Un réchauffement climatique peu perceptible en Belgique

L. Be. Publié le - Mis à jour le

Planète Le temps maussade des mois de mai et juin a de quoi alimenter les discussions des climatosceptiques, d'autant plus que nos hivers passés ont été assez rigoureux. Il ne se passe pas une semaine sans que l'on entende parler du réchauffement climatique. Les températures estivales ont pourtant eu du mal à s'installer dans notre plat pays. Que penser ? "Ce qui se passe en Belgique n'est pas l'image de ce qui se passe à l’échelle globale de la Terre", assure Marc Vandiepenbeeck, climatologue à l'Institut Royal de Météorologie de Belgique.

La réponse se trouve dans les autres termes utilisés pour nommer ce phénomène: "réchauffement planétaire" ou encore "réchauffement globale". "Quand on parle de climat, il s'agit d'un ensemble de conditions que l'on connait non seulement en Belgique mais sur le reste de la Terre sur une longue période (10, 20, voire 30 ans). En regardant le temps qu'il fait à un endroit et à un moment donné, on parle de temps météo" explique-t-il.

La Belgique, une "tête d'épingle"

"Décembre 2010 avait été relativement froid en Belgique et même en Europe de l'est. Pourtant, c'était un des mois les plus chauds à l'échelle globale de la Terre", précise Marc Vandiepenbeeck. La Belgique n'est en effet qu'une "tête d'épingle" par rapport à la Terre dans son entièreté (océan et continent). "De la même manière, un jour particulièrement chaud n'est pas le signe du réchauffement climatique. Quand il faisait plus frais aux 19ème et 20ème siècle, on avait aussi des 30-35°C sans pour autant que la marque du réchauffement climatique soit déjà visible", assure le scientifique.

Des changements perceptibles à l'échelle continentale

"Jusqu'à récemment, les études étaient globales, c'est-à-dire que l'on percevait un réchauffement climatique à l'échelle du monde. Depuis quelques années, on a pu mettre en évidence que le réchauffement climatique est déjà perceptible à l'échelle continentale. Nous faisons pour cela ce que nous appelons une détection de l'impact des changements climatiques", relate Hugues Goosse, climatologue à l'UCL.

"Ce n'est pas un système où tout va dans la même direction" assure-t-il. "Admettons que l'on s'intéresse aux faillites en Belgique et qu'on se demande si celles-ci ont augmenté sur le dernier mois. Si la seule chose que l'on fait est de regarder par la fenêtre et de constater que le zoning de Louvain-La-Neuve se porte bien parce qu'ils construisent, on ne peut pas dire, pour autant, qu'il n'y a pas de crise. Il faut regarder sur toute la Belgique. Pour le climat c'est la même chose sauf qu'il faut regarder à une échelle beaucoup plus grande".

"Éviter toute généralisation"

En février dernier, le climatologue allemand Stefan Rahmstorf, de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Postdam, établissait un lien entre la vague de froid connue en Europe il y a quelques mois et le réchauffement climatique. Au quotidien The Independant, il expliquait: "les zones sans glace de l’océan Arctique réchauffent l’air, créant un système de haute pression près de la mer de Barents, qui dirige les vents polaires froids vers l’Europe".

"Pour certains évènements on peut effectivement avoir des changements de circulation qui localement peuvent compenser la tendance au réchauffement global. Mais cela reste dans l'hypothèse où on regarde les changements sur le long terme" rappelle Hugues Goosse. Mais "il faut éviter toute généralisation à partir d'un seul évènement. On ne s'attend pas à ce que les étés soient plus humides et plus froids en réponse à un changement climatique."

Le réchauffement climatique n'est pas perceptible si on ne s'intéresse qu'à ce qui se passe à notre fenêtre et le climatologue consent que "la perception du réchauffement est difficile". A ceux qui doutent, au public qui s'y perd entre météo et le danger dont on nous parle, le scientifique explique qu'il faut s'intéresser au monde dans son entièreté.

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