Planète Gilles Toussaint, envoyé spécial au Brésil

Ciel chagrin ce vendredi à Rio où la Conférence des Nations unies sur le développement durable a pris fin dans une ambiance atone. C’est sans doute le paradoxe du choix opéré par la présidence brésilienne : en voulant à tout prix forcer un accord, fût-il a minima, pour sauver son sommet, le pays hôte a vidé la réunion de sa substance principale.

Depuis l’annonce de cet accord mardi, les chefs d’Etat et les ministres présents ont défilé à la tribune en tentant tant bien que mal de le défendre, avec plus ou moins de conviction. Mais le sentiment général est nettement à l’insatisfaction. La ratification de la déclaration s’est donc faite sans tambour ni trompette. A contre-pied de cette morosité, le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-Moon a toutefois estimé que ce texte était "très bon document, une vision sur laquelle nous pourrons bâtir nos rêves".

"Ban Ki-Moon est un pragmatique. Il a compris que par les temps qui courent, ce qui marche, ce sont les accords volontaires et les partenariats public-privé", commente le ministre belge de la Coopération au développement Paul Magnette. " C’est un multilatéralisme très soft, mais pour le moment, c’est le seul qui fonctionne." Si ce document d’une cinquantaine de pages ne répond pas aux ambitions escomptées, il contient quelques avancées, juge-t-il, pointant la définition de nouveaux objectifs de développement durable à l’horizon 2015 ou la perspective d’encadrer la gestion des ressources marines. A ses yeux, la prochaine échéance est donc fixée en septembre lors de la prochaine Assemblée générale de l’Onu qui devra mettre formellement la machine en branle afin d’atteindre des résultats plus concrets d’ici deux à trois ans. Et, vu le contexte, la méthode brésilienne a au moins permis d’avancer et "d’éviter une pantalonnade semblable à celle du sommet climat de Copenhague".

Malgré ses tentatives, l’Union européenne n’est pas parvenue à tirer ces négociations vers le haut. Un échec inquiétant alors qu’aucun autre pays ne semble vouloir endosser ce rôle de locomotive. "Au niveau européen, on a un vrai problème. L’Europe doit réfléchir et reconfigurer sa stratégie en matière de Coopération au développement qui a été totalement absente ici. Barroso et Van Rompuy doivent se mettre autour d’une table pour définir la stratégie européenne en matière environnement-développement durable-climat, la coordonner et dire qui la porte car ici nous n’avons pas pu peser collectivement."

De son côté, l’expert français Pierre Radanne juge que ce texte reflète " l’état du monde". "Les Etats-Unis et le Canada ne veulent que des actions volontaires sans limite ni contrainte. L’Union européenne est paralysée par la crise financière. Les grands pays émergents disent qu’ils sont d’accord pour agir, mais plus tard. Et les pays en voie de développement veulent que l’on mette d’abord de l’argent sur la table. La conférence a été marquée par la défense des intérêts nationaux alors que les problèmes globaux auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus à l’échelle des frontières nationales", analyse-t-il. "L’équilibre du texte aggrave cette crise au lieu de la résoudre." Ce sommet devait établir l’évolution de l’état du monde depuis 1992, identifier les enjeux et les moyens d’y répondre, poursuit-il. Or, il n’en est rien. Et de pointer du doigt l’absence dans la déclaration de références à la mondialisation, à la crise financière, à l’épuisement des ressources notamment en matière d’énergie, aux enjeux alimentaires ou encore à la gestion transfrontalière de l’eau. " La réponse proposée, c’est la technologie et le marché. Le texte est très faible sur la question de la régulation."

Tout n’est pourtant pas négatif. D’ici 2015, un groupe d’experts désigné par le secrétaire général de l’Onu va s’atteler à définir des objectifs équitables (en matière de biodiversité, de protection sociale, d’accès aux énergies renouvelables ) qui finiront inévitablement s’imposer à tous. "On voit bien qu’on s’achemine à reculons vers le constat qu’il va bien falloir gérer la planète ensemble."

Représentant la Wallonie à Rio, le ministre de l’Energie Jean-Marc Nollet déplore pour sa part que l’on ne soit pas arrivé à créer une Agence mondiale de l’environnement qui pourrait faire contrepoids à l’Organisation mondiale du Commerce. "Pour moi, c’est le plus gros point noir, car cela permettrait d’avoir un outil juridique permettant de fixer à la fois des objectifs et des contraintes." Mais après les déclarations, vient le temps de l’action, enchaîne-t-il. Suite à l’intérêt manifesté par une quinzaine de pays et de régions pour la méthodologie de l’alliance emploi-environnement développée par la Wallonie, il compte ainsi proposer au gouvernement la création d’un fonds afin de soutenir la mise en place de cette démarche chez les partenaires intéressés - certains pays en développement notamment.

Même son de cloche du côté de la ministre bruxelloise de l’Environnement Evelyne Huytebroeck, pour qui, passée la déception, "cet accord sera surtout ce que l’on en fera dans nos politiques au quotidien".