Planète Le Belge Thomas -dit Tom- Lambot ne pouvait pas rater cela : il "devait être" au lancement de la fusée Falcon Heavy de l'entreprise privée Space X. D'origine gembloutoise mais installé en Californie pour son travail à la Nasa (l'agence spatiale américaine), cet ingénieur a pris deux avions en 24 heures pour être à Cap Carnaveral au moment fatidique. Mais il n'était pas le seul à y avoir pensé. Car rien que l'annonce de l’événement, aux Etats-Unis, avait créé une véritable frénésie. "C'était vraiment la folie ! Dès 6 heures du matin (le vol était prévu l'après-midi), hier,on a voulu aller repérer les meilleurs endroits pour voir le décollage, et il y avait de longues files de voitures ! Tous les parkings étaient pleins, raconte-t-il. Space X a pris beaucoup de paris risqués et il les a réussis. Les gens voulaient notamment voir si cette fusée allait exploser, ou pas ! Dans l'avion que j'ai pris de San Francisco à Orlando, la moitié des passagers allaient voir le décollage ! "

Coup de chance pour Tom : il était assis à côté d'un ingénieur de Tesla qui avait loué une maison tout près du pas de tir, séparé du lieu de lancement par la rivière. Résultat : c'est de là, dans cette villa avec piscine et jacuzzi, et avec quelques bières à disposition qu'il a pu observer le décollage ! "Cette fusée, c'était brillant, massif.. C'est la plus grosse depuis celle qui a envoyé les hommes sur la Lune. Quand elle a décollé, j'étais aux anges; j'avais le coeur qui battait, j'étais excité ! On est assez loin, mais quand le son arrive, c'est magnifique ! Tout le monde criait. Et puis il y a eu la partie avec les boosters (NdlR : fusées d'appoint, dont deux ont à nouveau atterri 8 minutes après le décollage). Ces deux trucs blancs qui tombent du ciel, avec les flammes... On se dit que ça va se crasher ! C'est de la science-fiction! (...) Du jamais vu !"


Tom explique qu'il n'en revient toujours pas... "Je suis toujours dans cette "hype". J'ai dit à mes amis :'si ça, ça ne donne pas envie de dessiner des fusées'... C'est tellement inspirant..." 
 
Pour l'ingénieur belge, cet événement parle particulièrement à la nouvelle génération américaine de "nerds" (geeks). "C'est un peu 'les geeks prennent le pouvoir'", s'amuse-t-il évoquant les différents allusions culturelles placées par Elon Musk dans la Tesla (Spaceman, Don't panic...) - d'ailleurs la sienne- envoyée en orbite. "Ces images de cette voiture dans l'espace, devant la Terre, c'est vraiment fabuleux. Elles resteront gravées dans la mémoire de cette génération ! Je pourrai dire que j'étais là quand un mec a envoyé sa bagnole dans l'espace!"

Mais en tant qu'ingénieur - et pas seulement geek - Thomas Lambot estime aussi que ce test réussi marque une étape important de l'exploration spatiale : "ça ouvre de nouvelles portes. on va pouvoir envoyer dans l'espace de très grosses masses en orbite. La fusée est aussi la plus puissante (actuellement). Il faut savoir que quand on dessine un satellite, on est limité par la puissance de la fusée. On pourra aussi amener des choses vers Mars, des astéroïdes, le vide interplanétaire... En dehors de l'orbite terrestre, jusqu'ici, c'était des agences spatiales comme la Nasa qui étaient capables de le faire... En outre, comme les fusées sont réutilisables, ce sera aussi moins cher." Avec cela, pour Thomas, on évolue vers un monde où le lancement de fusées ne sera plus une chose extraordinaire "que tout le monde vient voir", mais une opération comparable au décollage d'un avion. "Voler avec une fusée, ce sera voler comme avec un avion. On refera le plein et puis on pourra repartir. On sera alors un peuple qui est vraiment lié au spatial."

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En ce début de journée de mercredi aux Etats-Unis, l’enthousiasme dans la population perdurait : "on ne parle que de ça. Sur mon fil Facebook, c'est le sujet principal. Il y a cette idée d'un peuple uni pour lancer des choses. Même mon chauffeur Uber était au courant des détails du lancement ! Ca fait vraiment partie de la pop culture, ici", conclut Thomas.