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"En tant que bons Belges, on a l'habitude de la pluie. Mais là, 17 heures d'affilée de déluge, c'est très impressionnant. Vraiment. Du jamais vu. C'est inimaginable. C'est fou. ", nous dit Thaïs Ide, qui s'était réveillée une demi-heure plus tôt, après une nuit très venteuse et fort pluvieuse, dans sa maison de Katy, située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Houston. C'est en effet là que la quinquagénaire belge s'est installée, il y a trois ans et demi, avec son époux, venu au Texas pour des raisons professionnelles alors que leurs trois enfants sont restés en Belgique.

" Nous avons beaucoup de chance car, pour l'instant, dans la maison, nous sommes toujours au sec; nous avons de l'eau et de l'électricité, même s'il y a eu une petite coupure vendredi , nous confie-t-elle d'une voix enjouée, mais nous suivons, mon mari et moi, la situation de minute en minute. L'eau avait terriblement monté hier soir et le shérif du county nous avait demandé une évacuation volontaire. Nous n'avons pas encore cédé, comme personne d'ailleurs dans le quartier. Hier encore, j'ai été faire un tour à vélo - ce qui je l'admets n'était peut-être pas très intelligent... -, mais j'avais envie d'aller voir ce qui se passait du côté du Buffalo Bayou, la rivière qui traverse la ville. Les montées d'eau étaient effrayantes. J'ai vu deux gros serpents et trois tortues. Aujourd'hui, nous sommes prisonniers dans le quartier; on ne peut plus sortir ".

Le moment venu, nous évacuerons en convoi

Pourtant, il faut se tenir prêts à quitter les lieux le moment venu. " Etant donné que l'on prévoit deux journées et une nuit de pluie constante à venir, on pourrait effectivement devoir évacuer d'ici demain. Nous partirons alors en convoi, avec une quinzaine de familles, vers des grands centres d'accueil. Nos valises sont prêtes. Dans la maison, nous avons déjà mis pas mal de choses à l'abri sur des étagères.

Pour l'instant, entre voisins, on se serre les coudes. Il faut reconnaître que les Américains sont d'une grande hospitalité et terriblement aimables. Nous sommes en permanence en contact via Facebook. Comme nous n'avons pas de 4X4, il faudra d'office faire appel aux voisins.Lorsque nous avons emménagé, nous avons reçu un kit "ouragan", où l'on explique comment agir, ce qu'il faut emporter avec soi, dans un sac en plastique étanche, comme ses papiers ."

D'ici l'éventuel ou probable départ, comme tous les Américains concernés par l'arrivée d'Harvey, ThaÏs Ide a pris ses précautions. " Jeudi, j'ai voulu faire les grands achats. Je n'ai jamais connu la guerre, mais dans les supermarchés, c'était incroyable. Il n'y avait plus moyen d'acheter une bouteille d'eau ou des conserves. Plus rien. J'ai dû aller de magasin en magasin toute la journée pour trouver quelques produits. Je plains les personnes avec des petits enfants et les personnes âgées ou malades. Nerveusement, tout cela est très fatigant. On se réveille ou l'on essaie de se tenir éveillé pour scruter le niveau d'eau. Il faut avouer que nous sommes inquiets ".


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"La situation est angoissante"

Catherine, une jeune Belge expatriée, n'est plus sortie de chez elle depuis trois jours. Son quartier est épargné pour le moment, mais elle reste attentive aux alertes d'évacuation. "Cela dépend d'un quartier à l'autre et même d'une rue à l'autre. Là où j'habite, ça va, mais à deux rues d'ici, c'est complètement inondé. Toutes les trois ou quatre heures, nous recevons des alertes sur notre portable pour savoir si nous devons ou non évacuer", explique-t-elle. Travaillant pour une entreprise pétrolière, ses bureaux sont fermés, mais tout est à l'arrêt à Houston : "Les routes sont désertes depuis vendredi et presque tous les magasins fermés. La plupart des gens sont de toute façon dans l'incapacité de se rendre au travail. Tout le monde a fait son stock. C'était impressionnant, des rayons entiers des supermarchés étaient vides à l'annonce de la tornade. C'est surtout l'eau qui était convoitée. Certains magasins ont même été obligés de rationner pour que tout le monde puisse en avoir. Vendredi soir, j'étais au restaurant et, à 20h30, on nous a demandé de quitter l'établissement pour permettre aux employés de rentrer chez eux".

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Si les habitants de Houston sont habitués aux tempêtes, les inondations causées par Harvey sont historiques. "L'an dernier, les inondations, c'était déjà du jamais vu, mais là, c'est impressionnant, ça dépasse tout ce qu'on a pu connaître. C'est angoissant d'être enfermé chez soi. On sait que d'autres personnes sont dans la détresse, mais on ne peut rien faire. J'essaie de sortir, mais tu ne sais jamais ce qui va te tomber sur la tête. Il est annoncé que la tempête s'achève demain, mais franchement, vu les rideaux d'eau qui frappent les vitres, c'est difficile à croire. Du coup, impossible de planifier quoi que ce soit. Et puis le plus stressant, c'est sans doute le risque de perdre l'électricité et l'eau. Il fait très lourd et sans l'air conditionné, avec toute cette humidité, avec l'enfermement, ça peut vite rendre nerveux, d'autant que les frigos ne seraient plus alimentés. J'ai rempli ma baignoire d'eau au cas où, histoire de pouvoir continuer à tirer la chasse d'eau en cas de coupure"