Planète Les gestionnaires de la ferme de l'Arbre, à Lantin (commune de Juprelle, en province de Liège), sont inquiets. Ces voisins immédiats de la prison sont en effet menacés par un projet d'extension de l'établissement pénitentiaire. Un projet qu'ils ne contestent pas du tout, étant bien conscients de ses problèmes de vétusté et de surpopulation. Mais ils ne comprennent pas que l'Etat fédéral n'ait pas envisagé des alternatives.

"Sur les 44 hectares de terres dont nous disposons, ce sont 15 à 20 % qui sont concernés par le projet d'extension et plus particulièrement la houblonnière, en cours d'installation, et le verger hautes tiges qui a été planté récemment", explique Michel Pâque, l'un des gérants de la ferme.

La ferme de la famille Pâque est l'une des premières du pays à avoir basculé vers le bio. Depuis, elle n'a cessé de diversifier ses activités : maraîchage, élevage, poules pondeuses, ouverture d'une supérette avec un atelier boucherie pour vendre les produits de la ferme, d'un restaurant, d'une brasserie. Elle emploie directement 40 personnes, sans compter les emplois indirects. "C'est un projet d'entreprise durable, tout à fait dans la lignée de ce que soutiennent les autorités : bio et circuit court", souligne Michel Pâque.

De 6 à 8,5 hectares de terres agricoles de la ferme de l'Arbre pourraient donc être bétonnés. Ce phénomène est répandu en Wallonie puisqu'on y a perdu plus de 40 000 hectares de terres, de 1985 à 2004, au profit de construction de routes, habitats, d'extension de zonings... "Il est absurde de toucher aux terres agricoles à l'heure où il existe dans l'arrondissement de Liège plus de 600 hectares de friches industrielles à reconvertir. C’est d’autant plus absurde que ces terres, au-delà du fait qu’elles sont cultivées en bio depuis plus de 25 ans, constituent la première ceinture alimentaire de Liège, un emplacement privilégié grâce auquel on permet aux citadins de venir chercher des aliments de qualité et de proximité et de se reconnecter à la réalité agricole", indiquent les propriétaires de la ferme.

Ils proposent une alternative au projet d'extension de la prison, tel qu'il figure dans le masterplan. "Il est envisageable de phaser le masterplan de façon raisonnée, en commençant par accroître la capacité de l'établissement de défense sociale de Paifve (qui se trouve aussi sur la commune de Juprelle, NdlR) et de la prison de Verviers, ce qui est d'ailleurs prévu. On pourrait ensuite délocaliser les détenus vers ces deux prisons pour enfin démolir ce qui est obsolète à Lantin : les tours et bâtiments désaffectés. Cela permettrait de reconstruire Lantin in situ et de rapatrier des détenus une fois les travaux finis. Lantin serait alors une prison modernisée comme souhaité mais sans impact négatif sur le voisinage."

"L'Etat fédéral ne nous a pas informés du projet d'extension de Lantin. C'est la commune qui, dans une démarche volontaire, l'a fait il y a deux mois"
, signale Michel Pâque. "Le conseil communal s'est récemment prononcé et à l'unanimité contre le projet. Il a décidé de rendre un avis défavorable."
 
Les gérants de la ferme ne savent pas de quoi demain sera fait : possibilité de recours ou expropriation directe . "Nous croyons savoir que le démarrage des travaux est prévu pour 2020 et la fin en 2022. D'ici là, nous serons dans une opposition constructive, appelant les autorités fédérales à envisager les conséquences et les alternatives", conclut Michel Pâque.