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Di Rupo 1er édulcore la rigueur

V.R.

Mis en ligne le 07/02/2012

VIDEO Une semaine après la grève générale, le gouvernement retouche légèrement ses mesures d’austérité. Reste à voir si cela suffira à calmer les syndicats.

Après le bâton, la carotte. L’équipe Di Rupo s’emploie à faire retomber la grogne sociale qui s’était levée après l’adoption, en force, d’une série de mesures en matière d’emploi et de pension. Elle avait promis le dialogue social. Elle tient parole. Mais en limitant au maximum la portée des corrections. Car elle n’entend pas non plus dévier de la voie qu’elle a tracée. Elle consent juste à adoucir le sort de ceux qui seront frappés le plus brutalement.

Les initiatives se sont multipliées depuis quelques jours. Le Premier ministre a rencontré les syndicats vendredi dernier. Il a ensuite convoqué les principaux ministres de son gouvernement, dimanche soir, pour formuler une réponse aux revendications syndicales. Et ce lundi, en fin de matinée, il a vu les représentants des employeurs pour leur expliquer ce qui avait été décidé la veille en conseil des ministres et entendre leur point de vue. Les patrons belges lui ont dit qu’il fallait aboutir au plus vite, mais sans rompre l’équilibre de l’accord de majorité. Ils ont également profité de l’occasion pour mettre sur la table quelques dossiers qui leur tiennent à cœur.

Le gouvernement va maintenant rédiger sa copie finale. Il la remettra officiellement jeudi aux membres du "Groupe des dix" - que l’on peut considérer comme le saint des saints de la concertation sociale. Voici dans les grandes lignes ce qui devrait se trouver sur la table.

1. La pension anticipée des indépendants. Aujourd’hui, le travailleur indépendant qui veut partir à la pension anticipée est pénalisé. Il n’échappe à la sanction que s’il peut faire valoir une carrière de 42 ans. Le gouvernement envisage de diminuer cette condition de carrière à 41 ans (lire ci-contre). Il répond ainsi à une vieille revendication des organisations de défense des classes moyennes.

2. La pension anticipée des travailleurs salariés. Le gouvernement a décidé de porter l’âge minimal de la pension anticipée à 62 ans - au lieu de 60 ans actuellement - avec 40 ans de carrière - au lieu de 35 ans. Pour certains travailleurs proches de la pension, cela représentait un allongement brutal de la carrière pouvant aller jusqu’à cinq ans. Le gouvernement accepte de limiter à deux ans l’allongement de la carrière pour les travailleurs qui seront âgés entre 57 et 61 ans au 31 décembre 2012.

3. Les assimilations dans le calcul de la pension. L’accord de gouvernement prévoit que les prépensions prises avant 60 ans ne seront plus assimilées, dans le calcul de la pension, que pour le droit minimum. Le gouvernement réintroduit une assimilation complète pour les prépensions accordées à un travailleur de moins de 60 ans qui exerce un métier pénible (travail de nuit, en équipe, etc.).

4. La limitation des allocations d’attente dans le temps. Le gouvernement a limité l’octroi d’une allocation d’attente à trois ans pour les cohabitants et à trois ans au-delà de trente ans pour les autres. Les syndicats réclamaient une exception pour les personnes très difficiles à placer sur le marché du travail. Ils l’obtiennent. Le gouvernement accepte de prolonger le sursis de deux ans pour les personnes "ayant une capacité de travail fortement réduite" s’ils collaborent positivement avec le service régional de l’emploi.

5. La prépension. Le gouvernement adopte de nouvelles règles dans le régime des prépensions conventionnelles. Il porte l’âge minimal à 60 ans et la condition d’ancienneté à 40 années de carrière. Injuste, rétorquent les syndicats. Les travailleurs qui sortent tôt de l’école se retrouvent généralement dans les métiers les plus pénibles. Ils ont une espérance de vie généralement plus courte que les diplômés de l’enseignement universitaire. Or, les nouvelles règles les obligeraient à avoir 41 ou 42 ans pour atteindre l’âge de la prépension. Le gouvernement accepte de maintenir la prépension avant 60 ans pour autant que le travailleur ait 40 années de carrière.

6. Le crédit-temps de fin de carrière. Une disposition permettait aux travailleurs de plus de 50 ans de passer à un 4/5 temps ou à mi-temps pour leur permettre de lever le pied en fin de carrière tout en se maintenant sur le marché du travail. Le gouvernement Papillon avait décidé de relever à 55 ans l’âge minimal pour y avoir droit. Il fait une légère courbe rentrante : les personnes exerçant un métier lourd (travail de nuit, en équipe) ou celles qui, à 50 ans, ont au moins 28 ans de carrière garderont la possibilité de prendre un crédit-temps de fin de carrière à 50 ans.

Restera à voir comment les syndicats accueilleront ces corrections. Ces derniers réuniront leurs instances mardi prochain. Ils auront tout le week-end pour ciseler leur réplique. Dans une première réaction, la FGTB a jugé les amendements positifs. "Contrairement à ce que certains ont dit, la grève du 30 janvier n’a pas été inutile", s’est félicitée Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB. Laquelle regrettait cependant que rien n’ait été prévu jusqu’à présent pour renforcer les services publics ni pour relancer la croissance.

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