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Onkelinx : “Serrer la vis, ce n’est pas un projet de société”

ENTRETIEN FRANCIS VAN DE WOESTYNE ET LAURENT GÉRARD

Mis en ligne le 20/01/2012

Laurette Onkelinx (PS) veut mettre l’emploi et la croissance au cœur du débat belge et européen. Elle dit comprendre la colère des syndicats.

Madame Onkelinx, on croyait le PS concentré sur les questions économiques et sociales. Or des socialistes se passionnent pour un nouveau débat institutionnel : l’avenir des Régions et de la Fédération Wallonie-Bruxelles…

Ce débat n’est pas institutionnel mais économique. On a opposé deux hommes : Jean-Claude Marcourt et Philippe Moureaux.

Choix est cornélien : le premier a été votre chef de cabinet, l’autre est votre mentor…

Ce sont deux hommes que j’apprécie énormément. Si je devais décrire la situation, je dirais : Jean-Claude ou la gaucherie d’un amoureux fou. Il est amoureux de Liège et de la Wallonie. Ce qu’il dit est juste. Il est indispensable, urgent que tous les acteurs sociaux, économiques et l’ensemble des partis démocratiques travaillent pour préparer l’avenir de la Wallonie dans les dix ans. Avec les transferts de compétences, avec la nouvelle loi de financement, malgré les efforts et le succès du Plan Marshall, il faudra “booster” la Wallonie au niveau économique. Parce que les moyens qu’elle va recevoir seront fonction de ses performances économiques. En ce sens, il a raison.

Sa réflexion est strictement wallonne. Et Bruxelles dans tout cela ?

Il n’a jamais mis en cause non plus le lien entre la Wallonie et Bruxelles. Il sait pertinemment bien que Bruxelles a besoin de la Wallonie et que la Wallonie a besoin de Bruxelles. Il a effectivement commis une maladresse ou une gaucherie : il a parlé de “déconstruction”. C’est un mot horrible, difficile, incompréhensible, qui a fait croire qu’il voulait déconstruire les liens. Or ce n’est pas juste. Il dit qu’il faut envisager des évolutions mais sans perte de solidarité.

Philippe Moureaux lui a répliqué vertement. Où est le PS dans tout cela ?

On connaît Philippe Moureaux et sa fougue impulsive de créateur de la Région de Bruxelles-Capitale. Il réagit toujours à vif quand il a l’impression que l’on veut mettre à mal l’avenir de la Région bruxelloise. Il a dit une chose capitale : il faudrait que les Bruxellois fassent de même.

Donc, chacun chez soi… Or vous dites que l’avenir des deux Régions est lié…

Chacun doit réfléchir en fonction de ses compétences.

Philippe Moureaux ajoute : réfléchissons avec les Flamands…

Pour moi, le lien privilégié doit être “Wallonie-Bruxelles”. Mais il faut bien sûr des coopérations entre toutes les Régions.

Le PS est très divisé sur la question…

Du chaos naît parfois la lumière… Cela peut permettre une nouvelle dynamique. Et Rudy Demotte et Charles Picqué vont intensifier leur travail en commun. Rudy Vervoort, le président de la fédération bruxelloise et Willy Demeyer, vice-président du parti, vont travailler pour qu’au sein du parti, il y ait plus d’échanges, d’ouvertures, de connaissances.

Autre débat : Paul Magnette conteste l’orientation ultralibérale des institutions européennes. D’accord ?

Totalement. Chacun a encore la liberté de pensée, non ? Je n’ai pas envie d’un gouvernement où régnerait la pensée unique. Tant que l’on reste solidaire du programme gouvernemental, on peut encore dire le fond de sa pensée. Moi je suis inquiète et par certains aspects, indignée. Je suis inquiète par le corset budgétaire à tous crins. Pour moi, serrer la vis, ce n’est pas un projet de société.

C’est indispensable, d’abord pour le pays…

Ça, c’est une évidence. Mais cela ne peut pas être le seul pan d’une politique européenne. Or que voit-on ? Que le corset budgétaire est une véritable obsession. Les deux nouvelles propositions que nous avons reçues des instances européennes ne me semblent ni favorables, ni très démocratiques. Que disent-elles ? Que la Commission européenne, avant même que le budget ait été présenté aux Parlements nationaux, pourrait imposer un changement dans le budget de l’Etat membre si son budget, sans être en déficit excessif, varie un peu de la trajectoire qu’il avait définie. Il y a pire. Pour un pays qui n’est pas en procédure de déficit excessif mais pour lequel il y a des signaux concernant la soutenabilité de ses finances (un signal provenant d’une agence de notation, par exemple…) la Commission pourrait imposer des programmes de réformes économiques structurelles. C’est ce que j’appelle une mise sous tutelle de l’Etat. Je me réjouis qu’Elio Di Rupo et Jean-Claude Juncker aient souhaité que le Conseil européen revienne avec des politiques de croissance et d’emploi. C’est indispensable. Car on parle beaucoup des sanctions budgétaires. Parle-t-on au niveau européen d’emplois, de développement économique, de lutte contre la pauvreté ? Où sont les délais, les objectifs chiffrés ? Cela n’est pas l’actualité de l’Europe. Cela doit le devenir. Il faut secouer le cocotier.

Vous vous disiez aussi indignée…

Oui. On sait d’où vient la crise : du capitalisme financier. En Belgique, avant cette crise, nous étions dans une situation idéale en termes de croissance, d’emploi, de trajectoire budgétaire et de dette publique : en quelques années, elle avait diminué de 50 % Or aujourd’hui, les recettes de ce capitalisme financier ne sont pas contestées. Dès lors, ce capitalisme financier augmente son pouvoir à travers la crise.

© La Libre Belgique 2012

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