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politique

De Wever: "Elio, ceci est ton examen"

V.d.W.

Mis en ligne le 13/08/2010

Ou quand Bart De Wever ironise sur la prestation du préformateur… Le président de la N-VA est le seul maître du jeu en Flandre. Pas facile à gérer. Retrouvez les 5 réformes de l'Etat en détails dans La Libre Belgique de ce vendredi.

Bruxelles. Mercredi 11 août. 18 heures. Nous ne sommes pas à l’hôtel Conrad, le prestigieux 5 étoiles de la capitale. Mais juste à côté, au numéro 65 de l’Avenue Louise, au cabinet du ministre de l’Enseignement de la Communauté française, Jean-Claude Marcourt.

Les 7 négociateurs du futur gouvernement sont réunis autour du préformateur. Décor contemporain, comme Elio Di Rupo les aime : plancher blanchi, meubles design, éclairage discret. Avant même que le préformateur n’ouvre la bouche, une voix, grave, dit en français, avec un léger accent flamand :

"Elio, ceci est ton examen de Premier ministre "

Bart De Wever est content de sa petite blague du jour. L’humour, il aime cela. Il a dû préparer sa petite phrase en arrivant d’Anvers. Comme l’homme au papillon ne relève pas, l’ami Bart répète : "Elio, ceci est ton examen de Premier ministre "

Petit sourire crispé.

Elio Di Rupo respire et commence la lecture de sa note de préformateur : 55 pages d’un document charpenté, argumenté.

Jamais, quasiment, aucun formateur ou informateur d’un gouvernement n’a pondu une telle note qui redessine l’Etat belge et dresse une nouvelle harmonie - pour autant que ce soit possible - en tenant compte des aspirations antagonistes des partis francophones et flamands.

Néanmoins, on sent dans la petite phrase de Bart De Wever, comme un brin d’ironie, voire d’arrogance. Pourquoi ? Ne souhaite-t-il pas, lui aussi, qu’Elio Di Rupo réussisse ? Ne sont-ils pas unis dans la victoire et dans la défaite ? Pas sûr, finalement, qu’ils aient le même intérêt.

La difficulté est bien là. Depuis le soir du 13 juin, la Flandre est tétanisée par la victoire, écrasante, bouleversante, consternante de la N-VA. Même s’ils ne sont pas sur la même longueur d’ondes, bien loin de là, les partis flamands, CD&V, SP-A, se cachent derrière l’imposante carrure de Bart De Wever. Ils ont fait passer le message : tout ce que la N-VA acceptera, ils l’accepteront aussi. Ils ne feront rien de moins, rien en dessous de la N-VA. Cela donne une force considérable à Bart De Wever, le roi soleil de la Flandre, qui n’a qu’à lever ou baisser le pouce pour approuver ou condamner une mesure. Il occupe désormais tout le paysage politique flamand, rendant quasi aphone ou inaudible, toute voie un peu discordante. Même si son succès électoral est circonstancié, il faut en tenir compte et réformer l’Etat à la sauce De Wever. Cela crée un rapport de force qui n’est pas facile à gérer pour les francophones qui n’ont d’autre interlocuteur que Bart De Wever, Monsieur Flandre.

Or ce sont les francophones, le PS et Elio Di Rupo qui ont la main. Ce sont eux qui fournissent la plupart des documents, à l’exception notoire d’une imbuvable note du CD&V sur la communautarisation de soins de santé.

La difficulté, pour les partis francophones, est donc de conduire cette négociation sans donner l’impression de céder à chaque page aux partis flamands, qui, eux, vivent chaque transfert de compétence comme une victoire nationaliste, un trophée. En face, le sentiment varie, selon les partis. Si le CDH est toujours attaché à une certaine image du fédéralisme de coopération, le PS, tout puissant, vit cette révolution plus facilement : les régionalistes y ont repris le dessus et ce sont, dans la plupart des cas, des ministres socialistes qui seront appelés à gérer les matières transférées.

N’empêche : il reste un océan entre les exigences flamandes et les positions francophones, même socialistes. Toute la partie de poker qui se déroulera pendant les prochains jours consistera à trouver un point d’équilibre entre les partis flamands qui veulent 100 % de compétences et les francophones qui, pour l’instant, plafonnent à environ 30 %. Chacun devra encore faire un pas vers l’autre.

Un échec est-il possible ? Oui bien sûr. Car rien ne dit que la N-VA veut un accord à tout prix. Pour elle, il est peut-être préférable de démontrer que la Belgique est ingouvernable. Existe-t-il un plan B ? Pas dans l’immédiat. Un retour aux urnes n’arrangerait rien. Francophones et Flamands sont donc condamnés à s’entendre. Les Flamands savent qu’ils ont besoin du Sud pour trouver un accord institutionnel. Les francophones savent que s’ils ne vont pas assez loin dans la voie du confédéralisme, la poussée flamande reviendra avec plus de force dans 4 ans. Voire plus tôt encore.

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