Un climatosceptique converti

G.T. Publié le - Mis à jour le

Planète

Richard Muller n’est certes pas le plus connu des climatosceptiques, mais la tribune qu’il a publiée ce samedi dans les colonnes du "New York Times" n’est pas passée inaperçue. Dans ce texte, ce professeur de physique de l’Université de Berkeley, qui a dans le passé émis des doutes sur la réalité des changements climatiques, explique en effet comment et pourquoi il a radicalement changé d’opinion.

Avec l’appui d’une équipe d’une douzaine de scientifiques, il s’est en effet attaché à repasser en revue les relevés de température à la surface terrestre depuis deux cent cinquante ans. Chose amusante, ce projet de recherches baptisé Best (Berkeley Earth Surface Temperature) a notamment été financé par la fondation des frères Koch, des magnats du pétrole connus pour leur lobbying très actif en faveur des énergies fossiles.

Il y a quelques mois déjà, le Pr Muller avait rendu publiques ses premières conclusions, confirmant que la réalité du réchauffement climatique était incontestable. Cette fois, il va encore un pas plus loin en précisant que la température terrestre a augmenté de 1,4°C au cours des deux cent cinquante années écoulées, dont 0,8°C lors des cinq dernières décennies. Aucun des biais généralement avancés par les climatosceptiques, tels les îlots de chaleur urbains ou la mauvaise qualité de certaines stations de mesure, ne viennent remettre en cause les résultats obtenus précédemment par les climatologues qui ont contribué aux évaluations du Giec. Que du contraire.

Surtout, il affirme que les hommes sont presque entièrement à l’origine de ce réchauffement. D’après les travaux menés de son équipe, après avoir analysé les différents facteurs d’influence potentiels, la courbe des émissions de CO2 est en effet celle qui présente la meilleure corrélation avec celle de la hausse des températures. Une telle corrélation ne revient évidemment pas à établir un lien de causalité directe, mais toute explication alternative devrait au moins présenter un niveau de corrélation similaire pour être prise au sérieux, estime Richard Muller. L’influence de la variabilité de l’activité solaire, autre argument souvent avancé par les sceptiques, est tout simplement inexistante.

Saluant la démarche du scientifique américain, le Pr Jean-Pascal van Ypersele (UCL), vice-président du Giec, tient toutefois à en nuancer les conclusions, relevant que ces travaux n’ont pas encore été soumis à la procédure de révision par les pairs. Leur intérêt, juge-t-il, vaut surtout par la confirmation de la validité des méthodes et des données employées par les chercheurs qui travaillent depuis des années sur la reconstruction du climat passé. A l’inverse, la méthode employée par l’équipe du Pr Muller pour établir une corrélation entre CO2 et réchauffement est à ses yeux "relativement primitive". "On dispose aujourd’hui des méthodes très sophistiquées qui associent la modélisation des données et des analyses statistiques extrêmement poussées qui vont bien au-delà de la corrélation entre deux courbes."

Pour autant, cette contribution est bienvenue, estime M. van Ypersele, et "pourrait raisonnablement semer le doute dans l’esprit d’une partie des climatosceptiques rationnels et qui ne sont pas guidés exclusivement par la défense d’intérêts idéologiques ou économiques mal placés".

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