Planète Pour les climato-sceptiques, le réchauffement atmosphérique n’a rien d’avéré. Il n’est certainement pas dû à l’homme et s’il devait avoir des conséquences elles ne seraient pas aussi terribles qu’on voudrait bien nous le faire croire. Pour 98 % de la communauté scientifique, en revanche, le phénomène repose sur un ensemble de faits scientifiquement établis. Nombre d’études révèlent par exemple que la température moyenne globale de l’air à la surface de la terre a augmenté de 0,8 °C depuis le début du XXe siècle, que les trois dernières décennies ont été les plus chaudes de l’histoire, et que nos océans ne cessent de se réchauffer.

Conséquence : l’eau, plus chaude, se dilate, prend du volume, et entraîne une élévation globale du niveau des mers. "La dilatation thermique est responsable à 57 % des 3 millimètres gagnés chaque année par la mer sur la terre", commente Jean-Louis Tison, glaciologue à l’ULB. "Le reste résulte de la fonte des glaces." Les glaciers de montagne, d’abord, qui déversent de l’eau via les rivières, et les deux calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique qui libèrent des blocs de glace d’eau douce dans les Océans et participent à cette élévation.

La banquise en mouvement

Et la banquise dans tout ça? "Elle n’a pas d’impact sur la hausse du niveau des mers", insiste Jean-Louis Tisons. "La banquise est composée de blocs d’eau salée qui flottent déjà sur les océans. Qu’ils fondent ou non, ils sont compris dans le volume globa l". Leur surface blanche, en revanche, réfléchit les rayons du soleil. Si leur superficie diminue, elle cède sa place à de l’eau, plus sombre, qui absorbe l’énergie et participe au réchauffement.

Argument de choc des climato-sceptiques : la taille de banquise antarctique dont la superficie a augmenté de 0,8 % ces dix dernières années. "Ces observations sont exactes, mais cela ne permet pas de tirer de conclusions sur un quelconque refroidissement de la planète", insiste le glaciologue. "Le climat est contrôlé par une multitude de processus différents et variables qui connaissent des hauts et des bas. La banquise se construit en hiver et se détruit en été. Au large de l’Antarctique, elle est restée stable sur le long terme avec cependant une forte variabilité régionale, et même cette augmentation récente peut trouver son explication dans les conséquences du réchauffement. La banquise arctique, elle, perd régulièrement du territoire dans des proportions bien plus importantes. L’étude du climat se base donc sur des statistiques à long terme, pas sur des événements ponctuels. Comparer deux photos de glacier à 30 ans d’écart n’a aucun sens. Seule une évaluation de l’ensemble des glaciers situés à la surface du globe sur une période déterminée pourra donner une idée de l’évolution du phénomène."

L’Homme à moitié responsable

Deuxième argument des climato-sceptiques : l’impact limité de l’homme. Ils ont à moitié raison. La variabilité naturelle du climat, les éruptions volcaniques et les modifications de luminosité du soleil expliquent une partie du réchauffement atmosphérique. Mais les études publiées par le GIEC en 2007 sont très claires (lire ci-contre) : les activités humaines exercent "une influence prépondérante sur la moitié du réchauffement observé depuis 1950". Comment ? Par l’usage massif de combustibles fossiles qui libèrent du gaz et intensifient l’effet de serre naturel, en tête desquels on retrouve le dioxyde de carbone (CO2). "Au cours des 10000 ans qui ont précédé la révolution industrielle, les concentrations de CO2 enregistrées dans l’atmosphère ont frôlé les 280 ppm avec une certaine constance", expliquait à "La Libre" (lire "LLB" du 15/5) le vice-président du GIEC Jean-Pascal van Ypersele. "Aujourd’hui, nous avons franchi les 400 ppm et les scientifiques estiment qu’une concentration de CO2 comprise entre 350 et 400 ppm provoquerait à terme une augmentation de la température comprise entre 2 et 2,4 °C."

Si l’homme poursuit sur sa trajectoire actuelle, il sera donc incapable de limiter le réchauffement à 2 °C et devra affronter une élévation du niveau des mers plus importante que prévu avec des conséquences potentiellement désastreuses. " Ce n’est pas une fatalité ", plaide Jean-Pascal van Ypersele. " Certains tiennent ce discours pour revoir à la hausse la limite de réchauffement à ne pas dépasser et polluer encore plus mais la solution existe ." Elle a en outre l’avantage d’être aussi faisable qu’inévitable : limiter drastiquement les émissions de CO 2.