Planète Pour évoluer en apesanteur dans un univers inconnu aux hommes, pas besoin d’aller sur Mars. C’est possible en Belgique ! Rendez-vous dans une des nombreuses carrières du pays. " On en compte un nombre incroyable, facilement une centaine, plus ou moins grandes, ou petites, et plus ou moins intéressantes pour la plongée." Opération plongée sous-marine.

Pour l’heure, c’est à Dour que Richard Plume, moniteur de plongée au Zanclus, invite l’équipe à se mouiller. "L’union fait la force. En plongée, on est toujours minimum deux." En l’occurrence, nous nous retrouvons à cinq, face à un grand plan d’eau turquoise, entouré de roches et de verdure. "C’est une carrière de phosphate de 18 mètres de profondeur, qui n’est plus exploitée depuis 25 ans. Mais il y a une importante arrivée d’eau au milieu."

Cet après-midi, le soleil cogne d’autant plus que l’équipement enfilé est lourd et chaud. Au-dessus de la combinaison qui nous recouvre des pieds à la tête, il faut encore ajouter le gilet qui gère la flottabilité en fonctionnant comme une vessie natatoire sous l’eau, la bonbonne de gaz de 17 kilos, la ceinture de plomb - car dans l’eau, le gaz flotte - , les palmes, puis tous les petits éléments annexes : le masque, le manomètre qui indique la quantité d’air restant, le profondimètre qui renseigne sur le temps de remontée...

Mais quand on s’enfonce dans l'eau, la sensation de chaleur nous abandonne rapidement. En surface, l’eau est à 17-18 degrés. Après un mètre, elle n'atteint plus que les 14 degrés. Au-delà de six mètres, elle passe à 9. Pas trop le temps d’y penser : qui a déjà marché avec des palmes sous l’eau sait toute l’attention que cela requiert. Enfin, on n’a plus que la tête hors de l’eau, à hauteur d’une série de bouées sur le lac. "Elles marquent à la surface les endroits où se trouvent des objets, souvent volés, qui ont été jetés ici."

On se prépare à passer de l’autre côté du miroir. Première prise de conscience : on peut respirer sous l’eau. Il ne s’agit donc pas de bloquer sa respiration, ce qui engendrerait la panique. "C’est un sport qui inculque aux gens des notions de respect global, et de limites. Les limites sont imposées par la physique et la physiologie." Sous la surface, on découvre un monde totalement différent. "Cet univers, vous ne pourriez pas le connaître autrement. Ce qui me plaît, c’est le calme de ces lieux. J’ai une attirance incommensurable pour la nature. Et je pars du principe qu’on ne peut pas parler et protéger ce qu’on ne connaît pas." Richard Plume est un vrai poisson dans l’eau.

Son aplomb d'enseignant et son expérience rassurent. "Je tiens à inculquer le respect de la nature. Quand on s’adonne à la plongée, c'est comme une balade." Il ne faut pas aller trop vite, au risque de s’épuiser. Si on remue trop les fonds marins, on ne peut plus voir les poissons. "Ici, les fonds sont très vaseux. Dès qu’on touche le fond, ça se mélange, ça devient laiteux et on ne voit plus rien... c’est le problème du phosphate."

Le moniteur reconnaît : "Les conditions de plongée chez nous sont difficiles du point de vue de la visibilité, du froid, de l’orientation particulière, et du poids du matériel, mais qui peut le plus peut le moins. Cela facilite la tâche après. C’est plus un entraînement en formation que de la plongée loisirs." L’univers que l’on découvre est en effet insoupçonnable : on rase les fonds sans les toucher, on se faufile entre de grandes branches d’arbres, mais également tout un tas d’autres épaves moins naturelles et enlisées dans la vase : caddys, voiture, moto... En scrutant les parties couvertes de végétation, on croise des colonies de petits poissons et de têtards, qui filent d’un buisson à l’autre. Dans le même temps, la respiration devient lente, plus profonde, davantage maîtrisée.

En remontant à la surface, impossible de déterminer le temps de la promenade, la profondeur et les dimensions parcourues. L’apesanteur et la tranquillité des fonds nous ont bluffés...

Sous l’eau, on perd la notion du temps, de la profondeur et de l’espace. On comprend dès lors les précautions qui entourent ce sport. "Plus on va dans le fond, plus on a la narcose, l’ivresse des profondeurs, affirme Richard Plume. Mais je ne recherche pas le score, plutôt le plaisir de découvrir et de respecter une nature inexplorée."

www.zanclus.be: école internationale de plongée sous-marine.