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Philippe Moureaux: "J’ai le cœur déchiré..."
Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 23/12/2011
Le vice-président du PS, Philippe Moureaux, ne s’était pas encore exprimé depuis la constitution du gouvernement Di Rupo. Voici sa première analyse alors que l’équipe Papillon traverse une première période mouvementée.
De qui vous sentez-vous le plus proche: des syndicats qui estiment que la concertation n’a pas été optimale ou du gouvernement qui juge indispensable d’entreprendre sans délai la réforme des pensions, quitte à la mener à la hussarde ?
La réponse à votre question est plus que difficile, voire impossible. Je suis , comme beaucoup d’autres, en pleine schizophrénie. Si vous me permettez une comparaison osée: c’est comme si quelqu’un refusait de se faire enlever un membre gangrené, il risquerait la gangrène totale. On sait qu’il faut prendre des mesures cruelles car si on ne le fait pas, on risque de mettre le système en danger. D’un autre côté, mon cœur me dit que ces mesures sont vraiment cruelles et je comprends ceux qui protestent.
Les syndicats dénoncent le fond mais aussi la manière...
On est très mal à l’aise avec une fatalité, une réalité : c’est la rapidité avec laquelle tout cela se fait. Normalement, si on avait pu mettre en place un gouvernement dans des délais normaux, on aurait certainement envisagé, et même programmé, une série de ces réformes. On aurait fixé le montant des économies tout en disant: si vous avez une autre formule qui économise la même montant... Ici, face à l’urgence européenne, le gouvernement n’a pas le choix. Il doit engranger ces économies avant le 31 décembre pour qu’elles entrent pleinement en vigueur en 2012. C’est totalement malsain. On consulte le Conseil d’Etat. On va peut-être rectifier après...
Approuvez-vous ces réformes ?
Ces réformes sont totalement injustes, totalement déséquilibrées... mais totalement indispensables ! Vu la conjoncture politique, on ne peut pas échapper à des révisions cruelles de certaines de nos certitudes. Je voterai donc ces réformes.
La gauche est donc très divisée en la matière...
Mon opinion est un peu différente de celle de la gauche: je considère que l’allongement de la vie doit être pris en compte. J’ai toujours été étonné que certaines disent: on ne peut toucher à rien. Il y a heureusement des mesures de transition prévues à 55 ans. Car il est évident que l’on ne peut pas modifier radicalement les projets de vie que certains ont construits en fin de carrière.
Tenir compte de l’allongement de la vie, c’est aussi remettre en cause l’âge légal de la pension, 65 ans ?
Non, car chez nous, l’âge légal était déjà raisonnable. Il faut faire en sorte que l’âge réel de départ à la retraite se rapproche de l’âge légal de la pension. C’est la sagesse même. Un jour, si l’allongement de la vie se poursuit, il faudra penser à prendre d’autres mesures. J’en suis un bel exemple: j’ai 72 ans. Quand des libéraux me critiquent parce que je suis toujours actif, je leur rétorque: mais je suis plus libéral que vous ! Je ne dis pas que tout le monde doit faire cela. Mais les progrès de la médecine, c’est une réalité qui allonge la vie. Reconnaissons que cela se produit de manière discriminatoire: les gens qui sont dans une situation aisée en profitent plus que des gens qui ont effectué des travaux pénibles. Il faut évidemment en tenir compte. Mais qu’on soit de gauche ou de droite, on n’échappe pas aux réalités de la biologie moderne.
Certains pointent l’empressement du ministre Van Quickenborne...
Le gouvernement a sans doute été un peu victime de la maladresse, volontaire ou pas, du ministre. Il a communiqué beaucoup et de manière provocante. En annonçant les mesures, il a aussi dit qu’il faudrait sans doute encore "strogner" les gens dans un second temps. Maladresse, provocation? Peut-être a-t-il voulu jouer les "Rambo", ce qui est, paraît-il, populaire en Flandre.
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