Planète Reportage

Ils étaient environ 200, tracteur en tête du cortège, portant banderoles bariolées et déguisés pour certains en abeilles, l’une des principales victimes directes de ceux qu’ils entendaient dénoncer.

A l’appel d’une soixantaine d’organisations, les manifestants ont marché dans les rues du quartier européen, s’arrêtant devant le siège des principaux lobbys représentant les multinationales de l’agro-alimentaire pour y faire un maximum de bruit.

"La Commission européenne prépare une nouvelle directive qui permettra de breveter les variétés de semences", explique Xavier Delwart, porte-parole de la Fédération Unie de Groupements d’Eleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA). "Il existe déjà des brevets sur les inventions, comme dans le cadre des OGM. Avec un brevet sur les variétés, le moindre croisement pourrait faire l’objet d’un brevetage. On court donc le risque de voir quelques multinationales s’approprier l’ensemble des variétés de semences." Sans compter le fait que ce sont les mêmes multinationales qui produisent les engrais, ajoute-t-il. "Au final, ils vont maîtriser toute la chaîne de l’alimentation et nous fabriquer des variétés qui nécessiteront obligatoirement l’usage de leurs engrais."

Premier arrêt du cortège, le siège de "European Seed Association", représentant notamment à Bruxelles les intérêt de la multinationale américaine Monsanto. Accompagné d’un cow-boy moustachu, drapeau américain sur les épaules, et d’un garde du corps au regard nerveux, une fausse porte-parole en manteau de vison appelle les manifestants à retourner travailler. "Nous avons des investissements à protéger" crie-t-elle, sous la huée générale.

Même scène, quelques mètres plus loin, devant le siège de la firme allemande Bayer. Les abeilles géantes, présentes dans le cortège, sont particulièrement mises en avant. "Bayer est l’un des responsables de la diminution des abeilles", poursuit Xavier Delwart. "Et moins d’abeilles, c’est aussi moins de pollinisation."

Le cortège poursuit sa route jusqu’à la place du Luxembourg au cri de "Libérez les semences" et "Monsanto dégage", allusion désormais universelle à la révolution tunisienne de janvier dernier. Là, des chimistes en combinaison blanche sont en train d’installer un champ d’OGM sur le rond-point pour la parade finale.

Pour la députée fédérale Thérèse Snoy (Ecolo), présente à la manifestation, la problématique pointée du doigt par les différentes associations est d’une actualité brûlante, alors que se discute au niveau européen la réforme de la Politique agricole commune. "Les lobbys semanciers essayent de mettre la main sur l’ensemble de notre alimentation, explique-t-elle. Nous courons le risque d’arriver dans un système où les agriculteurs seront totalement dépendants des multinationales et où les consommateurs n’auront plus le choix de se tourner vers des produits cultivés autrement."

Pour elle, il s’agit d’une question de sécurité alimentaire qui concerne tant les pays du Nord que du Sud. "La question n’est pas encore à l’agenda. Pour l’instant, la Commission travaille dans l’ombre et ni le parlement ni le Conseil ne savent vraiment ce qui se trame. Il faut donc être très vigilant."