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L’amnistie à la table de De Wever ?

M.Bu.

Mis en ligne le 30/06/2010

Pression flamande pour que l’amnistie soit traitée durant ces négociations.

Il aura donc suffi d’une étincelle - le carton des nationalistes flamands de la N-VA - le 13 juin dernier pour rallumer la revendication épisodique d’amnistie en faveur des citoyens flamands ayant collaboré avec l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Et, cette fois, l’allumette a été grattée, inhabituellement, dans ce dossier historico-politique ultra-sensible, par la présidente de la Communauté San’Egidio Hilde Kieboom. C’est que, rappel, San’Egidio n’a rien de conservateur ni de nationaliste : l’organisation est plutôt étiquetée catholique progressiste.

"Il y a deux hommes politiques très forts pour le moment : Elio Di Rupo et Bart De Wever, expose Hilde Kieboom. Et je pense que nous sommes à un moment historique et qu’on pourrait saisir cette chance en la mettant à profit pour une réconciliation nationale. Aujourd’hui, on parle de faire mieux fonctionner nos institutions, or moi j’ai l’impression que le discours nationaliste flamand est fortement émotif, peu rationnel et que le noyau dur du séparatisme flamand a quand même des racines dans un passé de la Seconde Guerre mondiale non digéré. Un passé non digéré donnera toujours lieu à des rancœurs", poursuit la présidente de cette Communauté qui pratique la médiation dans des conflits à travers le monde entier.

Dès lors, que préconise Hilde Kieboom ? "Primo, dit-elle, je répète que l’Holocauste est indiscutable et qu’il n’est aucunement question de revenir là-dessus. Ensuite, il n’est pas question de contredire le fait que c’est un des points les plus noirs de l’Histoire. Une amnistie, décrit la présidente, ne veut pas dire effacer ou avoir de la compréhension, mais je dis qu’il y a une réconciliation à réaliser en Belgique. Vous savez, notre Communauté fait de la médiation et de la négociation partout dans le monde, dans des pays en guerre, en Afrique notamment et dans le Balkans. Nous sommes en permanence en contact avec ce besoin, après une guerre ou un conflit, d’avoir une réconciliation. Je crois qu’il faut pouvoir tourner la page et recommencer de zéro". "Et pour une partie du nationalisme flamand, termine Hilde Kieboom, cette réconciliation n’a pas eu lieu puisqu’il n’y a pas eu d’amnistie. Il y a eu cette réconciliation dans les pays voisins et pas en Belgique. Historiquement, les socialistes se sont toujours opposés à cette amnistie. C’est une occasion, je pense, avec Elio Di Rupo qui est appelé à négocier !"

Cette revendication d’amnistie est loin d’être neuve. A la N-VA, on se défend de vouloir porter ce point explicitement sur la table de l’(in)formation gouvernementale, même si cette revendication est effectivement soutenue par le parti de l’informateur Bart De Wever depuis sa création. Le CD&V est également favorable à un mouvement dans cette direction. "Il faut régler ce point une fois pour toutes, témoigne un haut responsable démocrate-chrétien flamand, sous couvert d’anonymat. Ça pourrit la vie politique belge, ce sont de vieilles rancunes qui divisent encore et toujours, on ne peut pas faire l’économie de ce débat".

Côté francophone, la position traditionnelle par rapport à cette demande flamande d’amnistie a toujours été de dire : oui à des amnisties individuelles, non à une amnistie collective. Mais, en pleine négociation pour la formation d’une coalition gouvernementale, personne parmi les partis francophones ne prendra le risque d’aller frontalement contre l’informateur royal Bart De Wever. Donc, on botte en touche. C’est un "No Comment" très sec du côté du CDH. Au Parti socialiste, en revanche, où Elio Di Rupo est appelé à prendre le relais de son compère de la N-VA Bart De Wever comme formateur, on dit : "C’est un problème qui existe et qui est bien connu. Pour nous, à l’heure actuelle, ce n’est pas une priorité, nous voulons former un gouvernement au plus vite. Mais comme toutes les questions à caractère éthique, celle-ci mérite une discussion approfondie, dans un cadre serein, ultérieurement". Interrogé pour commenter plus avant cette "non-position" du PS, le spécialiste maison, André Flahaut, n’a pas donné suite aux appels de "La Libre". Pas davantage de réaction du côté des libéraux francophones. En clair, voici une (nouvelle) revendication flamande qui devrait se heurter à un "non" francophone

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