Planète Pilote de ligne cloué au sol par une sclérose en plaques, Loïc Blaise a décidé de voler à nouveau. Pour collecter des fonds en faveur de la recherche et alerter sur le réchauffement climatique. Une même urgence…

Du calme Mia !" La chienne husky aux yeux vairons tire sur la laisse et agace son maître Loïc Blaise, "un peu fatigué" à son retour de Russie en ce premier lundi d’août. "On est un peu en guerre elle et moi aujourd’hui", dit-il non sans tendresse en s’installant pour l’interview à une terrasse de la "Petite France" strasbourgeoise…

Loïc est un pilote de ligne qui a perdu sa licence en 2012 après un diagnostic de sclérose en plaques. A 34 ans, cet homme du ciel a dû "apprendre à redevenir terrien", consentir à "traîner sa canne chez Auchan", se résoudre à faire la queue alors qu’il avait "l’habitude de survoler les bouchons"… Impression d’être "un oiseau à l’aile pétée. Vulnérable, apeuré". Il a cherché du sens à ce qui lui était arrivé et à ce qui allait advenir.

Climatique ou médicale, même urgence

En décembre 2014, Loïc a vu un film sur la fonte des glaces et a été frappé par une similitude à laquelle il n’avait jamais pensé : "tout comme mon corps, la banquise perd chaque jour un peu d’elle-même", dit-il. "Qu’elle soit climatique ou médicale, l’urgence est la même. Les chiffres ne suffisent pas, elle doit être incarnée." Il fallait agir, retrouver de la poésie et surtout… revoler, car la vie sur terre, ça lui "fout la trouille", à Loïc.

De cette prise de conscience naîtront une structure "Life Odyssey" - "portée par des gens qui dépassent leur handicap dans une dimension sociale et solidaire" - et un projet fou baptisé "Polar Kid". "Personne n’a jamais fait le tour complet du cercle arctique en avion", explique Loïc qui a dès lors décidé d’ouvrir cette dernière route aérienne en ralliant toutes les nations du Grand Nord par un vol circulaire. C’était en avril 2015.

Deux ans durant, il a cherché des sponsors et réussi à convaincre la Russie de donner son accord grâce aux conseils judicieux du Consul général à Strasbourg. Celui-ci l’a aiguillé dans les dédales administratifs et lui a permis de rencontrer Valery Tokarev, ancien cosmonaute qui fera équipe avec Loïc dans un périple prévu pour le printemps 2018.

Mais une expédition de ce genre se prépare d’autant plus qu’elle se déroulera à bord d’un hydravion expérimental construit par la société Aérovolga. Un "voyage test" dans l’Oural était donc prévu durant trois semaines en juillet avec pour base opérationnelle l’aérodrome de Krasny Yar au Sud-Ouest de la Russie.

Trouver l’équilibre

Loïc pensait n’en avoir que pour 3 ou 4 jours de battement sur place, il lui en a fallu une dizaine pour finaliser la mise au point de l’appareil avant de décoller pour de bon le 26 juillet en compagnie de Valery. Son but était de rallier l’Arctique dès ce premier vol pour d’ores et déjà aller à la rencontre des peuples autochtones mais les contretemps techniques de départ ne lui en ont pas laissé la possibilité. Il en a gardé une "frustration" dépassée par la certitude que ce n’est que partie remise car "l’avion - ultraléger et éco responsable - vole et vole bien". " J’ai halluciné sur l’eau, raconte-t-il. Le ‘Polar Kid’est magique, il est un peu lent, mais très fiable et très agile. Bien piloté, il ne décroche jamais".

Les sensations sont importantes, celle de l’équilibre notamment, si essentielle lorsque l’on est atteint de sclérose en plaques. "Piloter un avion c’est piloter un équilibre, raconte Loïc, le trouver pour l’appareil, c’est le retrouver pour soi-même et puis Valery m’a donné une leçon essentielle en me replaçant dans la position du commandant de bord obligé de ‘retaper du poing sur la table’face à l’équipe et… face à lui-même."

C’est donc un "sentiment de victoire" qu’il a ramené à Strasbourg au terme de cette première phase ainsi que des premières images mises en ligne sur le site de Polar kid car "l’aventure ne vaut que si elle est partagée".

22 000 km en 80 jours et 50 escales

Le "Tour du monde des glaces" prévu du 15 avril au 4 juillet 2018 reste donc plus que jamais à l’ordre du jour. Vingt-deux mille km à couvrir en 80 jours et 50 escales dans 9 pays (Sibérie, Alaska, Canada, Groenland, Islande, Iles Féroé, Iles Shetland, Norvège et Finlande). Pour Loïc il s’agit de "l’acte médiatique le plus fort" qu’il puisse accomplir avec l’énergie dont il dispose encore. "Rien ne justifie de se résigner sans se battre", dit-il. Sa première cause est la lutte contre la sclérose en plaque pour laquelle il veut organiser un téléthon international.

Il veut aussi attirer l’attention sur le sort des peuples et de la faune du Grand Nord, premiers grands témoins de ce qui mine la planète et détenteurs de savoirs anciens qui peuvent nous aider à surmonter les défis de l’avenir. "Telles sont les montagnes que Polar Kid va tenter de déplacer, dit-il. En commençant par les survoler. Avant qu’elles ne fondent."

Parrains prestigieux

La Ville de Strasbourg, la Fondation Latécoère et la Fondation Saint-Exupéry le soutiennent. Toute participation financière est évidemment bienvenue et le site permet de rejoindre les rangs des donateurs et partenaires de ce beau projet auquel sont associés, outre le cosmonaute russe Valery Tokarev, des pilotes aussi prestigieux que Patrick Louis, ancien leader de la Patrouille de France, Virginie Guyot, première femme au monde à avoir dirigé une patrouille acrobatique ou Jean-François Clairvoy, spationaute français. A l’instar du pilote irlandais Marc Holmes et d’Antoine Arribe ancien élève de Loïc, ils rejoindront ce dernier dans le cockpit pour l’épauler en relais, chacun sur une partie du trajet.

Films diffusés dans les hôpitaux

Sans oublier Mia, la jeune husky embarquée au titre de "bodyguard" et chargée de lancer l’alerte si un ours s’approche du bivouac. Loïc et elle sont très complices et elle sera sans doute bien présente dans le film prévu pour dresser l’état des lieux de l’Arctique tel qu’il est aujourd’hui. Tout comme elle le sera dans les reportages filmés en réalité immersive qui seront diffusés dans les unités pédiatriques où de jeunes patients pourront ouvrir une porte hors de la maladie pour rencontrer les loups blancs de l’île d’Ellesmere, les chamans vivant dans le delta du Lenisseï ou bien encore les baleines boréales de la baie d’Isabella. Le but est "de leur permettre de garder un horizon et des perspectives" pour qu’ils puissent se dire "un jour moi aussi…".

Infos : www.polarkid.org