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La Belgique connaît un nouveau pic de pollution dû à des concentrations élevées de particules fines. Il n'y aura pas d'amélioration avant jeudi. A vélo, en voiture ou en métro, quel comportement adopter ? Explications et conseils.

La Belgique subit un nouvel épisode de pollution depuis dimanche et la situation ne devrait pas s’améliorer avant jeudi. Le seuil d’information du plan d’urgence "pic de pollution" a été activé à cause du taux élevé de concentrations de particules fines dans l’air. A Bruxelles et en Flandre, le taux dépasse les 50 microgrammes par mètre cube, en Wallonie, la valeur moyenne s’élève à 33μg/m3.

Pourquoi ce pic de pollution ? 

Deux raisons empêchent les particules fines de se disperser : la couche d’air chaud qui chapeaute la couche d’air froid et empêche la dispersion verticale, et le vent très faible. En conséquence, les particules fines ne peuvent "s’envoler" et s’accumulent comme sous une cloche.

Pourquoi des mesures sont mises en place à Paris et pas à Bruxelles ? 

Paris vient de connaître le pic de pollution hivernal le plus long et le plus intense depuis dix ans. En France comme en Belgique, un seuil d’information est déclenché à partir d’un taux de concentration de particules fines de 50μg/m3. Le seuil d’alerte impliquant des mesures d’urgence comme la circulation alternée est activé à partir de 80μg/m3. A Paris, ce taux a été largement dépassé pendant plusieurs journées consécutives. Le 1er décembre, des concentrations record ont été enregistrées avec 146 microgrammes par mètre cube.

Les particules fines sont-elles nocives pour la santé ?

L’Agence européenne de l’environnement les considère comme le " polluant atmosphérique le plus nocif pour la santé humaine en Europe ". Bien plus petites que l’épaisseur d’un cheveu, "les particules fines pénètrent profondément dans les bronches , explique la pédiatre pneumo-allergologue Kathia Zylberberg. Elles affectent le système respiratoire et peuvent causer des irritations des bronches et des poumons ." Asthme, allergies, maladies respiratoires ou cardio-vasculaires, les particules fines "peuvent altérer les fonctions respiratoires des personnes en bonne santé " à long terme. L’Organisation mondiale de la santé a reconnu en 2013 le caractère cancérogène des particules les plus fines (inférieures à 2,5 microns).

Qui sont les personnes les plus vulnérables ? 

Les symptômes liés aux problèmes respiratoires sont aggravés " chez des gens déjà fragilisés au niveau des bronches comme les asthmatiques, les allergiques, les gens qui ont des bronchites chroniques, mais aussi tous les bébés et les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées ", explique Kathia Zylberberg.

Faut-il rester chez soi ? 

Pour toutes les personnes en bonne santé, les experts de la Cellule interrégionale de l’environnement ne recommandent pas le confinement. Pour les personnes sensibles, la pédiatre pneumo-allergologue recommande de limiter l’exposition aux polluants et de ne pas pratiquer d’activité physique intense.

A vélo, en métro, en voiture ? 

Pendant les épisodes de pollution atmosphérique, de nombreux cyclistes abandonnent leur vélo. Une étude de l’Université de Hasselt a pourtant montré que les conducteurs automobiles et les passagers des bus étaient plus impactés que les piétons et les cyclistes. L’itinéraire joue néanmoins un rôle important. Il est recommandé d’emprunter des rues avec peu de trafic et de pédaler modérément sinon la fréquence respiratoire accrue peut intensifier la quantité de pollution inspirée. Quant au métro, les freins génèrent un grand nombre de particules fines métalliques et le confinement dans les tunnels ne favorise pas la ventilation.

Porter un masque, est-ce utile ?

 "Il faudrait qu’il retienne des particules de moins de 2,5 à 1 micron puisque c’est la taille des particules qui pénètrent dans les alvéoles" , remarque Kathia Zylberberg. Les masques en tissu sont donc totalement inefficaces. Avec un masque beaucoup plus élaboré, "les études sont controversées, comme on respire moins bien avec un masque, on respire plus profondément et plus vite donc on peut inhaler plus de particules fines ". Respirer par le nez est une bonne solution car les muqueuses fonctionnent comme un filtre.


Les seuils d’alerte

Seuil 0 : Lorsque le le taux de particules fines dépasse les 50µg/m³ sur les dernières 24 heures et que la météo est défavorable, le public est informé de la dégradation de la qualité de l’air et encouragé à limiter le chauffage et les déplacements en voiture.

Seuil 1 : Entre 71 et 100µg/m³, ce seuil d’intervention impose une réduction de la vitesse à 50 km/h et à 90 km/h sur l’autoroute.

Seuil 2 : De 101 à 200µg/m³, la circulation alternée est mise en place. Les transports en commun (Stib) doivent être renforcés et gratuits. Les poids lourds ne peuvent circuler entre 7h et 10h et entre 17h et 20h. La température dans les bâtiments tertiaires doit être limitée à 20°.

Seuil 3 : A plus de 200µg/m³ pendant deux jours consécutifs, interdiction totale de circuler en voiture.

La probabilité d’atteindre le seuil 2 est basse et très basse pour le seuil 3, estime Bruxelles Environnement.


Transports, énergie… des mesures structurelles doivent être mises en place

La pollution due aux concentrations de particules fines a des effets nocifs sur la santé et l’environnement mais elle est réversible. En Belgique, le plan d’urgence permet de lutter contre les pics de pollution hivernaux en limitant provisoirement la vitesse du trafic et la température de certains bâtiments lorsque le seuil d’alerte est dépassé. Des voix s’élèvent, notamment sur les réseaux sociaux pour appeler à des actions dès que les concentrations de particules fines dépassent le taux de 20μg/m3 recommandé par l’OMS. Pour Adel Lassouli du cabinet de la ministre bruxelloise de l’environnement Céline Fremault, l’instauration du seuil 0 permet déjà d’agir : "Sans alarmisme, cela permet d’alerter les Bruxellois et de leur dire que l’on peut agir pour éviter l’alerte. Le but de cette mesure est de donner une couleur à ce tueur silencieux, auparavant les gens n’étaient pas suffisamment conscientisés."

Mais pour réduire le taux de polluants dans l’atmosphère, des mesures globales et durables doivent êtres mises en place, surtout dans les grandes villes.

Encourager la mobilité douce

Le trafic et le chauffage constituent les deux principales sources d’émissions de particules fines à Bruxelles. Plusieurs mesures sont mises en place à l’initiative de la ministre de l’Environnement, explique son équipe, notamment la zone de basse émission pour les véhicules. Adoptée le 2 juin dernier, cette mesure entrera en application le 1er janvier 2018. "L’idée est de filtrer les véhicules les plus polluants et de ne plus leur permettre l’entrée à Bruxelles. La mesure sera mise en place progressivement de 2018 à 2025 et concernera d’abord les véhicules immatriculés avant le 1er janvier 1997 pour ensuite filtrer les véhicules polluants plus récents."

A Bruxelles, un plan vélo prévoit l’aménagement de 80 kilomètres de pistes cyclables, notamment sur la petite ceinture. Pour Aurélie Willems du Gracq, l’association des cyclistes quotidiens, ces mesures sont positives mais insuffisantes. "En hiver, les mesures visent à protéger le citoyen de la pollution qui provient du trafic, problématique pour la santé parce qu’elle est plus directement inhalée. C’est bien de prendre des mesures d’urgence mais on regrette que des actions plus ambitieuses ne soient pas menées sur le long terme. Nous souhaitons que le vélo soit encouragé mais aussi que l’utilisation de la voiture soit découragée."

Les déplacements à l’intérieur de Bruxelles et de l’extérieur vers la capitale doivent être aménagés, estime le Gracq. "Aujourd’hui, il y a des améliorations mais cela ne va pas assez vite."

Favoriser l’énergie renouvelable

Le chauffage est l’autre grand responsable des émissions de particules fines. Pour lutter contre cette source polluante, une meilleure isolation des bâtiments et un investissement dans le développement des énergies renouvelables ne nécessitant aucune combustion comme l’énergie solaire ou l’éolien constituent des solutions viables à long terme. Au niveau bruxellois, la ministre Céline Fremault explique avoir dégagé une enveloppe de 75 millions d’euros pour un plan solaire. L’objectif est d’équiper en panneaux photovoltaïques 200 bâtiments communaux et régionaux d’ici 2020. La production d’énergie renouvelable devrait atteindre les 4 % en 2020. Est-ce que cela sera suffisant ? "Tout cela ne va peut-être pas assez vite, reconnaît le porte-parole de la ministre de l’Environnement, mais la lame de fond est en cours."