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Quatre fois plus de crues majeures aujourd'hui qu'en 1980... Les aléas météorologiques "extrêmes" ont été toujours plus fréquents ces 36 dernières années dans un monde en plein bouleversement climatique, souligne un rapport européen, pointant le rôle de certains courants, océanique et aérien.

Canicules, feux de forêt, tempêtes... Le nombre de catastrophes climatiques a plus que doublé depuis 1980, souligne l'analyse publiée mercredi par le Conseil des Académies des sciences européennes (EASAC), qui appelle les dirigeants européens à agir "urgemment" pour "mieux adapter les infrastructures à un climat qui change".

En particulier, les aléas hydrologiques extrêmes (inondations, crues) ont quadruplé, les sécheresses doublé.

Entraînant des pertes économiques à l'avenant: les tempêtes orageuses en Amérique du nord ont à elles seules généré 10 milliards de dollars de pertes en 1980, et près de 20 en 2015, selon des données en partie venues du NatCatSERVICE de l'assureur Munich Re.

Avec une "note positive": les rivières en Europe connaissent plus de crues mais leur coût global reste stable, suggérant l'efficacité des mesures de protection.

"La tendance aux extrêmes se poursuit", souligne Michael Norton, directeur du programme Environnement de l'EASAC (qui réunit 27 Académies des sciences de l'UE, de Norvège et de Suisse).

Et d'appeler à limiter toujours plus les gaz à effets de serre et, pour les impacts inévitables, de renforcer les plans de protection. "Ce rapport arrive à point nommé, puisque la Commission européenne doit remettre cette année une évaluation de sa stratégie climatique", dit-il.

"Erratique"

"Ces résultats reflètent les tendances générales, (montrant) les conséquences d'une énergie thermique accrue sur le système terrestre", souligne le climatologue Phil Williamson, de l'Université britannique d'East Anglia, dans un commentaire au Science Media Center: "Par exemple, depuis 150 ans il y a eu dix fois plus de records battus pour des températures élevées que pour des températures basses".

Et "nous pourrions expérimenter ces extrêmes de manière plus erratique", ajoute Michael Norton.

"Les événements extrêmes ne vont pas se produire de manière linéaire et progressive, ils peuvent arriver n'importe quand," prévient-il, d'où l'importance de les suivre "sur le long terme" pour détecter des tendances.

Ce rapport, qui actualise une précédente analyse de 2013, évalue plusieurs facteurs pouvant expliquer ces intempéries plus fréquentes.

"Certains vecteurs de climat extrême qui étaient plutôt de l'ordre de la spéculation il y a quatre ans, le sont beaucoup moins aujourd'hui", souligne le professeur Norton.

La fin du Gulf Stream?

Comme le ralentissement du Gulf Stream, "désormais hypothèse plausible". Le possible arrêt même de ce courant océanique, du fait notamment de la fonte de la calotte groenlandaise et de précipitations accrues venues des hautes latitudes, est au centre des débats scientifiques. D'après les chercheurs, les hivers ouest-européens en perdraient plusieurs degrés.

Autre élément, les récentes perturbations du jet stream polaire, courant aérien ultra-rapide circulant dans la haute troposphère.

Selon des recherches récentes, ses fluctuations, potentiellement liées au réchauffement en Arctique, pourraient avoir été à l'origine en Europe et dans l'est des Etats-Unis de plusieurs épisodes d'hivers rigoureux et de températures estivales extrêmes.

D'après une étude parue en 2016 dans la revue "Climatic Change", le Sud de l'Europe devrait connaître, par endroits, d'ici 2050, au moins un aléa climatique sévère chaque année, de l'ordre de ceux connus à ce jour une fois tous les cent ans.