Planète

Le patron de l'entreprise spatiale Space X, Elon Musk, a annoncé cette semaine qu'il projetait d'envoyer des touristes autour de la Lune à partir de fin 2018. A quoi ressemblerait un tel voyage ? 


Depuis l’orbite de la Lune, à environ 380 000 km de la Terre, notre planète apparaît aux passagers de la navette SpaceX un peu comme une simple orange qu’on pourrait tenir dans la paume de la main. Une Terre perdue dans l’espace, petite et aussi fragile. Et puis, la navette entreprend son passage en orbite. Les touristes assistent à un coucher de terre, avant la découverte de la face cachée d’un autre corps céleste. "En l’absence d’atmosphère, ils peuvent voler très proche de la surface de la Lune, explique Guerric de Crombrugghe, expert de l’industrie aérospatiale. Une vision de près, donc. Alors que déjà aux télescopes, ces cratères lunaires constituent un monde fascinant…

Une photo de la Terre, prise par l'équipe de la mission lunaire Apollo 17.


Paysages exclusifs

"Ce sont des paysages qu’ont pu voir seulement une poignée d’êtres humains. A peine vingt-quatre astronautes ont volé vers la Lune, et seulement douze ont marché à sa surface. A ce moment, les communications radio ne passent plus, les astronautes sont complètement coupés du reste de l’humanité. Enfin, à l’horizon, pointe à nouveau la Terre…", poursuit Guerric de Crombrugghe.

Hélas, il n’y a pas que ces visions féeriques. Au décollage et à l’atterrissage, le voyageur doit affronter des accélérations et des décélérations de deux à trois fois son poids, et subir les nausées du mal de l’espace. Cela nécessite donc une bonne condition physique. Et il y a de nombreux risques pour ce voyage : "Ça reste une mission à haut risque, dès qu’on s’éloigne loin de la Terre", note l’astrophysicien Gregor Rauw.

"Personne d’Hollywood"

Les voyageurs risquent d’affronter des tempêtes de particules chargées, en cas d’éruption solaire, et donc des risques d’irradiation. "Mais le pire que l’on puisse imaginer, c’est un incident technique de type Apollo XIII, où le véhicule a une panne. Dans le cas présent, vous envoyez des personnes qui ne sont ni des techniciens, ni des pilotes. Comment on va faire pour les ramener, dans ce cas-là ?"

On sait déjà que ces richissimes aventuriers sont deux. Ils ont versé un acompte, probablement substantiel, au patron de SpaceX, Elon Musk, en espérant se lancer dans ce voyage extraordinaire. Mais quelle est leur identité ? "Personne d’Hollywood", a répondu Musk.

S’ils sont conscients des risques, et qu’ils sont prêts à les assumer, ces touristes en direction de la Lune engagent tout de même la responsabilité des Etats-Unis, rappelle Jacques Arnould, chargé de mission pour les questions éthiques du Centre national d’études spatiales. "Imaginez, si leur lanceur s’écrase dans une contrée habitée de la Terre, il est sous la responsabilité de qui ? De SpaceX, et aussi, selon le droit de l’espace, de l’Etat dit de lancement, en l’occurrence ce seraient les Etats-Unis."



Après 45 ans de désert, la Lune redevient tendance

La dernière fois où l'homme s'est rendu sur la Lune, c'était fin 1972. S'il n'y a plus été depuis, c'est pour une raison simple : mis à part la dimension géopolitiqueprimordiale lors des missions Apollo, s'y rendre n'a pas tellement grand intérêt en soi. "Retourner sur la Lune, c'était trop cher, et les bénéfices ne justifiaient pas le coût", souligne Guerric de Crombrugghe, expert de l'industrie aérospatiale. Mais désormais, la Lune a fini sa traversée du désert car les projets publics et privé pour y aller se multiplient (Nasa avec Orion, la start-up néo-zélandaise Rocket Lab, le Moon Village de l'agence spatiale européenne...). "La Lune sert de test grandeur nature pour préparer d'autres missions plus ambitieuses, pour Mars ou les astéroïdes", indique Gregor Rauw, spécialiste de l'exploration spatiale.Space X elle-même a d'ailleurs déclaré que ce tourisme lunaire aidait l'entreprise à préparer son grand projet, le voyage habité vers Mars.

Le Moon Village, une base lunaire permanente et "multi-dômes", qui serait construite à l'aide de l'impression 3D. Un projet imaginé par le patron de l'Agence spatiale européenne et pour lequel il explique avoir reçu de l'intérêt à travers le monde.