Quand la banane devient charbon

Grégoire Comhaire Publié le - Mis à jour le

Planète

Des sacs plastiques qui prolifèrent plus vite que des mauvaises herbes. Le problème n’est pas neuf à Kinshasa. Faute de filière de valorisation des déchets, les sacs plastiques noirs distribués à tour de bras sur les marchés pour l’emballage des aliments aboutissent en effet bien souvent à la rue, dans les champs, dans les estomacs du bétail, ou dans les cours d’eau... Un véritable fléau, que connaissent également d’autres villes africaine, et qu’une ONG belge et son partenaire congolais ont entrepris de combattre en utilisant des technologies simples permettant d’œuvrer à l’assainissement de la ville tout en générant une nouvelle activité économique.

Il y a trois ans, l’asbl Ingénieurs sans Frontières a mis sur pied, à Kinshasa et Lubumbashi, deux ateliers de recyclage qui transforment chaque année plus de vingt tonnes de déchets plastiques pour les transformer en pavés et en pellets pour l’industrie. "A prix équivalent, l’industrie plastique peut désormais s’approvisionner en matière première auprès d’un producteur local, plutôt que d’importer des pellets de plastique de l’extérieur" explique Alexis Picavet, directeur d’Ingénieurs sans Frontières.

Ce type de projet est un bon exemple de développement de technologie dite "appropriable". Une technologie, qui plutôt que d’être livrée clé sur porte par une ONG d’un pays du Nord, est directement mise en place par le partenaire du Sud en tenant compte du contexte local. "L’implémentation d’un atelier de recyclage, comme celui de Kinshasa s’inscrit dans un véritable cycle de gestion de projet" poursuit Alexis Picavet. "Nos ingénieurs apportent leur appui pour le développement de la filière. Mais par la suite, nous assurons le suivi et nous travaillons à faire circuler le savoir afin que les inventions qui ont fait leur preuve sur place puissent être copiées ailleurs dans le pays."

Au Rwanda, Ingénieurs sans Frontières travaille également dans le domaine de la valorisation des déchets en s’inscrivant dans le développement de "technologies appropriables". Mais ici, c’est de déchets organiques qu’il s’agit, et en particulier de peau de bananes. Un aliment particulièrement répandu dans cette région et qui amène donc quantité de déchets organiques chaque jour aux quatre coins du pays. Autant de ressources qui ne demanddent qu’à être récupérées et valorisées. "Les déchets de bananes peuvent être recyclés en charbon" explique ainsi Alexis Picavet. "Ce charbon de banane est une alternative au charbon de bois. En le fabriquant, on travaille à assainir la ville de Kigali mais on permet aussi, à notre échelle, de lutter contre la déforestation."

Aujourd’hui, 267 tonnes de charbon de bois sont en effet consommées chaque jour au Rwanda, ce qui représente 100 000 tonnes par an ou 500 000 tonnes de bois carbonés. L’unité de production de charbon de banane mise en place par ISF avec son partenaire local ne produit actuellement que deux tonnes par jour. La filière est donc encore relativemennt marginale mais elle a le mérite d’exister et elle pourrait, si ses initiateurs en faisaient le choix, prétendre à un financement par les mécanismes de développement propre (MDP) dans le cadre de compensation carbone avec des partenaires du Nord. Alexis Picavet reste toutefois prudent quant à cette possibilité. " Une ONG comme la nôtre est en questionnement par rapport à ce type de partenariat, notamment pour des raisons éthiques" explique-t-il.

Pour faire connaître le charbon de banane aux consommateurs locaux, ISF et son partenaire travaillent actuellement à des actions publicitaires avec des médias locaux. Des actions de "démo-ventes" ont également lieu sur les marchés de Kigali. Ce combustible propre et alternatif a en effet une efficacité et un prix à peu près égaux à ceux du charbon de bois. Toute la difficulté est donc de le faire entrer dans les mœurs et de concurrencer une filière locale de charbon de bois solidement installée dans la société.

Grégoire Comhaire

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