Recycler les pieds dans le sable

Agathe Mahuet Publié le - Mis à jour le

Planète

C’est un symbole universel : noir sur blanc sur toutes les poubelles du monde, un homme indique d’une seule main l’unique corbeille qu’on ait daigné lui confier pour y jeter ses déchets. Il suffisait qu’il fasse usage de ses deux bras pour que tout change.

Planté droit dans le sable, au milieu de la plage de Nieuport, le pictogramme nouvelle génération instauré par Fost Plus dicte une nouvelle règle : deux mains, deux poubelles. A gauche, les bouteilles en plastique, les canettes de métal et les briques en carton; à droite, tout le reste.

Quinze paires de conteneurs ont ainsi été installés tout le long de la plage, et six autres le seront prochainement sur le sable de Middelkerke, pour un test de recyclage estival. "L’idée est d’évaluer la qualité de ce système avant de l’installer de façon pérenne, explique Steven Boussemaere, le directeur de Fost Plus. Nous devrons peut-être nous adapter, en fonction de la quantité de déchets collectés, ou de la résistance du matériel."

Conçues pour s’intégrer harmonieusement à leur environnement, les poubelles sélectives et semi-enterrées doivent aussi pouvoir s’adapter aux conditions climatiques capricieuses de la Côte flamande. Pour le coup, ce n’est pas encore tout à fait réussi. "La structure a été installée il y a seulement dix jours, et l’inox a déjà commencé à rouiller" , observe, beau joueur, le chef de projet Laurent Bedoret. Dans un air si salé, il faudra trouver un matériau plus coriace.

L’enjeu est important, car si le projet pilote - auquel participe l’Ovam, l’administration flamande des déchets - est jugé positif à l’automne, c’est toute la Côte qui pourrait être équipée de ces poubelles de tri.

La ville de Nieuport, qui s’est portée volontaire pour ce test, en voit déjà les bénéfices : "Pour l’environnement d’une part, selon Luc Leye, le responsable de la municipalité en ce domaine, puisque même sur la plage, nos déchets deviennent de nouvelles ressources; mais aussi pour le budget de la Ville" , Fost Plus se chargeant de la collecte et du tri des PMC (plastique, métal, carton) - un coût moyen d’environ 400 euros par tonne.

Reste à convaincre touristes et baigneurs belges d’adopter ce geste simple, quelle que soit leur langue. Si Nieuport, comme l’ensemble de la Côte, est loin d’être uniquement fréquentée par des néerlandophones, les indications n’ont pas été traduites en français, ni en anglais. Pas de quoi inquiéter la petite Fleur, francophone d’à peine 4 ans, qui vient jeter avec brio les restes de son pique-nique dans la bonne poubelle. Grâce aux visuels, assure Fost Plus, "trier est simple comme bonjour !".

C’est surtout une habitude chez l’ensemble des Belges Mais seulement lorsqu’ils sont à la maison - 95 % d’entre eux joueraient alors le jeu. "Le Belge est champion du monde de tri sélectif à domicile , expose Ste ven Boussemaere, m ais dès qu’il met un pied dehors, ses réflexes disparaissent."

Faire sortir le tri hors des foyers, c’est l’actuel défi que s’est lancé Fost Plus. Ecoles, entreprises, festivals L’approche est progressive, mais déterminée. "Si la Belgique veut garder sa place en tête du peloton de tri, il faut encore faire plus" , assure l’ASBL. Et profiter de l’été pour s’attaquer à la plage.

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