Planète Plutôt que répandre tous azimuts des pesticides pour tuer les insectes nuisibles, mieux vaut d’abord définir les zones où il y a invasion. Tel est le principe du système de monitoring mis au point en Belgique, pour venir à bout des épidémies.

A première vue, le système en question, un objet léger d’une vingtaine de centimètres de hauteur, en plastique noir de forme conique, ne semble guère impressionnant. Pourtant, son ambition n’est pas si modeste que ça. Baptisé bugSIM, ce piège à moustiques a pour vocation de compter lesdits insectes, ce qui permettra de déterminer si, dans une région donnée, il y a - ou non - invasion de nuisibles. Autant dire que, dans de nombreuses régions du monde, ce petit appareil de fabrication belge pourrait devenir une solution de premier plan à bien des problèmes, comme le sinistre virus Zika ou la malaria pour ne citer que ces deux-là.

A l’origine de cet appareil, qui devrait être disponible sur le marché d’ici la fin de l’année, il y a Jacques Frojmovics. Economiste de formation, ce spécialiste en logistique se trouve un jour "aspiré dans le monde de l’hygiène", comme il dit. Devenu consultant en conseils logistiques, il intègre en effet la branche "dératisation" d’une société. "J’ai été amené à développer des solutions de monitoring, c’est-à-dire de comptage pour des rongeurs, particulièrement malvenus dans les sociétés de production d’aliments", raconte-t-il, en nous rappelant que, depuis 2008, une directive européenne interdit l’utilisation de poisons dans un environnement "food".

L’intérêt des systèmes de monitoring consiste à pouvoir déterminer s’il y a invasion de rongeurs, de manière à pouvoir les capturer ensuite et se débarrasser des cadavres endéans les 24 heures. Son dispositif fonctionne. Commande sera ensuite passée pour développer un système semblable, capable de compter les mites alimentaires, un autre fléau qui sévit dans ce secteur.

© Didier Bauweraerts

Sous les tropiques mais aussi chez nous

"Lors d’un de mes voyages en Extrême-Orient, sachant que j’avais développé un système de comptage des insectes, on m’a demandé de développer un système similaire pour les moustiques, à des fins de santé publique." C’est ainsi qu’a démarré le projet de ce nouveau système de monitoring de moustiques.

"Aux Etats-Unis, notamment, on utilise des insecticides à très grande échelle, poursuit Jacques Frojmovics. Jour et nuit, des avions pulvérisent tout, y compris les habitants. Comme on ignore où il y a précisément invasion, on utilise des insecticides à tort et à travers. Depuis quelque temps, il commence heureusement à y avoir une prise de conscience dans le monde entier du problème lié à ces produits et des dangers que cela représente pour la santé humaine."

L’émergence de maladies tropicales, sous les tropiques mais aussi chez nous, en fait un problème à présent mondial, qui devient sérieusement inquiétant. Dans ce contexte, pouvoir déterminer quelles sont les zones infestées par les moustiques pour ensuite passer à l’offensive, plutôt qu’épandre tous azimuts, s’avère extrêmement précieux.

Comment fonctionne le dispositif ?

En pratique, le principe du dispositif bugSIM, de la société Simteligence, consiste à attirer les femelles moustiques tout simplement avec de l’eau, nécessaire à la ponte. Les larves seront tuées par les larvicides. Après avoir pondu, les femelles vont aller se poser et se coller sur un flotteur, où elles seront piégées. "Chaque nuit, l’appareil compte les moustiques et communique le décompte à un serveur dès qu’il y a invasion, lequel envoie les informations vers le système informatique et montre sur une carte (du style Google Map) où se trouvent les infestations, explique le concepteur. Ce sera ensuite au tour du spécialiste de déterminer s’il y a ou non invasion , selon les critères qu’il aura définis."

Au niveau technique, dans chaque appareil se trouve un modem qui communique avec le serveur informatique. Celui-ci va montrer à tous les clients l’infestation sur une application présentant la carte du monde. "Laquelle s’illumine à l’endroit où il y a une invasion, précise encore Jacques Frojmovics. L’appareil ne va communiquer que lorsqu’un certain seuil est atteint. Tout est paramétrable et c’est l’intervenant, le spécialiste des anti-nuisibles qui fait le paramétrage."

Ce dispositif est destiné aux spécialistes et sociétés qui ne s’occupent que de l’assainissement de la santé, à l’usage des gouvernements et des ministères de la santé. Ainsi la société Simteligence est-elle déjà en contact avec le ministère en Malaisie et à Hong Kong, qui ont montré leur intérêt pour ce système, produit en Belgique et dont le coût devrait se situer dans une fourchette allant de 50 à 100 dollars.

Probablement promu à un bel avenir, le système pourrait aussi servir pour les mites alimentaires et tous les insectes qui infestent les cultures.