Planète

Mauvaise nouvelle pour ceux qui rêvent de changer l'environnement de Mars pour en faire une Terre bis: la planète rouge n'aurait pas assez de gaz carbonique disponible pour recréer une atmosphère suffisamment épaisse pour la rendre habitable, selon des chercheurs.

Une étude parue dans la revue Nature Astronomy s'est penchée sur l'idée selon laquelle les technologies pourraient permettre de transformer cette planète désertique et sèche pour la rendre semblable à la Terre.

C'est le concept d'"ingénierie planétaire" ou "terraformation", cher à la science-fiction, mais qui intéresse aussi des scientifiques. La perspective de missions habitées de la Nasa vers Mars à moyen terme et celle de l'implantation de colonies humaines, évoquée par le milliardaire Elon Musk, ont conduit les chercheurs à se pencher plus avant sur cette hypothèse défendue par le patron de SpaceX.

"Nous avons voulu voir ce qu'il était possible de faire" avec le dioxyde de carbone (CO2) "en l'état actuel de la technologie", déclare à l'AFP Bruce Jakosky, de l'Université du Colorado à Boulder (Etats-Unis) et premier auteur de l'étude.

Plus petite que la Terre, Mars a une atmosphère très ténue, composée à 96% de dioxyde de carbone. La pression atmosphérique y est très faible par rapport à celle de notre planète. Et il y fait froid: la température moyenne est de -63 degrés Celsius.

"Le but de cette +terraformation+ serait de procurer à Mars une atmosphère aussi épaisse que celle de la Terre", explique Bruce Jakosky.

L'agent de cette transformation de l'environnement serait le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre stocké dans les roches martiennes et sous les calottes glaciaires notamment.

Si l'on parvenait à libérer ce gaz dans l'atmosphère, on pourrait espérer rendre celle-ci moins fine, réchauffer la planète et, en accroissant la pression atmosphérique, permettre à l'eau liquide de rester à la surface, souligne le chercheur.

"Les hommes n'auraient plus besoin de porter de scaphandres, la hausse des températures leur rendrait la vie plus simple", ajoute Bruce Jakosky, qui a participé à la mission MAVEN de la Nasa, lancée en 2013 et chargée d'étudier l'atmosphère martienne.

Bruce Jakosky et Christopher Edwards, de la Northern Arizona University à Flagstaff ont dressé un inventaire des différents "réservoirs" de CO2 non atmosphérique, en s'appuyant sur les données engrangées par plusieurs missions martiennes depuis plusieurs décennies.

"Cela inclut la glace des calottes polaires, le CO2 contenu dans les roches carbonées et les molécules de CO2 des poussières du sol", détaille Bruce Jakosky.

"Nous avons trouvé qu'il n'y avait pas assez de dioxyde de carbone disponible pour créer un réchauffement climatique suffisant, même si on arrivait à tout relâcher dans l'atmosphère", dit-il.

Au mieux, le CO2 accessible pourrait permettre de tripler la pression atmosphérique de Mars - un cinquantième seulement de ce qui serait nécessaire pour rendre Mars habitable pour l'homme. Et d'accroître la température de moins de 10 degrés Celsius.

"Qui plus est, il serait très difficile d'extraire ce CO2", relève le chercheur.