Le vampirisme 2.0 pour en finir avec la mort (DOSSIER)
- Publié le 23-07-2017 à 08h58
- Mis à jour le 23-07-2017 à 14h10

Une start-up américaine propose à de riches clients de se faire transfuser du sang "neuf". Objectif : retarder le vieillissement, et en finir un jour avec la mort. Mais la quête d'immortalité ne va pas sans un large questionnement.
C'est un mythe bien connu. Les vampires sucent le sang de leurs jeunes victimes afin d'échapper éternellement à la mort. Eh bien, aujourd'hui, le mythe devient réalité. Une start-up californienne, du nom d'Ambrosia, propose à de riches clients de leur transfuser du sang "neuf" pour stopper leur vieillissement.
Farfelu ? Pas tant que ça. Une expérience pionnière, menée dans les années 1950 et reproduite récemment à l'université de Stanford, est prometteuse : une souris âgée est ouverte sur tout un côté. Ses artères et ses veines sont suturées à celles d'une jeune souris également fendue sur toute la longueur du corps. Les deux systèmes sanguins ne font plus qu'un. Au bout de quelques jours de ce traitement, certains paramètres vitaux de la souris âgée s'améliorent. Par exemple, sa cataracte, si elle en a une, se résorbe.
"Ce traitement appelé parabiose fonctionne très bien sur l'animal, commente le docteur Laurent Alexandre, auteur de livres sur le transhumanisme. Chez la souris et chez le rat, le fait de transfuser du sang d'animaux jeunes augmente la mémoire, la capacité cardiaque, l'activité des cellules souches et active la production de nouveaux neurones."
"Cependant, nuance-t-il, si chez la souris et le rat, il y a de tels résultats, ça ne veut pas dire que sur des gros mammifères, il en sera de même. Et nous, nous sommes un gros mammifère."
La quête de l'immoralité
Selon le "Daily Beast", les clients d'Ambrosia doivent s'acquitter de la coquette somme de 8 000 dollars (7 000 euros) pour tester la parabiose. Parmi eux, on compterait surtout des personnes de plus de soixante ans, ainsi que des milliardaires de la Silicon Valley comme Peter Thiel, l'entrepreneur américain d'origine allemande, connu pour ses investissements à risque dans les nouvelles technologies et membre du conseil d'administration de Facebook. Celui-ci reconnaît d'ailleurs dans une interview accordée au site "Inc." qu'il s'intéresse à la quête de l'immortalité, et en l'occurrence à la parabiose.
En finir avec la mort, n'est-ce pas un rêve commun à l'humanité depuis que le monde est monde ? Mais il semble qu'aujourd'hui, on envisage sérieusement d'y parvenir. D'ailleurs, le candidat aux élections américaines Zlotan Istran a fondé le parti dont le programme consiste essentiellement à assurer notre vie éternelle. "Lui effectivement, c'est un transhumaniste qui considère qu'il est logique et nécessaire que l'humanité euthanasie la mort, précise le docteur Alexandre. C'est aussi ce que pensent les dirigeants de Google. Il y a aujourd'hui beaucoup de gens parmi les transhumanistes (même si ce n'est pas le cas de tous) qui considèrent que la vie n'a pas beaucoup de sens si on doit mourir. Mais pour devenir des êtres éternels, il faudra passer par trois étapes : améliorer notre fonctionnement biologique; fusionner avec des microprocesseurs qui peuvent fonctionner éternellement; et puis empêcher la mort de l'univers, parce que pour être nous-mêmes immortels, il faut que l'univers soit immortel."
Pas assez de sang "neuf" pour tous
"En effet, philosophe l'auteur d'ouvrages sur le transhumanisme, si vous ne vieillissez pas, mais que l'univers meurt, ce qui est prévu, selon les estimations, dans gogol années - c'est-à-dire 10 100 ans -, vous ne pouvez pas être éternel. Darwin expliquait d'ailleurs que si l'univers devait périr, l'aventure humaine n'aurait aucun sens puisque toutes ses créations disparaîtraient. Quel est le sens de nos vies si toute trace de notre civilisation disparaît avec la mort de l'Univers ? Quel est le but ultime de l'humanité, de la science ?"
Revenons un instant au vampirisme médicalisé. "Il y a une question qui se pose, résume le docteur Alexandre. On ne peut pas donner ce traitement à dix milliards de terriens. Parce qu'il n'y a pas assez de jeunes pour trouver du sang "neuf" pour tout le monde. Et donc si on veut que ce type de technologie marche, il faut identifier les produits responsables de la fin du vieillissement, les synthétiser et les donner sous forme de traitements. On ne va pas jouer les vampires 2.0 éternellement."
En attendant, "la seule chose qu'on peut espérer aujourd'hui, poursuit-il, c'est mourir moins vite de maladie. On peut augmenter son espérance de vie avec une bonne hygiène de vie : ne pas fumer, pas trop picoler, faire du sport, ne pas être obèse, etc. Mais il n'y a pas de traitement aujourd'hui validé pour augmenter l'espérance de vie des gens sains sur terre. Seuls les charlatans prétendent le contraire, et ils ne sont pas désintéressés."
Une expérimentation sous le statut d'"essai clinique"
Sur le site Internet de l'Institut national américain pour la santé, on peut lire les détails de l'expérimentation médicale menée par la start-up Ambrosia. Les participants doivent avoir plus de trente-cinq ans. Ils se font transfuser le sang de donneurs entre seize et vingt-cinq ans. Un large panel de marqueurs biologiques est mesuré avant et après le traitement. Objectif : évaluer les effets bénéfiques des transfusions de plasma. Selon Ambrosia, les premiers résultats sont encourageants.
L'expérimentation menée par Ambrosia a obtenu le statut d'"essai clinique", de sorte que l'entreprise peut s'insérer dans le circuit médical et rester discrète auprès des donneurs sur l'usage qui est fait de leur hémoglobine. Concrètement, la start-up achète ses stocks auprès de banques de sang, à l'instar des compagnies pharmaceutiques.