Quand le Soleil menace la Terre

Leslie Berdelou Publié le - Mis à jour le

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Le Soleil a ses humeurs. Sa vie est rythmée par un cycle d’activité qui atteint son paroxysme tous les onze ans environ", relève Viviane Pierrard, responsable de la division Vent solaire à l’Institut d’aéronomie spatiale de Belgique. Le dernier maximum s’est produit en 2001, le prochain devrait avoir lieu en 2013.

Après plusieurs années de repos, notre étoile s’est réveillée en 2010. Depuis, les taches solaires se font plus nombreuses, signe d’une activité magnétique intense. Des vents solaires balaient régulièrement la surface du Soleil envoyant dans l’espace des nuages de particules chargées. Ils peuvent frapper la Terre un à deux jours plus tard. En temps normal, " le champ magnétique terrestre nous protège en déviant ces particules vers les hautes latitudes, là où la magnétosphère est la plus fragile" . C’est pour cela que les aurores, résultat de l’interaction entre les vents solaires et l’atmosphère terrestre, se produisent dans ces régions. Mais en cas de grosses rafales, "des aurores peuvent être visibles à de plus basses latitudes".

Et c’est peut-être ce qui se produira lorsque le Soleil piquera sa prochaine grosse colère. D’ici là, les éruptions solaires devraient se faire plus nombreuses. La Nasa en a d’ailleurs observées plusieurs depuis le début de l’année dont une particulièrement forte en avril dernier.

D’une violence inhabituelle, elles engendrent sur Terre des orages géomagnétiques pouvant nous affecter de différentes façons. Contrairement aux tornades, tsunamis et autres catastrophes naturelles, les tempêtes solaires ne créent pas de perte humaine mais, dans notre société dépendante de l’électricité et de l’électronique, les conséquences peuvent être lourdes si rien n’est fait.

Par le passé, l’humanité a connu quelques mésaventures. Sur les cent soixante dernières années, le Carrington Event fut la plus forte tempête magnétique, lit-on sur le site de la Nasa. Durant l’été 1859, le Soleil fut agité par de si violentes éruptions que, quelques jours plus tard, des aurores furent visibles jusqu’au Panama. Mais bien plus fâcheux, des câbles télégraphiques ont été électrifiés et des télégraphes se sont enflammés blessant quelques employés.

Plus récemment, en 1989, des millions de Canadiens ont été plongés dans le noir après qu’un orage magnétique ait détruit des infrastructures électriques. Des courants continus peuvent en effet être générés sur les lignes à haute tension, entraînant alors la surcharge des transformateurs.

Suite à ces événements des mesures ont été prises pour qu’en cas de risques certaines infrastructures soient arrêtées le temps que le nuage frappe. Mais, dans un rapport publié en juin 2011, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) met en garde. Les réseaux électriques sont encore bien trop vulnérables et ils ne sont pas les seuls. Les tempêtes solaires peuvent également perturber les moyens de communication ainsi que les systèmes GPS qui jouent un rôle crucial notamment dans le secteur aérien. Les satellites, avec leur électronique embarquée, y sont également très sensibles. Par le passé, certains sont déjà tombés en panne, frappés par des particules solaires.

" Même si cela coûte cher, quelques entreprises ont rendu leurs satellites plus résistants aux attaques venant de l’espace", assure Pierre-Alain Schieb, chef des projets sur l’avenir à l’OCDE.

Enfin, l’Internet pourrait également être touché mais cela n’est qu’une supposition. "Il y a encore des incertitudes sur beaucoup de conséquences , affirme l’expert. Depuis 1859, nous n’avons pas connu de phénomène d’une telle importance, il est donc difficile d’imaginer toutes les conséquences sur notre monde actuel."

Pour lui, il est primordial d’accroître les efforts de surveillance et de mettre en place des systèmes d’alerte. "Il est important de connaître rapidement la direction du nuage et le temps qu’il mettra à nous frapper s’il se dirige vers la Terre pour que nous puissions agir" , insiste Pierre-Alain Schieb.

Actuellement plusieurs satellites sont placés à une distance stratégique entre la Terre et le Soleil, dont l’européen SOHO et l’américain SDO. Les météorologues peuvent ainsi prévoir une éruption solaire quelques heures à l’avance. Mais la connaissance de ces phénomènes est encore trop lacunaire pour faire des prévisions fiables.

Heureusement, des projets d’études plus rapprochées du Soleil sont nés ces dernières années (voir encadré). Après la météorologie terrestre, le monde semble prendre conscience doucement de l’importance de la météorologie spatiale.

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