Planète Déjà 40.000 personnes évacuées, - cela pourrait monter jusque 100.000 - et un aéroport fermé. Le volcan Agung qui domine l’île de Bali de ses 3000 mètres d’altitude, s’est réveillé et crache une long panache de cendres. La dernière fois, c’était en 1963 ; la colère de l’Agung avait fait 1600 morts.

Crise particulière

 Sur place, l’alerte maximale a été déclenchée. “C’est une crise très particulière à gérer, et ce pour deux raisons, explique le le volcanologue Corentin Caudron (ULB), qui surveille le volcan depuis Bruxelles, en appui (fourniture d’images satellites, analyse de données sismomètres) des experts indonésiens. Le volcan dort depuis très très longtemps, et la dernière fois qu’il est rentré en éruption, il n’y avait aucun instrument (sismomètre, mesure de gaz), nous n’avons donc aucun point de comparaison avec ce qui se passe actuellement. Ce qui complique fort l’intéprétation des événements. D’autre part, le volcan a commencé à bouger il y a trois mois, avec beaucoup de tremblement de terre. On a cru qu’on allait vers une éruption, mais tout s’est calmé il y a un mois. On pensait que c’était terminé. On s’est trompé. Finalement, il est entré en éruption seulement maintenant. C’est compliqué pour nous de comprendre ce qui se passe.” On sait en tous cas qu’actuellement le magma est proche de la surface, puisque le volcan émet une incandescence - une lueur rouge à son sommet- pendant la nuit. “La sismicité est aussi très faible, ce qui veut dire que le conduit volcanique est ouvert, ce qui veut dire aussi qu’il y a de fortes chances que l’éruption dure.”


Pas d'explosion

Bonne nouvelle cependant : l’éruption n’est à ce stade pas explosive. “Le panache de cendre n’est pas très haut et n’y a pas de bouchon qui se forme au sommet du volcan. Ce qui se pourrait se produire, c’est en effet qu’un dôme de lave se forme au sommet du volcan, qui ferait l’effet du bouchon de champagne. Dans ce cas, la pression s’accumule, jusqu’au moment où elle doit être libérée, et cela peut donner une éruption très explosive. Qui pourrait monter alors très haut, causer des nuées ardentes ou des coulées de lave sur les pentes du volcan, à des vitesses élevées et sur une surface importante.” Pour l’instant, l’éruption n’est donc pas explosive, mais il n’est pas exclu qu’elle le devienne. “Mais l’agence indonésienne fait un boulot remarquable, ils ont déjà évacué tout le monde, il y a peu de risques qu’il y ait des victimes cette fois-ci. C’est une évacuation pour risque potentiel, car pour l’instant, il y a peu de risques pour les populations.”

Aéroport fermé

A ce stade, la population ne peut donc plus s’approcher du volcan à moins de 10 km. En outre, l’aéroport a aussi été fermé, en raison des cendres crachées par le volcan, cendres (silice) qui sont en fait de microparticules de magma. “Ce qui explique cette fermeture, les cendres sont dispersés en fonction de la direction des vents. Jusqu’ici, elles étaient dirigées vers l’Est, dans l’autre sens, mais cela pourrait changer. On sait qu’on est entrée dans la phase magmatique et l’activité magmatique risque de durer, donc des cendres vont continuer à se former. L’injection de cendres est quasi continue pour l’instant ; il y a des volumes très très importants qui sont présents dans l’atmosphère, donc cela devient dangereux pour les avions. On voit aussi que l’énergie sismique est en train d’augmenter. Donc, non seulement, cette éruption de cendres risque de durer, mais on pourrait aller vers un panache qui pourrait montrer plus haut et avoir un volume plus élévé de cendres dans l’atmosphère.”

© ap

L’expert craint donc que l’aéroport ne puisse pas rouvrir rapidement. Un problème crucial sur une île très touristique, alors que l’on approche de Noël et que les touristes - en particulier australiens - s’apprêtent à arriver. “C’est le grand problème qu’ont les autorités à gérer actuellement. Le tourisme, c'est le grand souci local. Il va y avoir une grosse pression de la part de l'industrie touristique sur les volcanolgues. De nos jours, les volcans ne tuent plus, mais ils causent d’importants dégâts économiques.

>>> Pour observer le volcan en temps réel


Témoignages : "Ici, on s'inquiète surtout des retombées touristiques"

Architecte naval d’origine namuroise, le Belge Julien Mélot, 33 ans, est installé sur l’île de Bali, tout près de l’aéroport international, à 70 km du volcan Agung. Ce lundi, explique-t-il, il faisait un “temps à la belge avec quelques degrés en plus”. Impossible de distinguer le panache de cendre craché par le volcan, “noyé dans les nuages de pluie”! A la télé, dans les journaux et sur les sites web locaux, on ne parle que de cela, mais si aucune consigne précise n’est livrée aux personnes qui vivent en de hors de la zone rouge de 10 km. Sur place, les Balinais ne sont pas inquiets, hormis pour deux choses : la fermeture de l’aéroport - “moi-même je dois le prendre dans quelques jours, je surveille la direction du vent !” - et surtout, le tourisme. 

“La préoccupation principale, à ce niveau-ci, c’est les retombées que cela aura sur le tourisme. Il faut être réaliste, je pense que c’est de ça que les Balinais se préoccupent le plus, beaucoup plus que de leur sécurité, à l’heure actuelle. Tant que le volcan n’entre pas en éruption explosive, c’est plutôt les retombées sur la réputation de Bali, en plus ça va bientôt être la saison haute, avec Noël...” Bali est un haut lieu du tourisme mondial avec des millions de visiteurs chaque année.

© dr

Une quarantaine de Belges en vacances sur l'île, dix empêchés de revenir

Une quarantaine de Belges se trouvent sur l'île de Bali, indiquent lundi les tours-opérateurs Thomas Cook et Tui. Une dizaine de vacanciers voyageant avec Tui devaient rentrer aujourd'hui/lundi en Belgique, mais l'aéroport international de Denpasar étant fermé à la suite de l'alerte maximale déclenchée en raison des émissions de cendres et de fumées du volcan Agung, leur séjour devra être prolongé, précise Florence Bruyère, porte-parole du tour-opérateur. Leur sécurité n'est toutefois pas mise en danger. Les autorités indonésiennes ont décrété lundi matin l'alerte maximale à Bali en raison des émissions de cendres et de fumées du volcan Agung à Bali, faisant craindre une éruption imminente.

L'aéroport international de Denpasar a été fermé pour une période de 18 heures au moins. Tous les vols ont été annulés. Environ 6.000 passagers sont ainsi bloqués sur l'île paradisiaque.

Le tour-opérateur belge compte 28 vacanciers à Bili, dont "10 devaient normalement revenir aujourd'hui", indique une porte-parole. "Ils devront prolonger leur séjour à l'hôtel. (...) Ils ne sont pas en danger, un périmètre de sécurité ayant été mis en place autour du volcan", précise-t-elle, ajoutant que Tui suit de près la situation avec les autorités locales.

Thomas Cook comptabilise une dizaine de clients sur l'île indonésienne. Ces derniers ne sont eux "pas impactés". "Un périmètre d'une dizaine de kilomètres a été tracé autour du volcan, mais sinon les voyageurs ne ressentent aucune conséquence. Bali est habitué à gérer ce genre de situation."

Il est prévu que cinq Belges se rendent à Bali avec Thomas Cook à la fin de cette semaine mais la confirmation du voyage dépend des compagnies aériennes. Le tour-opérateur signale qu'aucun d'entre eux n'a encore demandé à annuler son voyage.

© ap