Planète Liège, ce soir, deviendra pour quelques heures la capitale de la science. Le studio Média Rives de la RTBF accueille en effet la finale internationale francophone de "Ma thèse en 180 secondes", le concours destiné aux doctorants de 15 pays différents. Objectif : en trois minutes top chrono, décrire au grand public le contenu de leur thèse, de façon accessible. 
 
Trois minutes, mais le résultat de mois et de mois de travail. Pour travailler sur le contenu de la thèse elle-même évidemment, mais aussi pour polir leurs dons d'éloquence, au fil des sélections universitaire, nationale, et à présent internationale. Et ce jusqu'à la dernère minute. Nous avons assisté à leur ultime répétition, dans les lieux mêmes de la finale : le plus grand studio télé de la Communauté française.



Entrée VIP
 Après les petits selfies au soleil, sur l'esplanade aménagée devant le centre commercial MédiaCité et la façade vitrée du bâtiment de la RTBF, c'est l'entrée VIP que doit d'abord emprunter le groupe d'une vingtaine de jeunes doctorants, garçons - et surtout - filles. Mais lorsqu'ils poussent la porte et débouchent sur la grande pièce sombre et carrée de 1200 m2 du Studio 40, certains n'ont plus envie de rire : "oh, là, là, je veux rentrer chez moi", glisse Ama Léthicia Manizan, qui vient de Côte d'Ivoire et est doctorante en biologie. Il faut dire que les chaises alignées au parterre et les places libres au balcon donnent une idée du public qui sera présent ce soir : 650 personnes. "Ca crée du stress",admet sa voisine, la chimiste Marielle Agbahoungbata, qui vient elle du Bénin. "Allez, savourez, quelle chance d'être là !", lance Dolorès Amoussouga, de l'agence universitaire francophone, qui a financé le voyage des candidats d'Afrique, du Maghreb et  du Moyen-Orient - "7 candidates en fait, que des filles !".



 "Mettre le public dans un ring"
Au premier briefing , les questions fusent : y aura-t-il un prompteur avec le décompte du temps ? Le candidat peut-il donner le top départ ? Et les notes finales, les connaîtra-t-on ? "N'hésitez pas à poser toutes les questions que vous souhaitez, c'est une répétition libre. Le but de ce moment, c'est de vous mettre à l'aise avec les lieux, rassure Evelyne Favart, de l'Université de Liège, qui accueille cette finale dans le cadre de son bicentenaire.

Luc, le régisseur, saute sur le podium, sous les projecteurs, et saisit le micro, pour décrire le chemin que devront parcourir les candidats à leur entrée et à leur sortie de scène. "Et là, j'ai mis une croix sur le sol. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas bouger, hein!". Allez, premier essai micro. "Headset" ou micro en main ? C'est que pour bien s'exprimer, il faut parfois agiter les bras... Mais le micro, lui ne doit pas bouger !



 Arthur Michaut fait son entrée sous les lumières. Juste quelques mots d'abord, pour s'acclimater... Luc donne ses conseils : "Ouvre ta voix, ouvre ton cou ! Ouvre le volume, comme ça, on a un peu de pêche ! Il y a des gens devant toi, il y en aura aussi en haut ! Il faut que tu leur parles, que tu t'adresses à eux. Que tu mettes les gens dans un ring : c'est ça le truc!"
 "C'est impressionant, d'être sur cette scène, confie juste après le jeune doctorant en biomécanique ("mais qui passe son temps à casser des oeufs pour trouver des embryons de poulet", comme il décrit sa thèse). Et quand on est là, on oublie tous ces petits trucs, comme regarder les gens... Mais bon, je pense que jeudi soir, la tension va monter, et il faudra bien se jeter à l'eau..."



Question : à quoi ça sert ?
Marielle et Ama, elles, attendent leur tour, assise sur les sièges que le public occupera dans quelques heures : "au Bénin, je me suis préparée avec des spécialistes, des communicateurs. Leur conseil, c'est de rester nous-même, de trouver une façon de délivrer le message qui nous est propre", dit Marielle. "Le plus difficile, ce n'est pas forcément de savoir comment se comporter physiquement sur scène. Même en ne bougeant pas, vous pouvez capter l'attention du public... Ce qu'il faut, c'est lui montrer l'intérêt que ça a, de travailler sur ce sujet ! Dire : à quoi ça sert ? Pour ça, il faut déjà être convaincu soi-même ! Il faut aussi arriver à sortir un petit peu de son sujet, et pouvoir l'expliquer. Parce que pour nous, il nous paraît évident et simple, mais pas pour les autres", continue Ama Lethicia.



Le Bon Roi Dagobert
Pour capter l'intérêt du public, rien ne vaut en tous cas une bonne "accroche", un bon début. Mention spéciale à la Suisse Sarah Olivier, qui débute son speech en chantant a capella "Le bon Roi Dagobert a mis sa culotte à l'envers". Surprenant, mais incontournable, quand on comprend ensuite que sa thèse a trait à la période mérovingienne... La hantise de bien des candidats est aussi ne pas terminer l'exposé en 180 secondes précises, ce qui pénalise le participant. Alexis Darras, physicien et candidat belge de l'Université de Liège, s'est trouvé un "truc" : " pour la dernière phrase, j'ai préparé une 'phrase à tiroir', dont je peux enlever des bouts ou pas selon que je suis en retard ou en avance sur le chrono. Mais pour le savoir, il faut que je regarde ce chrono. Mais pas trop, puisque je dois en fait regarder le public !".

Pas de souci pour l'autre candidat belge, Thomas Abbate, de l'Université de Mons. Il vient de descendre de scène, en bouclant son exposé-test en pile 3 minutes. Et tranquille. Ce géant barbu s'amuse visiblement à comparer son travail de mathématicien... à la culture du vin. " J'adore transmettre, explique-t-il ensuite. J'aime bien être devant les gens. C'est un stress, mais c'est un bon stress. Et transmettre au public, c'est super important. Il y a tellement de gens qui sont éloignés des sciences, des maths... Ils pensent qu'ils ne sont pas forcément concernés par ces choses. Je veux aussi montrer que tout le monde est capable de comprendre. En fait, il faut prendre le sujet bout par bout, en utilisant des éléments qui intéressent les gens. C'est qu'on essaye de faire ici!" Et la victoire ? La viser, "ça fait partie du jeu, mais je suis déjà super heureux d'être arrivé ici. Gagner, ce serait la satisfaction d'avoir réussi à transmettre un message clair." Davantage donc "une satisfaction personnelle" qu'une ligne à mettre dans le CV. 



Plus d'assurance ou de capacité à convaincre

Thomas Abbate ne pense pas non plus aux éventuelles "applications" futures qu'un tel concours pourrait avoir dans sa vie professionelle. Les anciens et les accompagnants mettent pourtant en avant une l'acquisition d'une meilleure assurance en public, des capacités accrues à défendre un projet de recherche dans un milieu concurrentiel au niveau financement - en Belgique, 4 projets de doctorat sur 5 sont rejetés par le FNRS faute de moyens financiers. Le concours serait même, comme l'ancienne lauréate française Marie-Charlotte Morain le pense, une façon d'aider "les chercheurs qui ont besoin de communiquer pour aller chercher des fonds auprès du grand public. De nos jours très peu d'argent provient du ministère, les pourcentages des projets financés sont de plus en plus faibles".

De son côté la doctorante en chimie (qui travaille sur les eaux usées et la valorisation des déchets dans l'industrie textile) Jihane Mouldar, du Maroc, se montre elle aussi pragmatique : Et si la victoire lui apportait une possibilité de post-doctorat ?
Réponse ce soir en direct à partir de 18 heurs sur les réseaux sociaux Youtube et Facebook. Fin du supense avant 21 heures 30.

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