Planète

Des travailleurs agricoles d'origines diverses ont interpellé les parlementaires européens, jeudi. Tous ont été contaminés par les pesticides qu'ils ont utilisés et souffrent de maladies graves. Ils appellent les autorités à rendre public le nombre de malades et le contenu des pesticides.


"Mon corps est totalement empoisonné, je ne peux plus rien faire"

A mon âge, je ne dirais pas que les carottes sont cuites, mais c’est tout comme", lance Armel Richomme. A 61 ans, cet éleveur breton est résigné. Mais il a décidé de se joindre jeudi au groupe d’agriculteurs venus de toute l’Europe pour interpeller les parlementaires européens sur les dangers des pesticides. Tous souffrent de maladies graves : des lymphomes, des cancers, des leucémies ou des empoisonnements provoqués par une exposition prolongée aux pesticides, et tous veulent témoigner pour éviter à d’autres de vivre le même calvaire.

"J’ai utilisé des pesticides pendant vingt ans, jusqu’en 1998, poursuit Armel Richomme. Je répandais des désherbants, des débroussaillants, des fongicides, des insecticides… Sans vraiment prendre de mesures de précautions. Je conduisais un tracteur sans cabine, je travaillais sans gants et sans masque. Souvent, j’étais directement en contact avec les produits. Puis, entre 2003 et 2004, j’ai commencé à ressentir de grosses fatigues sans raison particulière. Mon médecin m’a fait des analyses de sang, et on a détecté un lymphome."

Brûlures et saignements

Installé à ses côtés, Stéphane Roussel ne se porte pas beaucoup mieux. Cet agriculteur de 50 ans - lui aussi originaire de Bretagne - tente de retrouver du travail depuis quelques années, mais son corps l’en empêche. "Dès qu’il détecte la présence d’un produit chimique dans une pièce, je suis malade, témoigne-t-il. Je ne peux plus rien faire. De 2001 à 2011, j’ai travaillé pour Nutrea, une entreprise de vente d’alimentation pour bétail. Sans le savoir, mes collègues et moi manipulions des céréales qui avaient été traitées avec du Nuvan Total, un produit interdit depuis 2001 car considéré comme étant extrêmement toxique pour l’homme. En 2009, j’ai commencé à développer des symptômes. Je crachais du sang, j’avais des brûlures dans toute la bouche, des saignements de la peau et du nez, des vomissements… J’ai été faire des analyses de sang qui ont démontré que j’avais été empoisonné par les pesticides que j’avais manipulés. Une table ronde a été organisée avec l’entreprise pour dénoncer les problèmes et aborder notre avenir, et la direction nous a proposé de recommencer à travailler dans un milieu identique. J’ai refusé et ils m’ont licencié."

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