Vous verrez du carbone partout

Agathe Mahuet Publié le - Mis à jour le

Planète

Vingt ans après son introduction en Europe, l’étiquette énergie est aujourd’hui reconnue comme un succès. Du vert au rouge, de "A" à "G", les paliers colorés indiquent avec clarté au consommateur les performances énergétiques du sèche-linge ou du jeu d’ampoules récemment acquis. Pourtant, cet indicateur n’évalue l’appétit en énergie du produit que pendant son utilisation ; pour connaître l’impact environnemental de sa fabrication, son emballage ou son transport, il faut aller plus loin. C’est le principe de l’empreinte carbone, que la Commission européenne s’attache actuellement à normaliser au sein de l’UE. Une proposition en ce sens est attendue d’ici à la fin de l’année.

Selon Michael Ooms, directeur d’Intertek-RDC et expert pour l’Ademe (l’Agence française de l’environnement) et l’ISO (l’Organisme international de normalisation), c’est une nouvelle "extrêmement positive", car la méthode de calcul employée pour obtenir cette empreinte carbone, l’analyse du cycle de vie (ACV), "change tout".

Elle évalue la quantité totale de gaz à effet de serre émise lors de la fabrication des composants et l’assemblage d’un produit, puis pendant son transport, son utilisation et même son élimination. Pour un ordinateur, par exemple, cette empreinte carbone totale est estimée à quelque 1015 kg équivalent CO2, alors que sa seule utilisation, elle, ne pèserait pas plus de 15 kg eq. CO2 (1).

Pourtant, pour la Commission européenne, le système actuel de calcul de l’empreinte carbone butte sur un double problème de transparence et d’intelligibilité.

D’abord, la "flexibilité" des normes de calcul de l’ACV ne garantit pas la fiabilité des résultats de performance carbone annoncés par les entreprises, reconnaît Joe Hennon, le porte-parole du Commissariat à l’Environnement.

Une faiblesse qui n’affole en rien l’expert en ACV, Michael Ooms. Selon lui, "il suffit de compléter le système existant par des règles de catégorie de produit (PCR en anglais, NdlR)" pour obtenir des résultats comparables et plus précis. En clair, pour que l’empreinte carbone d’une pomme soit fiable, il faut qu’elle ait été calculée à partir de règles spécifiques à la culture, l’emballage et le transport des pommes - et non en fonction de critères applicables à un steak haché.

La France - qui fait figure de pionnière - planche sur ce système de PCR depuis deux ans et devrait le rendre obligatoire prochainement. Début 2013, une nouvelle norme Iso (donc internationale) dédiée au carbone encouragera également l’usage de ce mode de calcul par produit au sein de l’industrie. C’est aussi la direction prise par l’UE qui, selon Joe Hennon, "commencera à appliquer ce procédé courant 2013".

En plus de l’étiquette énergétique déjà en vigueur, le citoyen européen pourrait donc voir apparaître rapidement sur les produits qu’il achète une nouvelle indication sur le carbone dégagé tout au long de leur vie. Deux systèmes d’étiquetage "complémentaires", selon Michael Ooms. Pourtant, à l’approche de l’entrée en vigueur d’une étiquette carbone chargée en informations, les associations de défense de l’environnement critiquent un manque de clarté pour le consommateur. Le défi pour le Commissariat à l’Environnement sera donc celui de la communication : "Nous travaillons pour trouver un juste équilibre entre le système complexe de calcul de l’empreinte carbone et la transmission d’un message clair au citoyen", assure M. Hennon. Le résultat devrait être proche du système de classement coloré et allant de A à G, utilisé pour l’étiquetage énergétique.

(1) Chiffres de l’Institut de recherche allemand BIFA.

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