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Préformateur

"Arrêtons les malentendus"

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour

Mis en ligne le 04/09/2010

Pour Didier Gosuin, l’échec de la préformation, c’est l’échec de la méthode. “Il faut d’abord déterminer ce que l’on veut encore ensemble.”
Entretien

Didier Gosuin est le chef de groupe MR au parlement bruxellois. Il sort du bois.

Elio Di Rupo a demandé au Roi à être déchargé de sa mission. Cela vous inspire quoi ?

Le préformateur s’est trompé sur la méthode. Il a voulu faire une réforme institutionnelle comme dans les années 80. Mais cela ne marche plus. On est à l’os dans les revendications. On est à un stade de la négociation où l’avenir de la Belgique est clairement posé. Il fallait - et il faudra - poser la question préalable : qu’est-ce que l’on veut encore faire ensemble ? Et comment veut-on faire face aux échéances budgétaires qui sont devant nous. Ce n’est qu’en ayant répondu à cela qu’on pourra opter pour tel ou tel schéma. Est-ce que, comme je le souhaite, on peut rester dans un modèle fédéral ou doit-on déjà préparer la dislocation de la Belgique ? On ne peut plus jouer comme on l’a fait lors des autres négociations institutionnelles, se contenter de malentendus, de non-dits pour tenter de former un gouvernement. Il y a des tests de sincérité à passer. Et pas seulement les partis politiques. Les citoyens doivent pouvoir s’exprimer. Dire s’ils sont d’accord ou pas d’accord. On me dit qu’une majorité d’électeurs de la N-VA ne souhaite pas l’éclatement du pays. Moi, je voudrais en être sûr.

Comment ? Par voie de référendum ?

Le référendum n’est pas un instrument prévu par la Constitution. Mais on peut utiliser les médias, les nouvelles technologies. Peut-être même pourrait-on organiser des débats de proximité.

Essayer de définir ce qu’on peut faire ensemble, n’est-ce pas précisément ce que les partis autour de la table ont voulu faire ?

Pendant les élections, on nous disait : "L’Union fait la force". Maintenant, j’ai l’impression que c’est devenu : "La désunion fait la force". On essaye de nous vendre qu’en divisant la sécurité sociale, la justice, la sécurité, on sera plus fort et plus riche demain. C’est la conversion sur le chemin de Damas. Les francophones se sont mis directement sur le terrain de la N-VA avec le processus que l’on a connu, des exigences nouvelles, des retours en arrière, et un renforcement de la N-VA.

L’Union fait la force, c’était avant que la N-VA devienne aussi puissante…

La N-VA, ce n’est jamais qu’un déplacement du nationalisme flamand du Vlaams Belang, de la Liste Dedecker et du CD&V. Le nationalisme flamand n’est pas plus fort qu’il y a cinq ans. Il s’est cristallisé sur la N-VA.

Un accord de gouvernement sans la N-VA est possible ?

Je n’ai pas dit ça. Ce que nous demandons, c’est le test de vérité. Entrer en négociation avec des gens qui ne veulent pas nous dire ce qu’ils veulent faire pour la Belgique de demain, c’est se mettre dans la trajectoire de l’adversaire. C’est l’aider à aller vers son plan B qui est la fin de la Belgique.

Si le MR est appelé à négocier, quelle sera votre attitude ?

On exigera ce test de vérité. C’est un préalable. On doit savoir ce qu’on veut faire ensemble.

Si le MR est rappelé et que vous obtenez cette clarification, exigeriez-vous de repartir d’une page blanche ?

C’est prématuré de répondre à cette question. Mais on ne se mettrait pas dans le train en marche. Mais je répète que c’est inimaginable de ne pas avoir invité la première formation politique de Bruxelles.

Mais si le MR est invité, il ira ?

Nous avons le sens des responsabilités et une certaine pratique du pouvoir. Mais je le répète : pas à n’importe quelle condition. Il faut voir clair. Arrêtons les malentendus. En 1980, on avait fait croire aux francophones qu’on partait dans le régionalisme et aux Flamands qu’on allait dans le communautaire. On le paye aujourd’hui.

Il y a une question de calendrier. Redéfinir le vivre ensemble belge, cela va prendre du temps alors qu’il y a les enjeux socio-économiques…

Vous croyez que cela ne va pas prendre du temps de revoir la loi de financement, de séparer la justice, ou la sécu ? Ça vaut la peine de prendre du temps lorsqu’il s’agit de l’avenir du pays. Ils auraient été bien avisés de commencer par l’élaboration du budget.

Est-ce qu’il faut lier refinancement de Bruxelles et scission de BHV ?

Je comprends la logique du PS et du CDH, qui avaient si mal négocié le financement de Bruxelles en 1989 : ils veulent se racheter. Il y aurait des raisons de refinancer Bruxelles. Mais est-ce qu’on doit mettre dans la même balance de l’argent et des droits pour des francophones qui n’habitent même pas la capitale ?

Faut-il rationaliser les institutions bruxelloises ?

Nous avons fait des propositions. On propose de ramener les CPAS au niveau des communes. On pourrait faire des économies d’échelle dans la gestion des déchets, dans les intercommunales

Et en fusionnant les communes ?

Il faudra qu’on nous explique le gain. La fusion a été une catastrophe à Anvers. A Charleroi, c’est la faillite et le grand Liège a connu des problèmes considérables. Vous savez, si l’extrême-droite n’a pas percé à Bruxelles alors que c’est là que les flux migratoires sont les plus importants, c’est à cause des politiques de proximité que nous avons maintenues.

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