Politique belge

Notre pays glisse-t-il dans l’antipolitisme le plus primaire, agressions physiques à la clé ? L’attaque mortelle dont a été victime Alfred Gadenne est bien évidemment exceptionnelle et ne permet pas de tirer de grandes conclusions. Mais, tout de même, un climat délétère semble s’être installé entre certains citoyens et leurs élus. La menace serait bien réelle. Etre un mandataire politique est un sacerdoce, mais aussi une réelle prise de risque.

"Le drame de Mouscron, ça ne m’étonne pas du tout, confie Willy Demeyer (PS), le bourgmestre de Liège. Le danger est réel. Il y a les fous, les faibles d’esprit… A Liège aussi, on signifie parfois le licenciement à des personnes. La situation est plus tendue pour la population de manière générale. Lorsque des gens ne reçoivent pas de la part des services publics ce à quoi ils pensaient avoir droit, ils se focalisent alors sur les responsables qu’ils connaissent et auxquels ils ont accès…"

Hells Angels, prostitution…

Le bourgmestre de la Cité ardente n’a jamais été confronté personnellement à la violence physique mais, en ce qui concerne les menaces, il en connaît un rayon. "Il y a tout un contexte lié aux dossiers du PS, même si on sent que cela s’estompe. Non, les vrais problèmes que je rencontre sont liés à l’exercice de mes responsabilités de police locale. J’ai été menacé, harcelé, moi et ma famille. J’ai eu des soucis, par exemple, avec les Hells Angels ou encore dans le cadre d’un dossier de prostitution. La lutte contre la radicalisation et le terrorisme me causent également quelques problèmes."

Autre son de cloche de la part de Raoul Hedebouw, la figure la plus connue du PTB. Lors de la fête du 1er mai dans le centre de Liège, il avait été attaqué à l’arme blanche par un assaillant qui estimait ne pas avoir été suffisamment aidé par les pouvoirs publics. Le jeune marxiste avait été légèrement blessé à la jambe.

Contrairement à Willy Demeyer, Raoul Hedebouw ne perçoit pas de tension plus importante qu’auparavant avec la population, malgré l’agression qu’il a subie. "Bon, je ne suis pas en politique depuis très longtemps, mais je n’ai pas été particulièrement frappé par une hostilité grandissante contre les politiciens, en rue ou sur les réseaux sociaux. Evidemment, le PTB est un parti d’opposition donc on est moins vite ciblé. Mais je pense que cette violence a toujours existé. Il y a vingt ans, les équipes de colleurs d’affiche lors des campagnes électorales se rentraient dedans. Mais ce qui fait peur, c’est, qu’aujourd’hui, il suffit d’une personne… et c’est le drame. La mort d’Alfred Gadenne me choque, car la Belgique a la réputation d’être un pays où, justement, il y a peu de violence contre le monde politique."

Insultes racistes

Parfois, ce n’est pas l’exercice d’un mandat particulier qui déchaîne les passions, les menaces, les injures. Le simple fait de donner son avis sur les réseaux sociaux ouvre parfois un boulevard haineux. Le député PS Ahmed Laaouej l’a vécu. Il critiquait des propos du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), à l’égard de la communauté musulmane et cela lui a valu des messages racistes. "Tais-toi et intègre-toi, le basané : tu fatigues les Belges et la Belgique ! Si t’es pas content, tu rentres chez toi au Maroc !" Ou encore : "Balaie devant ta porte de Marocain au lieu d’imposer tes vues chez nous. Merci." Interrogé par "La Libre", le député ne souhaitait pas s’étendre sur l’incident. "Je constate une recrudescence de messages de ce genre, relevait-il cependant. On sent que la société est sous tension."

Encore un exemple de matraquage antipolitique sur les réseaux sociaux, qui révèle le malaise de notre époque : tout récemment, le ministre wallon de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR), en s’exprimant sur Twitter, s’est attiré les foudres de nombreux internautes en tweetant : "La violence et la haine véhiculées par le Web et les réseaux sociaux à l’égard des politiques vont-elles poser question ? A réfléchir." Il ne pensait pas si bien dire…