Planète

Il fait un froid polaire dans la petite salle polyvalente uccloise où le Théâtre Carbonique répète. "En dessous de 14 degrés dans la pièce, on ne chauffe pas. Histoire d’apporter notre pierre à l’édifice de la lutte contre le réchauffement climatique", rigole Hélène Daniels, comédienne, entre deux gorgées de thé brûlant. Depuis un mois, avec Jérémie Van Hoof, comédien et metteur en scène, et Martin Ophoven, comédien et auteur de la pièce, ils s’entraînent, mettent le texte en bouche, se donnent des pistes d’improvisation les langues fourchent encore un peu ("nondidju, c’est vrai, cette phrase-là, je l’avais déplacée ailleurs !"), mais l’essentiel est en place. "Comment expliquer le changement climatique à mon patron ?" (déclinable en "Comment expliquer le changement climatique à ma belle-mère ?"), spectacle itinérant de quelques dizaines de minutes, sera présenté publiquement le 30 octobre à Ixelles. Entreprises et collectivités pourront alors l’acheter, et le ramener auprès des leurs. Pas de décor, pas de costumes, juste trois acteurs aux personnages malléables à l’envi et un préambule qui donne le ton : les spectateurs sont priés d’éteindre leur téléphone portable, par égard pour leur santé électromagnétique !

Martin Ophoven travaillait jadis dans une agence de communication "responsable". Il a quitté son job il y a quelques mois, après avoir fait une rencontre déterminante : celle de Frédéric Chomé, expert climatique et docteur en sciences. Chomé voulait écrire un bouquin sur le changement climatique, Ophoven l’a fait dévier de sa trajectoire. Ce sera une pièce qu’ils inventeront ensemble, au propos scientifique validé par l’expert.

Pas peur de prêcher des convaincus uniquement ? "Si, c’est le risque, évidemment!", concède Jérémie Van Hoof. Martin Ophoven de nuancer : "Le changement climatique, c’est la préoccupation numéro 1 mondiale. On parle beaucoup de la crise, mais c’est un peu une discussion de façade. Dans nos petits sièges confortables ici, la crise on ne la voit pas. Or, je suis intimement convaincu qu’à l’intérieur de chacun, il y a une souffrance, un stress terrible relatif à la planète, qui fait que chaque individu est confronté à ses choix au quotidien, ne sait pas quoi faire Je défie quiconque de me dire qu’il n’en a absolument rien à caler. Notre approche ici, c’est de dire "parlons-en, rigolons-en, on sait que c’est le bordel, mais arrêtons de souligner ce qui ne va pas, soyons créateurs, acteurs, amusons-nous, ce n’est que dans le plaisir qu’on pourra créer."

Pas question pour les trois comédiens de prôner un retour à l’âge de pierre. "Et arrêtons de nous mortifier parce qu’on est nés à cette époque-ci !", lance Hélène Daniels. Dans cette bulle hors du temps, nulle trace de prêchi-prêcha moralisateur : il y est plutôt question d’un vaisseau spatial sidéré de ce qu’il découvre sur la Terre, de rêves d’enfants à exhumer, d’imaginaire à débrider,

L’équipe, qui a usé ses maillots sur les patinoires de la Fédération belge d’Improvisation amateur, ne prétend pas délivrer des vérités fondamentales ("nous ne sommes pas experts climatiques", disent-ils en chœur), ni professer un savoir pointu. L’objectif de la représentation, c’est de donner matière à réflexion. Et pourquoi pas, si l’entreprise (les scouts, le club ) le souhaite, de proposer un débat à l’issue de la pièce. Pour que chacun puisse poser des choix en toute conscience. "(Le sommet de) Copenhague, quelle hypocrisie !", ose Martin Ophoven. "On nous fait croire qu’un sommet va résoudre tous nos problèmes. Ce n’est pas l’Onu ni un quelconque sommet qui vont y arriver. Ce sont des initiatives individuelles." Hélène Daniels rebondit : "Si Paris Hilton sortait une ligne de fringues bio, je me dirais: "Et pourquoi pas, au fond ?""

Représentation à destination des professionnels de la communication, de la formation et à la presse le 30/10 à 15h30 à la Maison du développement durable, Mundo-B, rue d’Edimbourg, 26, à 1050 Ixelles.