Planète Prêts pour 40 jours sans manger ni viande ni poisson ? Ou en réduire sensiblement la consommation ? C’est le défi lancé par la campagne "Jours sans viande" pour sensibiliser à l’impact sur l’environnement.

Mardi, ils étaient 122 460 à s’être inscrits à la Tournée minérale, une initiative de la Fondation contre le cancer pour sensibiliser à la consommation d’alcool et inviter le public à ne pas en siroter la moindre goutte pendant le mois de février.

Combien seront-ils à relever le défi que leur lance à présent la campagne "Jours sans viande", qui est lancée pour la première fois cette année en Wallonie et à Bruxelles ?

Si en Flandre, où elle en est à sa 6e édition, l’opération "Dagen zonder vlees" avait rassemblé, l’an dernier, plus de 90 000 participants, rien ne dit qu’au Sud du pays cette invitation à réduire voire à supprimer sa consommation de viande et de poisson pendant une période allant de 1 à 40 jours (le temps du carême) rencontrera d’emblée le même succès. De tous les Belges, les Wallons demeurent en effet les plus gros consommateurs de viande, devant les Flamands suivis des Bruxellois.

L’idée de cette campagne lancée en 2011 en Flandre n’est en réalité pas tant de convertir la population au régime végétarien, voire végétalien, que de sensibiliser à l’impact sur l’environnement de nos habitudes alimentaires en général, et de la consommation de viande et de poisson en particulier. Qu’il s’agisse des conséquences sur l’empreinte écologique à cause des effets de serre émis, mais aussi de la consommation d’eau et de terre nécessaire à la production (voir l’infographie).

Pour participer seul, en couple ou en groupe, il suffit de s’inscrire sur le site https ://jourssansviande.be/ et de remplir le calendrier précis de sa consommation, et ensuite suivre sa contribution écologique grâce à un compteur. Pour leur démarche, les participants pourront en outre recevoir les conseils d’une diététicienne et s’inspirer de quelques recettes de saison. Et encore, relever trois défis supplémentaires : gaspiller moins de nourriture, consommer davantage de légumes de saison et utiliser moins d’emballages.


Les agriculteurs pas vraiment ravis

Si l’organisation de protection de l’environnement Greenpeace n’a pas manqué de se réjouir de cette initiative, autant dire que la Fédération unie de Groupements d’Eleveurs et d’Agriculteurs (Fugea) n’a pas affiché le même enthousiasme. "On est surpris de l’image négative qui est donnée à la viande. A la Fugea, on défend un élevage de qualité où les animaux sont élevés en respect avec la nature et avec une traçabilité garantie. Ce type de campagne dénigre le travail des agriculteurs et éleveurs belges qui ne ménagent pourtant pas leurs efforts afin de produire une viande de qualité. Plutôt que d’inciter à manger moins de viande, il faudrait inciter à manger de la viande de qualité", a suggéré Gwenaëlle Martin de la Fugea. L’an dernier, du côté néerlandophone, l’organisation agricole Boerenbond s’était également offusquée de cette campagne, évoquant "un effet de mode reposant sur des chiffres faux et des affirmations biaisées".

Le végétarisme serait-il tabou en Wallonie ?

C’est que, entre le Nord et le Sud du pays, les comportements divergent sensiblement à ce sujet. Et cela notamment au niveau des politiques où, du côté francophone, le végétarisme semble demeurer quelque peu tabou. Ainsi, l’an dernier, l’ex-coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos, végétarienne, n’avait-elle pas souhaité s’étendre sur le sujet alors qu’elle avait été contactée par "La Libre". Contrairement à ses confrères néerlandophones nettement plus ouverts au végétarisme et plus diserts sur la question…

Côté consommateurs, entre 2005 et 2014, les Belges ont réduit chaque année leur consommation de viande de 0,9 kg en moyenne, soit une baisse de l’ordre de 12 %, d’après les bilans d’approvisionnement en viande de la Direction générale Statistique. De l’enquête sur le budget des ménages, il ressort que les Belges ont dépensé en moyenne 481 euros en 2014 pour la viande.


Quelles alternatives?

Dans les trente prochaines années, la planète connaîtra une crise alimentaire si les êtres humains ne modifient pas leur mode de consommation. La tendance au flexistarisme, qui consiste à manger très peu de viande, est en vogue. Quelles sont les alternatives à la viande ?

Légumes et céréales

L’équipe de "Jours sans viande" recommande de manger beaucoup de fruits et légumes mais aussi certains aliments contenants des protéines, du fer et de la vitamine B présents dans la viande. Pour les céréales : pain, pâtes, maïs, semoule, quinoa, millet, avoine, boulgour… Pour les légumes : petits pois, pois chiches, haricots, lentilles, soja…

Les substituts à la viande

Pour les omnivores qui ont des difficultés à se passer du goût et de la texture de la viande, de plus en plus de produits sont mis sur le marché. La palme revient au burger d’Impossible Foods qui tromperait les plus carnivores.

Pourquoi pas des insectes ?

L’organisation des Nations unies voit l’avenir de l’alimentation dans les insectes, riches en protéines, en vitamines et en minéraux. En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a délivré en 2013 une autorisation pour une dizaine d’insectes comestibles. Grillons, chenilles, criquets ou vers de farine peuvent atterrir dans les assiettes.


Un concours du meilleur boulet liégeois… végétarien

Tollé. La Ville de Liège en collaboration avec l’ASBL Végétik souhaite instaurer un label végétarien pour les restaurateurs liégeois. Afin de les inciter à participer à cette initiative, la Ville organise un concours du meilleur boulet végétarien le 13 mars. Un tollé pour de nombreux défenseurs de cette tradition gastronomique. "Notre vieille recette fait partie du patrimoine de Liège. On n’a pas à changer des choses pareilles. […] Vous allez à Toulouse, vous mangez du cassoulet, vous venez à Liège, vous mangez un boulet, vous allez à Ostende vous mangez des crevettes grises" , a déclaré à nos confrères de RTL Guillaume Stockis, patron de chez Lequet.


12%: une consommation en baisse en Belgique

De manière globale, la consommation moyenne de viande a baissé de 12 % entre 2005 et 2014 en Belgique, selon les bilans d’approvisionnement en viande de la Direction générale statistique. Les baisses relatives les moins importantes concernent les types de viande les plus consommés en Belgique, à savoir la viande porcine et la volaille. La consommation de porc est passée de 26,9 à 25,1 kg (-7 %) et celle de volaille de 16,3 à 15,9 kg (-2 %) entre 2005 et 2014.