Tihange: une fuite radioactive non résolue depuis 10 ans

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

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Alors que le gouvernement fédéral vient d’avaliser la stratégie énergétique proposée par Melchior Wathelet, "La Libre" a pu prendre connaissance d’informations interpellantes concernant la centrale de Tihange.

Pour rappel, ce plan prévoit que les réacteurs de Doel 1 et 2 seront fermés en 2015, tandis que Tihange 1 restera en production jusqu’en 2025, soit dix années de plus que ne le prévoyait la loi de sortie du nucléaire. En contrepartie, des travaux de renforcement devront y être menés par l’opérateur Electrabel pour répondre aux normes de sécurité de l’ère post-Fukushima et assurer le bon fonctionnement de l’outil. Tout paraît donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Selon nos informations, un curieux problème de fuite turlupine pourtant les ingénieurs de la centrale depuis une dizaine d’années sans avoir été résolu jusqu’ici. De l’eau contaminée s’échappe en effet de manière récurrente de la piscine de désactivation dans laquelle est entreposé temporairement le combustible nucléaire usagé issu du réacteur N°1 - le plus ancien - pour y être refroidi. Dans un courrier daté de 2006, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire relevait ainsi que "cette fuite, d’un débit extrêmement faible, n’est pas récente". Cette eau "légèrement radioactive est traitée sur le site de Tihange comme les autres effluents liquides". Et l’agence de préciser qu’Electrabel poursuit ses investigations pour la localiser. Six ans plus tard, on en est toujours au même point

"Le problème est géré et il n’y a aucune pollution extérieure", explique la porte-parole de l’AFCN. Mélangée à du bore qui réduit la réactivité des crayons d’uranium, l’eau en question est collectée et traitée via un système installé dans un local situé sous la piscine, poursuit notre interlocutrice. En moyenne deux litres de liquide ont ainsi été récupérés quotidiennement en 2011. Ce qui fait tout de même pas loin d’un petit mètre cube par an, alors que la capacité du bassin en question est de 1500 m3.

Situé à l’étage du bâtiment, celui-ci a été réalisé dans une coque en béton armé dont les parois sont recouvertes de plaques d’acier inoxydable soudées. Et c’est, semble-t-il, au niveau de cette peau métallique que les problèmes se posent : les soudures présentent des microfissures dont la localisation n’est pas clairement identifiée. Un monitoring a été mis en place pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’aggravation de ces fissures ni de détérioration au niveau du béton, explique la représentante de l’AFCN. Et seule la piscine du réacteur N°1 présente ce problème de porosité.

Mais compte tenu de la rallonge de 10 ans, ne serait-il pas plus prudent d’imposer le remplacement de cette cuve ? Non, aux yeux de l’agence, qui estime que "ce risque n’est pas inacceptable tant qu’il est géré". "Pour l’instant, le suivi ne montre pas la nécessité d’une intervention plus lourde, ce qui n’exclut pas que cela puisse être le cas dans le futur."

Un avis que ne partage pas un expert des questions d’étanchéité contacté par "La Libre". "Avec le temps, des microfissures se transforment inévitablement en fissures, surtout si elles se situent dans le bas de la piscine ou la pression est plus importante", analyse-t-il, jugeant que la cuve devrait être remplacée.

De son côté, le porte-parole de la centrale de Tihange confirme les informations de l’AFCN, soulignant que les autorités ont toujours été tenues informées de cette situation. Le liquide en question, insiste-t-il, n’est que faiblement radioactif, car il ne reste pas en permanence en contact avec le combustible nucléaire, mais circule dans un réseau équipé de filtres. Le volume de la fuite fluctue également, ajoute-t-il, en spécifiant qu’il est pour l’instant inférieur à un litre par jour.

Curieusement, ces problèmes n’ont fait l’objet d’aucune communication publique comme c’est le cas pour des événements, parfois très anodins, qui sont classés sur la fameuse échelle Ines en fonction de leur niveau de gravité. C’est parce que celle-ci est liée à l’exploitation des réacteurs mêmes, nous explique-t-on. Les critères de ce classement sont fixés par l’Agence internationale de l’énergie atomique et sont toujours liés à leur sûreté de fonctionnement. Ce qui n’est pas en jeu ici puisqu’il s’agit d’un équipement annexe.

"Les piscines ont toujours eu un statut particulier", confirme l’ex-bourgmestre de Huy, Anne-Marie Lizin. "Elles n’ont jamais été considérées comme une installation de stockage, donc on ne leur applique que des critères de placement provisoire, alors qu’on sait que c’est durable puisqu’aucun site de stockage définitif n’existe". Suite au tremblement de terre de Liège au début des années 80, des contrôles avaient montré que Tihange 1 était la plus vulnérable aux séismes. "Et c’est le dessous de la piscine qui était le plus exposé". Des travaux avaient alors été effectués. "De nouveaux travaux sont logiquement nécessaires, juge Mme Lizin, car s’il est important pour la ville que l’exploitation du réacteur se poursuive, il faut garantir une sécurité maximale à la population."

Relisez notre CHAT avec Arnaud Collignon, spécialiste nucléaire chez Greenpeace:

Cette fuite est-elle réellement dangereuse ? La centrale de Tihange n’est-elle pas vétuste ? Que fait Electrabel de l’eau des bassins ? Où seront stockés les déchets radioactifs de la centrale nucléaire ? La dernière campagne choc de Greenpeace était-elle justifiée ou exagérée ?

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