Planète

Le pilote suisse Bertrand Piccard décolle cette après-midi d’Hawaï vers San Francisco, pour boucler la deuxième partie de son tour du monde sans carburant.

L’avion solaire Solar Impulse 2 va reprendre son tour du monde ce jeudi, après neuf mois de pause forcée à Hawaï, a annoncé son équipe. L’aéronef qui fonctionne sans carburant doit s’élancer à 17 heures (heure belge) de l’aéroport de Kalaeloa. Il devrait rejoindre après 62 heures de vol Mountain View, près de San Francisco, dans le nord de la Californie. Parti d’Abou Dhabi le 9 mars 2015, l’avion solaire a accompli jusqu’ici près de 18 000 kilomètres. Le tour du monde a subi un coup d’arrêt en juillet, à mi-parcours de son périple. L’appareil a été immobilisé pendant neuf mois, le temps de réparer les batteries endommagées lors de sa dernière étape au-dessus de l’océan Pacifique, un périple record de cinq jours et cinq nuits entre la ville japonaise de Nagoya et l’archipel américain d’Hawaï. C’est le Suisse Bertrand Piccard sera aux commandes de l’appareil, durant ces 62 heures (un laps de temps un peu plus court que les quelque 4 jours prévu originellement), grâce une fenêtre météo favorable. Il y a quelques jours, Bertrand Piccard nous avait confié, en compagnie de son collègue André Borschberg, l’autre pilote du SI2, les sentiments qu’il éprouvait à l’idée de ce long vol inaugural.

Ce premier et long vol sera un moment marquant… C’est le moment que vous appréhendez le plus ?

BP. Pour André et pour moi, ce sont chaque fois les moments de grande nouveauté, qui sont les plus impressionnants. C’est clair que pour André, la traversée entre Nagoya et Hawaï, c’est en même temps dont il se réjouissait énormément, et en même temps, c’était un moment de vérité pour notre technologie, donc c’était un moment très fort. Pour moi, ce prochain vol, ça va être très fort. Jusqu’à maintenant, j’ai fait trois vols en ballon de plus de 5 jours. C’était 5 jours, 9 jours et 20 jours. C’était chaque fois avec quelqu’un, on se relayait, c’était quand même plus facile. Là, ça va être mon premier long vol tout seul ! C’est vrai que je me prépare beaucoup, c’est quelque chose qui m’impressionne. Mais en même temps qui me réjouit énormément, car je fonctionnerai en tant que pilote, dans des conditions très difficiles.

Après le premier vol de 5 jours en 2015 (réalisé par André Borschberg), avez-vous appris des choses, qui ont mené à modifier la préparation pour ceux-ci ?

AB. C’est un vol qui a permis de vérifier de nombreuses choses et qu’on a développées étape par étape, depuis le premier Solar Impulse. Tous ces vols ont permis de développer de l’expérience, à tous les niveaux. Que ce soit dans le centre de contrôle, dans la cabine du pilote… Et petit à petit on arrive à quelque chose qui fonctionne bien. Ce qui a bien fonctionné (durant le très long vol), c’est l’ergonomie de la cabine, la possibilité de se reposer par petites étapes de 20 minutes.

© Solar Impulse
(Solar Impulse lors d'un vol d'entraînement à Hawaï en mars 2016)

C’est très peu…

AB. C’est peu mais c’est suffisant pour se ressourcer et pas trop important pour ne pas tomber dans un sommeil profond, duquel on a du mal à ressortir. On a aussi vu qu’on a eu des petits soucis techniques de batterie, donc on a travaillé sur ceux-ci. Là, on aura un avion plus proche de la perfection technique que l’on recherche. Au niveau du fonctionnement du pilote, que ce soit dans la manière de se reposer ou de se nourrir, – la façon de se nourrir est très importante, on a préparé des mets et des techniques qui sont très affinées – je pense qu’on a quelque chose qui est assez abouti. Mais c’est aussi une expérience très personnelle. Tout cela, ça a bien fonctionné pour moi, et Bertrand va utiliser ces différentes choses, en modifier certaines pour les adapter à son propre biorythme, sa propre physiologie. Et ce sera intéressant de partager après les expériences réciproques.

Bertrand Piccard, vous êtes d’accord ?

BP. Oui, absolument. André m’a déjà beaucoup expliqué ce qu’il a vécu, pour m’aider à faire la suite. Il m’aide d’ailleurs beaucoup pour développer mes qualités de pilote. Ce qu’on peut dire aussi sur le plan général, c’est que, si c’est si difficile, sur le plan humain, sur le plan des vols, si c’est si cher, si c’est si compliqué, c’est parce qu’on est vraiment à la limite du possible. Certains pensent que c’est impossible, nous nous pensons que c’est possible, et on est en train de prouver que c’est possible. Mais tout est à la limite. C’est la caractéristique des pionniers; ils essayent de faire les choses, au moment où c’est presque un petit peu trop tôt. Et puis quand ça marche, les gens disent : ‘ah ben ça marche, donc c’était évident, donc c’est facile’. Avant de réussir, on passe pour des fous, et après avoir réussi, les gens disent : c’était normal, et ensuite ça rentre dans les mœurs. Donc, c’est ce qu’il faut qu’on accepte avec André, dans tout ce qu’on fait en ce moment.

© Solar Impulse
(Bertrand Piccard après un vol d'entraînement à Hawaï en mars 2016)

Quel serait votre parcours idéal ? En ce qui concerne l’Europe, allez-vous passer en Suisse (votre pays d’origine) et à Monaco (le centre de contrôle), qui sont vos deux ports d’attache ?

BP. Dans nos rêves, il y a le vol de New York au Bourget. Après il y aurait une petite escale en Suisse, et après on descendrait, on passerait devant la principauté de Monaco, avant de continuer sur l’Égypte. Après la réalité, elle est souvent assez différente. Elle dépend des autorisations de vol, de la météorologie, du trafic aérien pour ne pas passer dans des zones conditionnées. Mais souvent, quand je pars sur des emphases, comme ça. André est là pour me ramener à la réalité.

AB. En fait, d’une certaine manière, on se fixe des objectifs, pour la plupart, on arrive à les atteindre petit à petit, tout n’est pas vraiment réalisable, en fonction de la météorologie. Et cette météorologie, elle varie d’une année à l’autre. Donc ce qu’on pense possible par rapport aux analyses que l’on fait sur les deux-trois dernières années, ne l’est pas potentiellement sur cette année en cours. On est axé sur ce plan de traverser la France, et le Bourget. On verra si c’est une année qui nous permet de le faire, ou si c’est une année qui va nous pousser ailleurs.

© Solar Impulse
(André Borschberg après son vol de cinq jours et cinq nuits en le Japon et Hawaï, en juillet 2015)

Toutes les parties du voyage impliquent de l’imprévu, d’ailleurs…

AB. Chaque partie est différente. Les parties de mer sont longues, les prévisions météo sont valables à deux-trois jours, après elles sont plus incertaines. Donc on aura de nouveau ce suspens qu’on a eu entre le Japon et Hawaï. Mais la partie au-dessus des Etats-Unis est elle aussi pleine d’imprévu. Au centre des Etats-Unis, il y a des tornades ! Lors du vol du premier Solar Impulse, notre hangar à Saint Louis a d’ailleurs été soufflé par une tornade… Ce sont des endroits qui ne sont pas faciles à passer ! On essaye donc de les passer assez rapidement. Et puis pour des raisons géopolitiques, la partie du Moyen Orient est difficile, donc on va tacher d’éviter les zones chaudes. Cela nous oblige à voler sur la Méditerranée et pas plus au Sud lorsqu’on part de l’Espagne ou la France vers l’Égypte. Cela nous force bien sûr à éviter toute la partie Irak, Syrie etc, d’obliquer vers le Sud, le Sud-Est. Cela raccourcit le couloir à notre disposition. Ce sont des choses dont il faut tenir compte.


© print screen Youtube

Cliquez sur l'image pour agrandir