Planète Quel est le rapport entre le ficus et le hérisson? Drôle de question ? Non, c'est l'effet papillon, dans tous les sens. Explication : acheter banalement une plante exotique, comme un ficus, peut engendrer des conséquences désastreuses sur la biodiversité locale. Une fois importées, lorsqu'elles se plaisent sur leur nouveau territoire, ces espèces peuvent devenir envahissantes au point de menacer la faune et la flore locales. C'est ainsi qu'un ficus qui transporte un ver toxique amateur de lombrics peut , à terme, priver le hérisson de sa nourriture de prédilection.

Et le rapport entre le sushi et la tortue? C'est que la mode des sushis, entre autres, illustre le problème de la surpêche et des prises accessoires causées par une forte demande en poisson, en l'occurrence le thon. Avec ses larges filets qui ne font pas le tri des espèces, les techniques de pêche utilisées provoquent de nombreux dommages collatéraux. Chaque année, en effet, parce qu'impropres à la consommation, ce sont des milliers de tonnes d’animaux marins pêchés qui sont rejetés en mer morts ou mourants. Parmi eux, les tortues marines elles-mêmes menacées. C'est ainsi que la surpêche cause une forte diminution voire une quasi extinction de certains poissons et autres espèces marines.

Autre exemple, quel est le rapport entre un smartphone et un gorille? On n'y pense pas en achetant ces objets qui font partie de notre quotidien, mais la production de nos électroniques nécessite de grandes quantités de minerais (lithium, coltan, etc.) et, de ce fait, entraîne la destruction des habitats naturels par les exploitations minières. Les espèces dépendant des forêts détruites, telles que les gorilles, en sont fortement affaiblies.

BeBiodiversity, une campagne de sensibilisation

Espèces invasives, surexploitation, destruction des habitats, mais aussi pollution et changement climatique sont les cinq principales menaces identifiées pour le maintien de la biodiversité. Les trois exemples précités figurent parmi les cinq scénarios choisis dans autant de vidéos d'animation pédagogique pour illustrer la campagne BeBiodiversity, qui sera dévoilée sur les réseaux sociaux le 12 décembre prochain. Initiée en avril 2017 et étalée sur trois ans, cette campagne fédérale de communication et de sensibilisation #BeBiodiversity a pour but de faire comprendre à tous les acteurs de la société l’urgence de la situation et de rassembler les citoyens-consommateurs, entreprises et pouvoirs publics - autour d’un même objectif : la préservation de la biodiversité. " L’objectif général de cette campagne est d'une part de mobilliser les entrepreneurs et les citoyens-consommateurs pour favoriser un déplacement des marchés vers des produits et une consommation plus respectueux de la biodiversité et des services écosystémiques, explique-t-on au SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement. Et d’autre part, de faire passer le message de "l’alliance responsable" (coresponsabilité) des autorités publiques, des entreprises et des citoyens-consommateurs face aux enjeux de la biodiversité".

Alors concrètement, comment engager le citoyen-consommateur ? Voici quelques gestes simples - déjà souvent évoqués mais peut-être toujours utiles à rappeler - à intégrer dans son quotidien.

Prendre soin de soi

  • N’utiliser que les produits de soin qui sont vraiment nécessaires et en petites quantités.

  • Utiliser des cosmétiques dont les méthodes de production sont respectueuses de la biodiversité (labels, production durable, pas de produits chimiques dangereux pour la santé et celle de la nature) comme les produits EU Ecolabel.

  • Utiliser si possible des produits avec peu d’emballage, comme les pains de savon, et de plus grands formats de contenant, tels que les produits EU Ecolabel.

  • Utiliser des accessoires de soin réutilisables comme des disques démaquillants en tissu lavables et éviter par exemple les lingettes à usage unique.

  • Utiliser une brosse à dent électrique ou en bambou.


Jardiner, cultiver

  • Dans le jardin ou la maison, privilégier les espèces végétales indigènes.

  • Aménager les lieux pour accueillir la faune locale : prévoir des zones de friche et planter des fleurs à butiner pour les abeilles, laisser des branches mortes, privilégier les haies naturelles plutôt que les clôtures, varier et diversifier les plantes et essences d’arbre, etc.

  • N’utiliser que des produits naturels pour chasser les indésirables (vinaigre, etc.) ou faire pousser des fleurs locales (compost, etc.). Pour des plantes en pépinière, s’assurer qu’elles n’ont pas été traitées avec des produits chimiques.

  • Recenser les oiseaux, papillons et autres visiteurs du jardin. Communiquer les résultats de ce recensement aux associations de protection de la nature comme Natagora par exemple.


Communiquer

  • N’acheter que les appareils électroniques (téléphone, ordinateur, tablette, etc.) dont on a vraiment besoin, et si possible, les faire réparer avant de décider d’en acheter un autre.

  • Dans la mesure du possible, les acheter en seconde main ou privilégier des marques durables qui font attention à leur impact sur la biodiversité.

  • Revendre les accessoires électroniques usagés ou les déposer dans les points de collecte prévus à cet effet afin de leur donner une seconde vie.

Se nourrir

  • Manger local.

  • Eviter le gaspillage alimentaire en achetant uniquement ce dont on a besoin.

  • Acheter ses aliments en vrac et éviter les aliments emballés dans trois couches de plastique différentes.

  • Manger peu de viande.

  • Choisir ses aliments avec soin et privilégier des méthodes de production respectueuses de la biodiversité (labels, production durable, pas de pesticides, herbicides et autres produits chimiques dangereux pour la santé et celle de la nature).

  • Se référer à différents guides pour choisir ses aliments.

  • Eviter les aliments transformés.

  • Utiliser un compost pour les déchets organiques.

  • Boire de l’eau du robinet et utiliser une gourde, et dire NON aux pailles en plastique.


Se déplacer

  • Privilégier un maximum les transports doux : à pied, à vélo, ou en trottinette pour les trajets les plus courts, transports en commun pour les trajets plus longs ou encore le co-voiturage.

  • Eviter de prendre trop souvent l’avion.

  • Respecter les sentiers balisés dans les milieux naturels.

  • Eviter de rouler en quad, moto bruyante ou autre dans les campagnes et les forêts.


Et côté entreprises?

Certaines ont déjà montré l'exemple:

Tale Me est le premier dressing à louer ; aujourd'hui pour la maternité et les enfants, bientôt pour tous.

Belvas est la première chocolaterie écologique du nord de l’Europe. Cette entreprise se veut innovatrice dans le développement d’une économie durable.

Ecosem est une société spécialisée dans la production de semences et de plantes indigènes d'origine contrôlée.


3 questions à Joëlle Smeets, de la Cellule Communication de la DG Environnement

1 Qu’est-ce qui justifie le lancement de cette campagne BeBiodiversity ?

N’est-ce pas trop tard ? Nous avons lancé cette campagne en avril 2017 parce que nous voulions attaquer le problème de la perte de biodiversité sous un angle nouveau qui est celui de la co-responsabilité, à savoir les consommateurs, entreprises, producteurs et autorités publiques. La nouveauté dans notre approche est le fait d’impliquer les producteurs et les entreprises dans tout ce qui est mis en œuvre en faveur de la biodiversité. Notre campagne se fait en plusieurs phases; la première, dans laquelle nous sommes actuellement, étant la phase de sensibilisation et d’information du consommateur. L’année prochaine, nous passerons à la seconde phase et nous allons nous adresser plutôt au public des entreprises. Et non, il n’est pas trop tard. Tous les scientifiques disent la même chose : il n’est pas trop tard mais il faut réagir maintenant, le plus rapidement et de la manière la plus forte possible en engageant un maximum d’efforts de la part de tous.

2 Perçoit-on déjà chez les Belges une prise de conscience voire un changement d’attitude ?

On se rend compte que le public est très sensibilisé d’une manière générale à la biodiversité et surtout à la disparition d’espèces menacées, comme les grands mammifères (baleines, tigres, gorilles…). Mais aller au-delà de cette simple prise de conscience n’est pas encore évident. L’objet de cette campagne était donc aussi de montrer que pour lutter contre la perte de biodiversité, des petits gestes simples peuvent être faits au quotidien. Et ce n’est que la somme de ces petits gestes qui pourra peut-être un jour faire pencher la balance du bon côté.

3 En quoi la Belgique est-elle concernée par la perte de biodiversité ?

Chez nous, les menaces biodiversité qui sont le plus présentes sont les espèces envahissantes. Il y a quand même plus d’une trentaine d’espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Comme la Jacinthe d’eau, la fausse camomille, le crabe chinois, l’écrevisse américaine, le frelon asiatique, le goujon de l’Amour, la tortue de Floride, le corbeau familier, l’écureuil de Pallas, le ragondin…, pour ne citer que quelques exemples. Les changements climatiques sont également un danger puisque nous avons déjà des espèces qui migrent vers le nord; c’est notamment le cas de la crevette et du cabillaud. En ce qui concerne la destruction des habitats, le simple fait de retrouver des tonnes de plastique en mer du Nord représente déjà un danger incroyable pour la faune et la flore.


    Quelques chiffres sur la biodiversité à méditer

    • Au niveau européen, les espèces exotiques envahissantes représentent une perte économique estimée à 12 milliards d’euros par an.

    • Selon Interpol et les Nations Unies, l'exploitation illégale des forêts menacées représente un marché évalué entre 50 et 150 milliards d'euros. C'est le deuxième marché du crime le plus important au monde, derrière le trafic de drogue.

    • 40% du cacao provient de Côte d'Ivoire, dont les forêts ont perdu 80 % de leur supeficie depuis 1960.
    • La production d’une calorie de viande rouge demande 28 fois plus de surface agricole que pour la viande de poulet, et jusqu’à 160 fois plus que pour des pommes de terre ou du riz.

    • Plus de 3 millions d’hectares de zones humides côtières, dont des mangroves, ont été détruites pour l’élevage de crevettes.

    • Les oiseaux typiques des milieux agricoles sont en danger. En Europe, leur population a diminué de moitié depuis 1980 ! Leur déclin serait lié à l’agriculture industrielle.

    • Entre 1990 et 2010, au moins 3,5 millions d’hectares de forêts naturelles ont été convertis en plantations de palmiers à huile.

    • Environ 20 % de la production d’huile de palme est consommée par l’industrie des cosmétiques.

    • Selon le Jane Goodall Institute, il y avait 1.000.000 de chimpanzés au début du 20ème siècle, contre un peu plus de 300.000 de nos jours…

    • La quantité de déchets électroniques générés mondialement augmente de 2 millions de tonnes par jour et atteindra 50 mégatonnes d’ici 2018.

    • On recense 101 espèces invasives menaçant la biodiversité en Belgique.

    • Sur 5 plantes ou fleurs vendues en Europe, 4 contiennent des pesticides qui seraient responsables du déclin des abeilles.

    • Plus de 90.000 porte-conteneurs parcourent nos océans et mers, et chacun d’entre eux émet autant de polluants cancérigènes que 50 millions de voitures en un an.

    • Depuis la construction du Canal de Suez, plus de 500 espèces marines exotiques ont été introduites dans la mer Méditerranée.

    • 6 % de l’empreinte biodiversité de la Belgique sont liés à ses importations et affecte la biodiversité sur d’autres territoires que le sien.