, pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup est "la preuve qu'il faut sortir des pesticides", a estimé samedi le porte-parole de la Confédération paysanne Laurent Pinatel.

"Ce jugement, c'est une nouvelle fois la preuve que les pesticides sont dangereux pour la santé, des utilisateurs en premier lieu --et donc des paysans et des paysannes--, et puis par ricochet aussi de ceux qui consomment les produits", a indiqué M. Pinatel à l'AFP.

Un jury d'un tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages à Dewayne Johnson. Ce jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, et notamment le Roundup qu'il avait vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité.

"Il faut absolument se donner les moyens de sortir des pesticides, de cette dépendance", a jugé Laurent Pinatel.

Ceci nécessite, selon le porte-parole du troisième syndicat agricole français, "des moyens techniques avec la recherche et puis des moyens économiques aussi, car les pesticides, c'est un outil de compétitivité dans la guerre économique".

"J'ai déchaumé chez moi cette semaine, je n'ai fait qu'un hectare et j'ai mis une journée", a-t-il témoigné. "Si j'avais passé un coup de Roundup, j'en aurais eu pour une heure!"

"Il y a cette promesse d'Emmanuel Macron de sortir du glyphosate", l'herbicide commercialisé entre autres sous le nom Roundup, a rappelé le responsable syndical.

"Mais de façon globale", il appelle le gouvernement à "(accompagner) par des politiques publiques le passage d'une agriculture aujourd'hui avec béquille chimique vers une agriculture (...) où on arrête d'utiliser des produits qui sont en train de tuer les paysans et les paysannes".

Plusieurs associations françaises de défense de l'environnement ont salué la condamnation de Monsanto aux États-Unis:

"Notre première réaction, c'est de dire +enfin et heureusement+, parce qu'avec tous les éléments à charge contre Monsanto cela aurait été absolument incompréhensible qu'il ne soit pas condamné", a indiqué à l'AFP Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace France.

"La justice agit là ou le gouvernement n'est pas présent, il faut que les citoyens continuent de se mobiliser pour que le glyphosate soit enfin interdit en France et en Europe", a-t-elle insisté.

"Générations Futures salue cette décision historique, qui reconnaît le caractère cancérogène de ces produits à base de glyphosate et la responsabilité de Monsanto dans le fait de les avoir mis sur le marché sans en avertir le consommateur", a de son côté indiqué dans un communiqué le directeur de cette association, François Veillerette.

Quant à Benjamin Sourice, président de Combat Monsanto, il juge que "cette condamnation reconnaît non seulement que le Roundup est cancérigène, mais surtout que Monsanto avait les informations sur la dangerosité du produit et qu'ils ont tout fait pour masquer cette dangerosité".

"Elle montre que Monsanto savait depuis le début que sa formule chimique est toxique, et qu'ils ont trompé les autorités publiques", a-t-il affirmé à l'AFP.

"L'ensemble des lobbies des pesticides trompent les autorités publiques, qui se laissent d'une certaine façon volontairement avoir", a-t-il ajouté.

Le groupe pharmaceutique et chimique Bayer, propriétaire de Monsanto depuis peu, a estimé samedi que le glyphosate était "sûr et non cancérogène".

Enfin, l'agriculteur Paul François, figure en France du combat contre Monsanto, a ressenti "beaucoup de joie" pour tous ceux qui se battent à travers le monde après la condamnation aux Etats-Unis du géant agrochimique.

"J'ai pensé à eux en me disant que cette décision allait les aider et leur donner beaucoup d'espoir", déclare à l'AFP le président de l'association Phyto-victimes et auteur du livre "Un paysan contre Monsanto".

Le ministère de l'Agriculture n'avait pas répondu aux sollicitations de l'AFP samedi après-midi.