Planète

Le phénomène de dépressurisation survenu il y a quelques jours sur le module Soyouz amarré à la Station spatiale internationale est-il le résultat d'un événement accidentel ou d'un acte de malveillance ?

Les autorités russes ont semé le doute, ce mardi, en annonçant avoir ouvert une enquête pour déterminer si la petite fuite d'oxygène - qui a rapidement été repérée et colmatée par l'équipage - pourrait être due à un forage intentionnel dans une paroi du vaisseau spatial.

« Nous étudions la piste (d'un problème causé) sur Terre. Mais il y a aussi une autre piste que nous n'excluons pas: une interférence délibérée dans l'espace », a indiqué Dmitri Rogozine, le nouveau directeur de l'Agence spatiale russe Roskosmos, selon qui le trou identifié dans la carlingue du Soyouz MS-09 semble avoir été réalisé par une « main hésitante» après « plusieurs tentatives ».

« De quoi s'agit-il: d'un défaut de fabrication ou d'un acte prémédité? », a affirmé M. Rogozine, cité par l'agence publique Ria Novosti, laissant donc entendre qu'il pourrait s'agir d'un acte de sabotage.

De curieuses « griffures »

Jusqu'à présent, l'équipage et les ingénieurs pensaient que la fissure de 2 mm - découverte sur une cloison protégée par un tissu - trouvait son origine dans un impact de micro-météorite comme en essuie régulièrement la station. Mais cette piste semble aujourd'hui exclue, affirme Dmitri Rogozine, s'appuyant sur des images qui montrent un petit trou entouré de quelques griffes qui pourraient être liées à l'utilisation d'une mèche de perceuse.

La fissure, située sur une partie du vaisseau Soyouz qui ne sera pas utilisée pour le retour sur Terre, a été colmatée avec du ruban thermorésistant dans un premier temps. Une réparation de fortune ensuite peaufinée à l'aide d'une résine.

Les autorités russes ont mis sur pied une commission d'enquête pour identifier les responsables, tandis que tous les vaisseaux Soyouz et Progress feront l'objet d'une vérification, selon une source au sein du secteur spatial russe cité par Ria Novosti.

Une malfaçon mal dissimulée 

Selon Maxime Souraïev, un ancien cosmonaute aujourd'hui député lié au parti de Vladimir Poutine, ce trou pourrait être l'œuvre d'un membre de l'équipage de l'ISS sujet au mal de l'espace et désireux de provoquer un retour sur Terre plus rapide. Une hypothèse que balaie de son côté Alexander Zheleznyakov, un ancien ingénieur de l'industrie spatiale pour qui réaliser ce forage dans cette partie du vaisseau où la gravité est inexistante est pratiquement impossible.

Le scénario le plus crédible, selon l'agence publique russe TASS qui se réfère à une source anonyme de la société Energia, chargée de la construction des vaisseaux Soyouz et Progress, est que la cloison aurait pu être endommagée lors de tests réalisés au cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan. « Quelqu'un a pu faire une erreur et prendre peur avant de masquer la fissure » avec un produit qui a ensuite « séché et s'est désintégré » une fois dans l'espace.

Depuis la mise à la retraite de la navette spatiale américaine et en attendant que les nouveaux vaisseaux « habités » développés par les firmes SpaceX et Boeing soient au point, les Soyouz russes sont actuellement les seuls à pouvoir acheminer et rapatrier les équipages vers la Station spatiale internationale.

Mais dans le même temps, le secteur spatial russe a perdu beaucoup de son prestige. Il est ainsi sous pression suite à une série d'échecs retentissants et de dysfonctionnements survenus ces dernières années. Une situation que Dmitri Rogozine, ancien vice-premier ministre à la Défense et à l'Espace connu pour ses positions nationalistes, a reçu pour mission de corriger.