Un traité mondial pour les cétacés ?

G.T. Publié le - Mis à jour le

Planète

La 64e session de la Commission baleinière internationale (CBI) s’est clôturée ce vendredi sur un bilan mitigé. Sur le plan formel, l’objectif de redonner du crédit à cette institution est sans doute partiellement atteint (lire "La Libre" du 3 juillet). Sur le fond, les propositions qui auraient permis de renforcer, fût-ce symboliquement, le niveau de protection des cétacés n’ont pas abouti. " Tout dépend de la manière dont on envisage les choses , nuance Frédéric Chemay, le commissaire belge auprès de la Commission. Sur le plan du fonctionnement, la présidence suisse a bien mené les débats. Même si les tentatives de décisions au consensus n’ont pas abouti, il n’y a pas eu d’obstruction et personne n’a quitté la salle comme cela a pu être le cas dans le passé. L’atmosphère était constructive. Au niveau de la relance du processus, le bilan est donc positif."

Ce qui n’a cependant pas empêché que de chauds débats opposent les pays favorables à la chasse à la baleine à ceux qui y sont opposés. Soutenue par la Belgique, la proposition de création d’un nouveau sanctuaire baleinier dans le sud de l’Atlantique à une nouvelle fois été recalée. " La portée d’une telle décision aurait surtout été symbolique car c’est un peu comme les sites du patrimoine mondial de l’humanité, cela n’aboutit pas vraiment à un régime de protection concret. La question reviendra de toute façon sûrement sur le tapis lors des prochaines réunions. Pour les deux sanctuaires existants dans l’océan Austral et l’océan Indien, cela avait mis quelques années à aboutir, après plusieurs votes négatifs."

Par ailleurs, poursuit notre interlocuteur, lors des débats sur l’état des stocks, les délégués de plusieurs pays ont rappelé qu’aux yeux des scientifiques, seul le moratoire sur la chasse, en vigueur depuis 1986, avait permis à certaines espèces de baleines de reconstituer progressivement leur population. "Il n’est donc pas question d’y toucher tant que les stocks de cétacés ne sont pas suffisamment reconstitués. Ce qui est loin d’être le cas en l’état."

Dans ce contexte, l’annonce de la Corée du Sud de sa décision de reprendre la chasse à la baleine pour des motifs de recherche scientifique a suscité une levée de boucliers lors de la réunion. Dénonçant un fallacieux prétexte déjà utilisé par le Japon pour maquiller une chasse à but commercial, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont fermement appelé Séoul à revenir sur son projet. "Dans les faits, la Corée du Sud est déjà en infraction , observe M. Chemay. V ingt et une captures ont été constatées par la CBI, mais celle-ci n’a pas de pouvoir de sanction. Cette manœuvre de la Corée visait donc essentiellement à légaliser cette pratique de chasse illégale, mais on n’a pas voulu leur accorder ce sceau de respectabilité. S’ils continuent, ce sera donc en toute illégalité."

Les tensions se sont également cristallisées autour d’un autre sujet Au sein des pays de l’Union européenne, cette fois. La Commission baleinière devait en effet examiner les demandes de renouvellement des quotas accordés pour la chasse de subsistance pratiquée par certaines populations aborigènes en Russie, aux Etats-Unis, au Danemark (Groenland) et à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Si tous ces quotas ont été reconduits, la demande du Danemark s’est, de son côté, heurtée à une fin de non-recevoir en raison de l’opposition de ses partenaires européens. Malgré les propositions de compromis avancées, ce pays souhaitait envers et contre tout obtenir une augmentation de 100 tonnes supplémentaires. Résultat des courses : les autres membres de l’UE ont voté contre et le Groenland a tout perdu. Il ne dispose plus d’aucun quota aborigène pour les six prochaines années Cette décision a fortement fâché les représentants danois qui pourraient envisager de reconsidérer leur participation à la CBI.

Enfin, les délégués présents à Panama ont également débattu d’une proposition soumise par Monaco. Partant du constat que ni le moratoire ni les sanctuaires ne sont respectés par les pays pro-chasse, la Principauté souhaite porter devant les Nations unies l’idée de créer un régime juridique mondial de protection des cétacés en haute mer dans le cadre de la Convention mondiale sur le droit de la mer. "Un tel traité permettrait aux baleines de bénéficier d’un statut international de protection légale le long des routes migratoires ainsi que dans les zones où elles se reproduisent et s’alimentent. Le moratoire sur la chasse est avant tout politique et pourrait être levé un jour. Avec un tel traité, on aurait une vraie couverture universelle dans le cadre du droit de la mer. Elle bénéficierait en outre aux petits cétacés comme les dauphins qui ne sont actuellement pas protégés dans le cadre de la CBI" , commente Frédéric Chemay. Sans surprise, ce projet a lui aussi échauffé les esprits et n’a abouti a aucune décision au Panama. Mais la proposition sera néanmoins déposée sur la table de l’Onu par Monaco lors de la prochaine AG programmée en septembre.

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