Planète

De nombreux commentateurs notent que le beau temps est dû à l'anticyclone des Açores. Mais comment fonctionne-t-il véritablement ? Est-il l'unique responsable ?

Cela fait des mois que les vacanciers ne trouvent que peu de reproches à faire à la météo. La cause d'un si grand soleil ? Le plus souvent, c'est l'anticyclone des Açores qui est désigné. Mais qu'en est-il dans les faits ?

Cycle de l'eau dans l'atmosphère

Tout d'abord, pour comprendre ce qu'il se passe, il faut préciser les bases. Vous avez sûrement déjà vu ce qui se passe quand l'eau bout dans votre casserole. Elle se transforme en vapeur d'eau. Vu que son poids devient plus léger, elle monte.

C'est la même chose avec la météo. Si l'atmosphère se gorge de vapeur d'eau en un endroit, cet air s'élève et crée des nuages en altitude, où il fait à nouveau plus froid. Résultat : de la pluie. C'est ce qu'on appelle une dépression.

L'air ascendant finit par se vider de sa teneur en eau. Il devient sec. Et il faut bien qu'il retombe quelque part. Ce lieu, c'est l'anticyclone. Vu qu'il n'est plus chargé en eau, il fait beau.

Vie et péripéties de l'anticyclone des Açores

On peut reprendre ce même schéma à l'échelle de la planète. Les rayons du soleil se concentrant globalement sur l'équateur, il y fait plus chaud. L'eau s'y évapore plus qu'ailleurs et des dépressions s'y créent. Il suffit de penser aux forêts amazoniennes ou africaines pour imaginer les trombes d'eau qui s'y déversent.

Une fois l'air asséché, il retombe au niveau des tropiques. C'est pour cela que les déserts, comme celui du Sahara, se forment souvent dans ces régions. Dans l'Atlantique Nord, l'anticyclone prend donc le nom des Açores.

Description des dépressions de l'équateur (1) qui forment ensuite des anticyclones au niveau des tropiques (3) une fois l'air asséché
© Dwindrim & Pierre_cb

Mais si cet anticyclone est au tropique, une région si lointaine de la Belgique, comment nous affecte-t-il ? C'est oublier que l'inclinaison de la Terre crée des saisons. En été, les rayons du soleil ne se concentrent donc plus sur l'équateur mais plutôt vers le tropique (du Cancer pour l'hémisphère nord). Tout est donc décalé. Les dépressions, et notamment les ouragans, se créent alors à cette latitude-là. Et l'anticyclone des Açores se déplace aussi. Il peut alors, avec un peu de chance, s'approcher de l'Europe de l'Ouest et nous protéger. C'est ce qui s'est passé ces dernières semaines.

Représentation simplifiée de la position de l'anticyclone des Açores
© NOAA, Chris Landsea & Pierre_cb

Un autre intervenant scandinave

Mais s'il est plus proche, l'anticyclone des Açores reste bien placé sur l'Atlantique. Pas de quoi en faire profiter toute l'Europe. Et pourtant, la canicule s'est répandue de part et d'autre du continent. Comment cela est-il possible ?

Tout simplement parce que notre ami des Açores n'est pas seul. Un autre anticyclone, plus faible mais bien présent, s'est placé sur la Scandinavie. C'est donc la combinaison de ces deux systèmes qui nous a permis de profiter autant des terrasses cet été.

Un front polaire bien capricieux

Mais pour expliquer l'apparition de ce deuxième invité, il faut reprendre le fil de son histoire. Et ce n'est pas le même que pour les Açores. D'abord, au pôle nord, il n'y a pas de mystère : il y a de l'air froid. Et en masse, au point de former un véritable dôme glacial au-dessus de l'Arctique. Pour l'instant, c'est facile à comprendre.

Là où ça se corse, c'est lorsque ce dôme froid rencontre l'air plus tempéré de nos latitudes. Comme on l'a vu, l'air chaud monte. Et lorsqu'il rencontre des vents froids plus lourds venu du Nord, il est poussé vers le haut. Contrairement à ce qui se passe à l'Équateur où il monte de lui-même. Cette jonction a un nom : le front polaire. Pour peu que l'air tempéré du Sud ait eu le temps de se charger de vapeur d'eau et cela donne à la fois naissance à une dépression et à des nuages.

Le problème est que ce front polaire est très instable. Il ne reste pas à une latitude comme l'anticyclone des Açores mais il forme des méandres. "C'est comme une rivière qui, si le courant est assez fort, est bien droite mais qui sinon commence à onduler. On a donc eu une dépression sous l'Islande, à l'ouest des îles Britanniques. Et un courant méridional sur nos régions avec un anticyclone qui s'est installé soit sur la Scandinavie, soit sur la mer du Nord", explique-t-on à l'IRM.

Illustration décrivant différents états du front polaire, avec un état plus stable à gauche (a) et un autre plus ondulé à droite.(c)
© GFDL w. (Wolfgang) H. Wögerer

Ça, c'est ce qui s'est passé ces dernières semaines. Aujourd'hui, le front polaire se rapproche de nous. Il se décale vers le Sud et les dépressions avec. C'est pour cela que l'on a maintenant à la fois de l'air plus frais et des orages.