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elections 2010

Elections: "On ne va pas niquer la loi de sortie"

Martin Buxant

Mis en ligne le 11/05/2010

Entretien

Olivier Deleuze effectue son "come-back" sur la scène politique belge à l’occasion des élections du 13 juin.

Jacky Morael, Olivier Deleuze, c’est le retour en force de la génération Arc-en-ciel chez les verts ?

Oh, il y aura aussi des jeunes sur nos listes, vous verrez

Vous êtes parti à l’Onu en 2003, vous revenez en politique belge. Pourquoi ?

Je ne peux pas résister Quand j’étais à l’Onu, au Kenya, et que je voyais que tout partait en vrille dans ce pays, je trépignais. C’est triste, c’est terrible, c’est impossible de ne pas passer à l’action.

La politique belge vous manquait trop ?

A l’Onu, j’ai la sécurité de l’emploi infinie, sans le souci de gagner ou non des élections. Mais voilà : le monde bouge et mon pays reste à quai. Obama mise sur les emplois verts, l’Union européenne est à la traîne, l’homme le plus influent de l’année c’est le Brésilien Lula, le monde bouge et, malheureusement, mon pays ne parvient pas à se mettre d’accord sur BHV. Pendant qu’on traînasse sur BHV, le TGV du monde continue d’avancer. On a l’impression que c’est un aveu d’impuissance par rapport au mouvement. La classe politique se bagarre sur cette pacotille. Et nos gamins, si ça continue, ils vont payer la note. Je n’ai pas besoin de revenir en politique belge, j’en ai envie.

Qu’est-ce qui a changé en sept ans chez Ecolo ?

La majorité des gens, je ne les connais plus. Et heureusement : cela veut dire qu’il y a un renouvellement. Il y a un tas de députés bruxellois que je ne connais pas. Et c’est génial. Secundo, quand il y a des débats ou des trucs pénibles à décider : José ou Jacky pour le Sénat ? Le bateau vert ne tangue plus. Avant, ce genre de décision

… risquait de renverser le bateau ?

Oui.

Donc, Ecolo est devenu un parti traditionnel ?

Le fonctionnement est devenu plus traditionnel. Mais pas sur tous les points. J’ai constaté qu’il fallait toujours rétrocéder 40 % de ses revenus au parti, etc. En matière de pratiques politiques, on est toujours contre les cumuls, etc. Traditionnel ? Non.

Votre départ a coïncidé avec l’avènement de Jean-Michel Javaux. Quelle lecture faites-vous de son action ?

Je ne vais pas faire le frotte-manche, je ne lui dois rien. Mais je pense qu’il est pour beaucoup dans le fait que le bateau ne tangue plus quand Ecolo doit prendre des décisions. Il est pour beaucoup dans la maturité du parti.

Vous êtes tête de liste pour Bruxelles-Hal-Vilvorde. Si vous êtes élu, vous siégerez ?

Evidemment.

On n’a toujours pas résolu la scission de l’arrondissement. A qui la faute ?

La faute aux incendiaires et aux rois du court terme.

C’est qui ça, “les incendiaires” : le FDF, la N-VA ?

Les incendiaires, des deux côtés, sont responsables de la crise. Et Ecolo a participé depuis l’opposition aux négociations. J’ai trouvé ça bien et courageux. On travaille avec Groen!, c’est clair qu’il y a des différences entre nous, mais on se parle au moins

Ecolo et le PS n’ont quasi pas d’élu dans la périphérie bruxelloise, c’est donc moins sensible pour eux comme sujet…

C’est vrai. Mais s’il y a un chaos institutionnel, on sera tous perdant, qu’on habite à Arlon, Wemmel ou Ostende. Si la crédibilité internationale de la Belgique se dégrade, on sera tous perdants.

Etes-vous un homme de gauche ?

Oui. Mais je n’aime pas les étiquettes, je n’ai aucun respect pour cela. Mes trois devises : responsabilité environnementale, justice sociale et émancipation individuelle. Ecolo est un parti de gauche et la terre n’est pas plate. Une autre question ?

La voici : vous êtes un parti de gauche, donc naturellement enclin à former une coalition Olivier – avec le PS et le CDH – après les élections ?

Ouhhh ! Moi, je suis naturellement rétif aux convergences de gauche. Nous avons les mains libres. Et puis, je me méfie du PS, je me méfie des convergences de gauche, je n’y ai jamais été favorable. Le PS a voulu avaler Ecolo, ça laisse des traces. Nous décidons les alliances qu’on veut avoir, personne ne décidera à notre place. On ne va pas nous faire la leçon à ce niveau-là, ni le PS ni personne.

Le PS a dit : “si on nous veut dans un gouvernement, il faudra recadrer les intérêts notionnels.” Quel est votre cheval de bataille ?

Fin 2008, le système s’est écroulé, les Etats ont secouru le capitalisme, les déficits ont explosé, les spéculateurs attaquent la monnaie. Et c’est les citoyens qui vont payer la note. Moi, mon dada, c’est la régulation de l’économie. Le "laissez-faire", ça ne profite qu’aux puissants. Et entre parenthèses : Ecolo égale chaos, ce n’est plus vrai. Je crois que depuis qu’on est plus au gouvernement, c’est le bordel complet ! Combien de démissions ?

Ça, c’est depuis les élections de 2007…

Pas seulement. Depuis 2003, c’est sept ans de chaos et sept ans de perdus dans les politiques environnementales. Le chaos et le bordel, ce n’est plus Ecolo

L’Arc-en-ciel, c’est un modèle de coalition pour vous ?

Nous avons réalisé de bonnes choses.

Ecolo a obtenu, sous l’Arc-en-ciel, la loi de sortie du nucléaire. Cette loi a été remise en cause par le gouvernement Leterme.

Ils ont essayé de revenir là-dessus, mais ils ont été impuissants, ils n’ont pas réussi à mettre en œuvre cette mauvaise politique.

Une des conditions pour le retour d’Ecolo au fédéral, est-ce de ne pas remettre en cause la fermeture des centrales à partir de 2015 ?

Effectivement, c’est très clair, j’imagine que cela va être difficile de faire avaler aux députés Ecolo qu’un des trucs qu’ils doivent voter, c’est de niquer la loi de sortie du nucléaire. Arrêtons de déconner Quel extraordinaire symbole : la politique énergétique d’un gouvernement s’est limitée à rallonger la vie de vieux bazars, de vieilles centrales. Dans un monde qui bouge, c’est catastrophique comme signal.

Vous êtes isolé sur ce point puisque MR, PS et CDH ont décidé de rallonger la durée de vie des centrales…

Très bien : je constate donc le volte-face du PS et du MR sur ce point. Que les gens se rassurent, Ecolo ne va jamais couper l’électricité aux gens. Mais il faut être clair : on a assez de capacité de production électrique que pour ne pas devoir maintenir en vie ces vieilles centrales. C’est un manque total de vision de l’avenir énergétique et une vieille façon de penser.

Vu votre expérience, si Ecolo fait partie du gouvernement fédéral, êtes-vous candidat ministre ?

Je ne prétends à rien, c’est une décision qui est typiquement entre les mains de Jean-Michel Javaux.

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