Politique belge

La commission de l'Environnement du parlement de Wallonie s'est accordée lundi pour envoyer au Conseil d'État deux propositions de décret MR et cdH réclamant l'interdiction généralisée de l'abattage d'animaux sans étourdissement préalable. La section législation du Conseil d'État est appelée à rendre un avis dans les 30 jours sur ces textes de Christine Defraigne (MR) et Josy Arens (cdH), destinés à éviter la souffrance animale.

La question est sensible: la loi exige que chaque abattage soit précédé d'un étourdissement de l'animal, mais elle prévoit aussi une exception qui a trait aux méthodes particulières d'abattage prescrites par des rites religieux, sous condition que les opérations aient lieu dans un abattoir.

"D'après les renseignements fournis par les abattoirs en 2014, l'abattage selon les rites religieux en Wallonie concernait 6,35% des 190.495 abattages de bovins et 35,8% des 13.282 abattages d'ovins. Et le consommateur l'ignore vu l'absence de mention", fait observer M. Arens.

L'abattage rituel sans étourdissement relève davantage de la tradition que de l'obligation religieuse, souligne Mme Defraigne. Les deux députés - qui ont déposé leurs textes sans s'être concertés - rappellent aussi que d'autres pays européens appliquent déjà l'interdiction, tandis que des pays musulmans acceptent l'importation de viande abattue après étourdissement préalable.

Le sujet a déjà fait l'objet de concertations avec les communautés religieuses, pour tenter d'aboutir à un consensus sur une méthode d'abattage après étourdissement réversible.

En Flandre, le ministre Ben Weyts (N-VA) ne parvient pas à imposer au sein de son gouvernement l'idée d'une interdiction généralisée. Un médiateur a été désigné en la personne de Piet Vantemsche, ancien président de l'alliance agricole Boerenbond, et son rapport est attendu au premier semestre de cette année.

A Bruxelles, le tribunal de première instance soupçonne que l'interdiction sur les aires temporaires d'abattage contrevienne à la liberté de religion, un aspect déjà mis en avant par le Conseil d'État. Il a dès lors renvoyé la question à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), qui devrait se prononcer courant 2017.

Le parlement wallon, lui, pourrait prendre les devants. Le ministre en charge du Bien-Être animal, Carlo Di Antonio (cdH), avait d'ailleurs prévu d'intégrer l'interdiction dans son projet de Code du bien-être animal. Il ne voit pas d'un mauvais œil que les propositions des deux députés soient mises au vote avant cela.

Pierre-Yves Dermagne (PS) s'est dit d'accord sur le principe de l'interdiction, mais il en appelle aussi à assurer un maximum de sécurité juridique sur un sujet aussi sensible. Attendre la réponse de la CJUE lui semble raisonnable. Pour Ecolo, Hélène Ryckmans s'est montrée d'accord sur le principe, mais a elle a soulevé le risque du recours à l'abattage clandestin si des moyens suffisants (électronarcose) ne sont pas investis et a insisté sur la concertation.