Les Alpes, une géographie bien plus qu’une politique

S.Vt. Publié le - Mis à jour le

Planète

Les Alpes n’ont cure des frontières. Elles étendent leurs glaciers, monts et vallées sur 190600 km2, et forment une unité naturelle et économique par-delà les huit pays sur lesquels elles s’étagent. Il y a tout juste vingt ans, le 7 novembre 1991, était signée à Salzbourg la Convention alpine, un traité international censé faire entrer la chaîne européenne dans l’ère du développement durable - histoire de faire cohabiter au mieux un écosystème fragile avec la pression touristique et le transport routier notamment. Pour la première fois, une zone de montagne transnationale était considérée dans toute sa dimension, comme territoire commun devant relever des défis communs. Elle a d’ailleurs été depuis imitée, avec la Convention des Carpates par exemple.

En s’engageant de la sorte, les parties contractantes, "dans le respect des principes de précaution, du pollueur-payeur et de coopération", voulaient assurer "une politique globale de préservation et de protection des Alpes en prenant en considération de façon équitable les intérêts de tous", "tout en utilisant avec discernement les ressources et en les exploitant de façon durable". Mais, depuis son entrée en vigueur le 6 mars 1995, les résultats se sont révélés en-deçà des attentes.

De la Convention alpine, qui lie les huit Etats concernés et l’Union européenne, sont nés huit protocoles juridiquement contraignants, touchant à l’agriculture, au tourisme, à l’énergie ou encore aux transports. Mais cinq pays seulement les ont tous ratifiés, tandis que la Suisse et l’Italie n’en ont entériné aucun. "C’est embêtant, parce qu’une grosse partie des Alpes se trouve en Italie et que la Suisse en est au cœur", relève Claire Simon, directrice adjointe du bureau international de la Cipra, une ONG qui œuvre depuis 1952 pour la protection et le développement durable de la chaîne montagneuse. "C’est un frein, mais la Convention alpine pourrait malgré tout apporter plus." Elle regrette ainsi que les régions ne soient pas plus associées au processus ou que les moyens fassent défaut pour mettre en œuvre des projets alpins.

Mais "ce n’est pas parce que le bilan est mitigé que la Convention alpine n’a pas d’avenir", surtout si l’engagement européen et la volonté politique venaient à se manifester. Le tableau n’est, de fait, pas désespéré, exemple autrichien à l’appui : Vienne applique tellement bien la Convention que l’extension de domaines skiables s’est vue très encadrée et que des infrastructures routières n’ont pu être développées. Ainsi connaîtra-t-elle peut-être un second souffle, une fois passée à l’âge adulte.

http://www.alpconv.org/

Publicité clickBoxBanner