"Revenir de Durban avec le maximum"

Gilles Toussaint et Sabine Verhest Publié le - Mis à jour le

Planète Rencontre

Si cela ne dépend que de l’Union européenne, nous aurons un accord global et juridiquement contraignant" lors de la Conférence sur le changement climatique qui s’ouvre ce lundi à Durban. "Nous l’aurions même déjà eu à Copenhague" il y a deux ans. Connie Hedegaard, alors ministre danoise du Climat et hôte du sommet, n’avait rien pu obtenir, ou si peu. Devenue, depuis, commissaire européenne, elle a reçu un petit groupe de journalistes internationaux pour baliser ses attentes à l’ouverture de la grand-messe des Nations unies. Et justifier le choix de l’Union de soutenir une "approche par étapes": "se replier sur une position idéale mettrait en danger le seul processus international que le monde a jusqu’ici", pense-t-elle. "Même si elle ne va pas aussi vite ni aussi loin que ce que nous voudrions voir", cette méthode "nous a permis à tout le moins d’avancer" lors des deux conférences précédentes, à Copenhague et à Cancun. "Notre grande préoccupation pour Durban est d’essayer de continuer à poursuivre dans cette voie, malgré les réticences de beaucoup de pays clés. Nous ne pouvons pas changer la dynamique politique au Congrès américain, ni dans certaines économies émergentes, mais nous pouvons essayer de pousser autant que possible pour parvenir à un résultat qui soit bon non seulement pour le processus en cours, mais aussi pour le climat."

Concrètement, les Européens se disent ouverts à une seconde période d’engagement du protocole de Kyoto, la première venant à échéance le 31 décembre 2012. "Mais nous devons aussi avoir des assurances", insiste-t-elle. "Sans assurance que les autres grandes économies nous suivront, le monde finira avec une situation dans laquelle les économies représentant 15 % des émissions globales se seront engagées de manière contraignante et celles qui émettent les 85 autres pour-cent pas. D’autres grandes économies doivent nous dire maintenant quand elles se joindront à un nouveau système international." Car, si les Européens et quelques autres pays s’engagent seuls pour une très longue période, "le monde ne sera pas en mesure de faire face aux changements climatiques". Aussi entendent-ils bien quitter Durban le 9 décembre avec une "feuille de route" qui dessine les contours d’un système futur à lancer en 2015, un an après la publication du prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. "Ce n’est pas la solution dont nous rêvons en Europe, mais elle nous permettrait de sortir d’une situation très compliquée."

Quelle stratégie avez-vous pour être entendue alors que l’influence de l’Union a diminué ces dernières années ?

Je ne suis pas d’accord avec votre constat. Il était très clair, l’an dernier à Cancun, que beaucoup de réflexions, d’apports et de formulations venaient de l’Europe. Nous jouons un rôle moteur. Sans notre ouverture, Cancun se serait terminé dans une impasse totale, ce qui n’a pas été le cas. Et nous essayons de faire la même chose cette année, mais il est clair que, vu que notre part d’émissions globales se contracte - elle est de 11 % -, nous devons aussi affirmer plus fort que nous avons besoin des grandes économies qu’elles prennent aussi leurs responsabilités.

Vous n’attendez rien des Etats-Unis, mais qu’espérez-vous de la Chine ?

Beaucoup de bonnes choses se passent en Chine. Mais, en ce début de XXIe siècle, on ne peut relever des défis globaux sans l’engagement de toutes les grandes économies. Et si elles ne peuvent pas s’engager maintenant, elles doivent nous dire quand elles pourront le faire, sous une forme contraignante comme la nôtre. Combien de temps encore allons-nous maintenir deux voies, l’une pour les pays développés (moins les Etats-Unis) qui s’engagent de manière contraignante et diminuent leur part d’émissions, et l’autre pour le groupe d’Etats où les promesses restent volontaires et où les émissions croissent intensément ? Il est très clair que, dans un avenir prévisible, nous devons respecter le principe d’une responsabilité commune mais différenciée. Cela signifie que les pays développés traditionnels doivent faire plus que les économies émergentes. Mais pourquoi les promesses européennes et les promesses des pays en voie de développement - qu’elles soient nombreuses ou pas - ne devraient-elles pas avoir la même valeur légale ? Cette question, nous devons aussi la poser aux Chinois.

Leurs efforts pour réduire leurs émissions sont-ils efficaces ?

Ils essaient de faire face à certains des défis et combinent cela avec des efforts environnementaux. Mais l’an dernier a vu la plus forte augmentation de leurs émissions jamais enregistrée. Cela nous montre la nécessité d’impliquer tous les pays et nous indique que ce que nous avons fait jusqu’ici - cela vaut pour l’Europe, la Chine et tous les autres - n’est pas suffisant. Les autorités chinoises réalisent que le changement climatique constitue une menace réelle. C’est pour de bonnes raisons économiques qu’elles renforcent leurs efforts. Mais il est juste de demander quand les économies émergentes s’engageront de la même manière que nous. Nous sommes interdépendants : ce qu’un pays fait ou pas affecte les autres.

Le Japon estime que la négociation d’un nouvel accord global peut attendre 2015 et qu’entre-temps, chacun peut continuer à réduire ses émissions de manière non contraignante. Qu’en pensez-vous ?

L’Europe et le Japon ne regardent pas toujours dans la même direction. Tous ceux qui trouvent important de conclure un accord international devraient aider à garder en vie ce qu’on a mis tant d’années à construire, c’est-à-dire l’acquis de Kyoto. Si nous perdons cela, combien d’années cela nous prendra-t-il de renégocier la même chose en repartant à zéro ? Nous savons tous que certains pays n’aiment pas le protocole en ce qu’il divise les pays en deux groupes, mais cela ne signifie pas que nous ne devons pas préserver ses fondations et le bon travail qui a été fait. Aussi serait-il utile que les Japonais se montrent également ouverts à une seconde période d’engagement. Il existe un fossé saisissant entre l’urgence de la question climatique et la vitesse avec laquelle les choses bougent dans la mauvaise direction d’une part, et la volonté de prendre les décisions nécessaires à Durban d’autre part.

Ne craignez-vous pas que les populations ne vous suivent plus ?

Je vois un risque dans le fait que les gens ont entendu, à l’approche de Copenhague, les dirigeants du monde entier dire que la situation était urgentissime. Si les mêmes gouvernements ne tiennent pas leurs promesses, nous risquons de nous trouver face à une question de crédibilité. Les gens sont de plus en plus conscients de ce qu’il se passe. Nous le voyons aussi en Europe, avec la sécheresse dans le Sud, des records de chaleur dans l’Est, des inondations dans le Nord. Les gouvernements ne devraient pas sous-estimer les attentes de leurs citoyens. Les Européens vont à Durban avec l’idée d’essayer d’en revenir avec le maximum. Mais si aucune grande économie ne s’y rend avec le même état d’esprit, il y a des raisons d’être inquiet.

Quels sont les progrès depuis Copenhague ?

Plus de 90 pays se sont fixé des objectifs internes. Nous avons appris une leçon claire en Europe : se fixer des objectifs aide les gouvernements à rester concentrés. Sans des objectifs contraignants en termes d’émissions de CO2 et d’énergies renouvelables d’ici à 2020, il aurait été hautement probable que les gouvernements européens, durant cette crise économique, ne se soient pas mis à l’ouvrage. C’est pourquoi un cadre international nous aidera à rester concentrés et à fixer l’échelle et la vitesse dont nous avons besoin.

Quid si vous n’obtenez pas ce que vous espérez à Durban ?

Je n’ai pas envie de spéculer sur les scénarios les plus graves. Nous pousserons autant que nous pourrons.

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