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La sonde européenne Rosetta s'est écrasée volontairement vendredi sur la comète Tchouri, signant la fin d'une odyssée spatiale historique de plus de douze ans pour tenter de percer les mystères de la formation du système solaire, selon l'Agence spatiale européenne.

La fin de la mission a été annoncée sous les applaudissements par Sylvain Lodiot, responsable des opérations de vol de Rosetta au Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne).


La fin d'une longue aventure

C'est a fin d’une mission de 12 ans, car la sonde de l’agence spatiale européenne a quitté la Terre en 2004. Dès ce jeudi soir, vers 22 h 50 heure belge, alors que la sonde se trouvait à une vingtaine de kilomètres de Tchouri, Rosetta a été placée sur une trajectoire la menant directement en collision avec la comète. La sonde a alors entamé une lente descente en chute libre de plus de 14 heures. Sur la fin, sa vitesse devait atteindre 90 centimètres par seconde (3,2 km/heure), soit la vitesse de la marche humaine Mais les ingénieurs ont fait leur possible pour que "l'impact contrôlé" de la sonde sur la comète soit le plus "soft" possible. La sonde a été programmée pour s'éteindre dès qu'elle entrait en contact avec la surface du noyau cométaire. Après, ce sera fini.

Après un long voyage tout en circonvolution à travers le système solaire débuté il y a 12 ans, elle est arrivée à proximité de la comète “Tchouri” en 2014. Elle y a largué le petit robot Philae en novembre de cette année-là. Celui-ci, alimenté par des panneaux solaires, n’a pu envoyer des informations que durant 60 heures, car il avait atterri une “patte en l’air” et dans une fissure, à l’ombre. Mais il a tout même pu faire 80 % de son travail prévu, assurent les scientifiques du programme. A présent après avoir suivi la comète à la trace pendant deux ans, Rosetta va aller rejoindre Philae sur Tchouri pour l’éternité. La sonde se “crashera” sur le corps céleste vendredi midi, de façon volontaire. Les scientifiques ont programmé une chute contrôlée vers la comète. La distance de la sonde avec le soleil atteint maintenant un point où l’énergie solaire devient trop faible pour la recharger et permettre la transmission de ses données.

La mort de Rosetta a fait l’objet d’un débat scientifique. Une première solution aurait été de tout arrêter brutalement, sans rien faire, une autre de la faire rentrer en hibernation, attendre que la comète revienne près du soleil, et la faire repartir pour un tour, ou enfin, la faire se poser en douceur sur la comète, ce qui permettait alors d’engranger une dernière moisson de données durant la descente. “On sera extrêmement près, cela n’a pas encore été possible jusqu’ici” , précise l’astrophysicien Francis Rocard (CNES). La meilleure fin pour Rosetta, assurent les scientifiques.

Voici ce que Rosetta a appris sur la comète Tchouri (photo commentée)



"Ce vendredi, à la fin de l’aventure, j’aurai la gorge nouée"

L’astrophysicien Francis Rocard est responsable du programme Rosetta à l’agence spatiale française, le CNES. Celui qui est aussi le fils du célèbre politicien français Michel Rocard travaille “avec” et “pour” Rosetta depuis 1993, lorsque la décision de mettre sur pied cette mission a été prise au niveau européen. Le lancement de la sonde a ensuite eu lieu en 2004 et l’arrivée près de la comète en 2014. Pour le scientifique français, même si “son bébé” rendra l’âme dans quelques heures, la mission Rosetta est un “très très grand succès” – “avec Rosetta, l’Europe est leader mondial : l’essentiel de ce que nous savons des comètes, c’est Rosetta qui l’a fait” – et ne s’arrêtera pas vendredi, avec ce “crash” de la sonde sur la comète Tchouri.

Quel est le sentiment à présent que cela se termine ? C’est une mission de plusieurs décennies pour vous…

C’est toujours un peu triste quand votre bébé va mourir… Tous, tous les gens qui ont travaillé sur cette mission, on était très avides d’avoir les informations sur les découvertes que Rosetta faisait, que Philae a fait… Et bien voilà, les meilleures choses ont une fin. Cette fin, c’est vendredi qu’elle a lieu. Nous aurons la gorge un peu nouée à la fin de cette aventure. Mais les analyses vont se poursuivre et il y a encore des découvertes qui vont être annoncées dans les mois et les années qui viennent. On continue à traiter les données.

Quel est a été pour vous le moment le plus marquant de cette longue mission ?

Ce qui est toujours le moment fort dans ces missions où, finalement, on va jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’on va jusqu’à l’objet, c’est le moment où on le découvre. Ici, c’était les images de l’été 2014. Tout d’un coup, on a vu ce que c’était que ce noyau, plein écran, et ensuite les images en haute résolution. C’était absolument à couper le souffle. Vraiment, on découvrait un nouveau monde… Et on ne comprenait pas grand-chose de ce qu’on voyait ! Ce n’est qu’avec le temps, les mois, les années que, petit à petit, on comprend pourquoi la surface de la comète a un tel aspect. On a aussi vu des évolutions de la surface en temps réel. C’est quelque chose de rarissime en planétologie et en astrophysique. C’est très rare de voir des choses qui bougent ! Pourquoi il y avait cette poussière sur la comète, pourquoi ces ronds, pourquoi il y avait ces terrasses et ces falaises ? Tout ça a été une énorme surprise à l’été 2014 ! Et petit à petit, on s’est mis à comprendre tout ça. C’était très enrichissant sur la connaissance de ce type d’objets et de la formation du système solaire. Car c’était l’objectif numéro un de la mission Rosetta : étudier la formation du système solaire à travers les comètes, les matériaux les plus primordiaux qui existent.

La réaction du public est aussi particulièrement intense. Il y a quasi une “identification” à Rosetta et à Philae…

C’est quelque chose qu’on avait anticipé, préparé. On sait que ce type d’événement – que ce soit un atterrissage sur Titan, sur Mars, sur une comète – ce sont des événements qui suscitent une énorme curiosité, qui est mondiale. Mais Philae, ça a été un atteint un niveau de mondialisation extrêmement surprenant ! Et c’est superbe ! On savait que la curiosité allait être là, et tout a été fait pour la satisfaire : en terme d’image, d’informations… Mais l’engouement a été incroyable. Je crois que c’est la première mission européenne qui suscite un tel engouement mondial. C’est tout à fait réjouissant !