Le "Septième continent", la grande poubelle du Pacifique

Véronique Leblanc Publié le - Mis à jour le

Planète

On l’appelle le "Great Pacific Garbage Patch" - la grande poubelle du Pacifique - ou bien encore le "Septième continent", né de l’océan, entre la Californie et Hawaï. 3,4 millions de km2 envahis par des déchets de plastique et créant une zone égale à un tiers des Etats-Unis ou bien six fois la France. "Une zone et non une plaque", confirme le navigateur-explorateur français Patrick Deixonne, "car le 7e continent n’est pas une terre ferme où l’on puisse marcher pour planter un drapeau sur un amoncellement de vieux pneus, bouées, jouets, etc. Le 7e continent ressemble plus à une ‘soupe de plastique’ dont les macrodéchets (plus de 15 cm) constituent la partie visible d’une pollution aux microdéchets présente jusqu’à 30 mètres de profondeur."

Parti en goélette de San Diego le 21 mai dernier avec un équipage de scientifiques, Patrick Deixonne voulait "voir de ses yeux" ce phénomène que l’on retrouve dans cinq grands bassins océaniques, au sein du Pacifique et de l’Atlantique - Nord et Sud dans chaque cas - ainsi que de l’océan Indien.

Ces zones correspondent à des gyres où les courants marins influencés par la rotation de la Terre s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord et en sens inverse dans l’hémisphère Sud, capturant au passage les débris plastiques par millions de tonnes. "A la manière d’un siphon d’évier", commente Patrick Deixonne. Il raconte l’expédition, les ballons de baudruche sur l’eau, aux abords des côtes, et puis "plus rien" jusqu’à ce qu’à 2 000 km des côtes, "le gyre vomisse ses déchets". "C’est ce qui nous a le plus impressionnés dit-il , l’impact de la pollution aussi loin de toute vie humaine."

Capteurs dans la chair des poissons

L’équipe s’est livrée à une série d’observations, relevant notamment le passage de 10 macrodéchets par heure - 240 par jour - à un endroit donné mais ceux-ci sont difficiles à identifier car ils ont été colonisés par des anatifes, crustacés qui s’amalgament sur les fragments de plastique au point parfois de les faire couler. "On n’est pas tombés sur de gros restes comme l’a fait l’Américain Charles Moore qui a découvert le 7 e continent en 1997 et l’étudie grâce à sa fondation, l’Algalita Marine Research Foundation, raconte Patrick Deixonne , mais nous avons ramené en Europe les échantillons tirés de ce que nous livrait le filet Manta et ceux-ci seront étudiés par des chercheurs français et européens." L’objectif de Patrick Deixonne et de son équipe était en effet d’être les premiers témoins européens de ce 7e continent et d’en ramener témoignage sur notre continent à nous. "Je voulais jouer mon rôle d’explorateur à part entière", explique-t-il en répétant qu’il n’est pas scientifique et que ce n’est pas à lui de tirer les conclusions de ses observations.

Il faut attendre notamment qu’aient été analysés les capteurs placés dans la chair des poissons pour se prononcer sur une incidence ou non de cette pollution sur la chaîne alimentaire. Quand on lui demande s’il a vu des oiseaux au-dessus de la zone, il répond que "non, pratiquement pas" mais que "par contre", l’expédition "n’a pas trouvé un seul déchet qui ne soit colonisé par une espèce de crabe bien précise". "Je ne suis pas scientifique, poursuit-il, j e ne sais pas quelle conséquence cela peut avoir sur la biodiversité mais cela pose question."

De leurs 17 jours en mer, Patrick Deixonne et son équipe ont ramené des images, un journal de bord, des échantillons qui seront analysés par les laboratoires partenaires de l’expédition. Il espère continuer l’exploration des gyres avec, en première ligne de mire, celui de l’Atlantique Nord situé vers la mer des Sargasses mais il faut monter l’expédition, trouver budget et sponsors Pendant ce temps, le 7e continent continuera inexorablement à capturer dans le filet invisible de ses courants marins des tonnes de plastique. "On attend 5 millions de déchets issus du tsunami japonais de 2011, raconte Patrick Deixonne, ce sont les chiffres d’une ONG américaine, je crains qu’ils ne soient pas loin de la vérité."

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