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La nocivité du glyphosate pour la santé humaine et l’environnement a-t-elle été sous-estimée ? La question n’est pas neuve, mais elle revient aux avant-postes de l’actualité, suite à la publication des rapports de deux ONG mettant en cause l’innocuité de la substance active du fameux Roundup - l’herbicide vedette produit par la firme Monsanto.

En juin, l’association britannique Earth Open Source (Eos) a ainsi publié un document dans lequel elle reproche aux autorités européennes (et singulièrement à l’Allemagne, qui jouait le rôle de rapporteur dans ce dossier) d’avoir eu connaissance dès les années 80 des risques de malformations fœtales liés à l’utilisation du glyphosate et d’avoir malgré tout autorisé la commercialisation du produit. A l’appui de ces accusations, Eos affirme que des expérimentations animales menées en laboratoire, y compris par Monsanto, avaient mis en évidence ces problèmes.

Ces craintes seraient aujourd’hui confirmées par de nouvelles recherches, estime Eos, citant notamment les travaux du scientifique argentin Andrès Carrasco. Dans une étude publiée en 2010, celui-ci relève en effet que des embryons de batraciens exposés à de faibles doses de glyphosate présentent des malformations. Plus inquiétant, dans la localité de La Leonesa en province de Chaco, où le Roundup est massivement utilisé via des épandages aériens, le taux de malformations à la naissance aurait quadruplé entre 2001 et 2010. Dans son édition du 9 août, le quotidien français "Le Monde" rapportait pour sa part la multiplication des plaintes des populations des provinces rurales argentines pour des problèmes de santé (hausse du nombre de cancers ) attribués à l’herbicide.

Les conclusions du Pr Carrasco sont également reprises par Greenpeace dans un rapport qui livre à une analyse actualisée de la littérature scientifique actuellement disponible sur le sujet. Il ressort de cette compilation qu’outre ses effets tératogènes, le principe actif du Roundup est de plus en plus suspecté d’être un perturbateur endocrinien et d’avoir une influence cancérigène, voire d’entraîner des troubles du système nerveux. Il aurait de plus des impacts néfastes directs ou indirects sur la biodiversité, notamment les organismes aquatiques. Autre sujet de préoccupation : des études menées au Canada, aux Etats-Unis et au Danemark ont constaté la persistance de résidus de glyphosate (et de la molécule utilisée pour faciliter sa dégradation) dans les sols, mais aussi les eaux souterraines et de surface.

Pour l’ONG écologiste, les conclusions de ce "screening" sont donc sans appel : il est urgent de réévaluer l’innocuité de cette substance en ce qui concerne la santé humaine ou animale. Derrière le glyphosate, Greenpeace vise également les OGM "Roundup Ready" commercialisés par Monsanto, dont la culture est étroitement liée à l’utilisation de ce produit. Ces variétés de plantes génétiquement modifiées (coton, soja, maïs) permettent en effet aux agriculteurs de recourir à l’herbicide pour éradiquer les mauvaises herbes sans affecter les cultures. Le hic, c’est qu’il semble que de plus en plus de mauvaises herbes tendent à développer des résistances au Roundup, amenant les agriculteurs à augmenter les quantités utilisées. Un cercle vicieux. A noter que le brevet du glyphosate étant tombé dans le domaine public, ce produit est aujourd’hui décliné par divers fabricants.

Les rapports des deux ONG ne tombent pas non plus tout à fait par hasard. Censée procéder à une réévaluation de l’autorisation accordée au glyphosate ainsi qu’à une quarantaine d’autres substances pesticides en 2012, la Commission européenne a annoncé qu’elle repoussait cet examen à 2015. La crainte est en outre que cette évaluation se fasse sur base des critères actuels alors que de nouvelles règles plus contraignantes sont en voie de finalisation.

De son côté, Monsanto, balaie ces critiques, remettant notamment en cause la méthodologie utilisée par Andrés Carrasco. Aux yeux de la firme américaine, celle-ci est non pertinente pour prévoir les effets sur la santé humaine et se base sur des scénarios d’exposition irréalistes. "Après avoir examiné en détail toutes les données disponibles, des agences de régulation du monde entier ont conclu que le glyphosate n’est ni un agent reprotoxique, ni un agent tératogène", souligne Monsanto. Une analyse qui semble partagée par l’Agence de sécurité alimentaire allemande qui souligne pour sa part qu’il n’y a pas eu à sa connaissance de confirmation scientifique des informations faisant état d’une augmentation des malformations chez les nouveau-nés dans certaines régions d’Argentine ou d’autres pays d’Amérique du Sud, où d’autres produits phytosanitaires que le glyphosate sont par ailleurs largement utilisés. Le débat est sans doute loin d’être clos...